Edito: le virus de la division
Les pouvoirs spéciaux, qui ont permis au gouvernement de Sophie Wilmès de gérer la crise sanitaire avec le soutien de dix partis, se termineront bientôt. Aux pouvoirs spéciaux succédera une période spéciale : une sorte de plongée dans le vide. C'est un peu comme avec le Covid-19 : on sait quand la crise débute, pas quand elle se terminera. Il n'est pas sûr que les Belges sortent chaque soir pour encourager les acteurs de ce nouveau combat, les chefs de file des partis. Un édito de Francis Van de Woestyne

- Publié le 15-06-2020 à 06h41
- Mis à jour le 15-06-2020 à 06h58

Un édito de Francis Van de Woestyne
Les pouvoirs spéciaux, qui ont permis au gouvernement de Sophie Wilmès de gérer la crise sanitaire avec le soutien de dix partis, se termineront bientôt. Aux pouvoirs spéciaux succédera une période spéciale : une sorte de plongée dans le vide. C'est un peu comme avec le Covid-19 : on sait quand la crise débute, pas quand elle se terminera. Il n'est pas sûr que les Belges sortent chaque soir pour encourager les acteurs de ce nouveau combat, les chefs de file des partis. À moins qu'ils ne parviennent à sortir le pays de l'ornière dans laquelle il est embourbé.
Après le virus sanitaire, les hommes et les femmes politiques doivent affronter le virus contre lequel personne n'a encore trouvé de vaccin (mais l'a-t-on vraiment cherché ?) : ce virus de la division qui empoisonne la vie politique belge depuis toujours, depuis que des défauts de fabrication de ce petit État minent sa cohésion.
Plutôt que de faire des différences (réelles ou supposées) une richesse, des esprits chagrins ont considéré que la division était préférable à la connexion. Et de réforme en réforme, les instruments les plus utilisés ont été les ciseaux : on a coupé, séparé, éloigné. À tel point que plus personne ne maîtrise, fût-ce intellectuellement ou conceptuellement, la structure actuelle du pays.
Il faudrait trouver, parmi les gens qui vont tenter de vaincre le virus de la division, des virtuoses de la machine à recoudre les esprits, des as du tricot institutionnel, des champions de la soudure communautaire, capables de rapprocher les points de vue tout en laissant à chacun l'autonomie déjà acquise. Car comment imaginer que, sur un si petit territoire, 30 689 kilomètres carrés, une tête d'épingle sur le globe, on cherche encore et toujours à éloigner les gens.
Il faut rebâtir, réparer. Il faut écrire le récit commun des Belges pour leur offrir un avenir plutôt que passer son temps à les monter les uns contre les autres. Les réponses s'appellent circonscription fédérale, qui permet à des candidats d'être élus tant par les Flamands que par les Bruxellois et les Wallons. Les réponses s'appellent partis nationaux ou création de coupoles communes : on observe des rapprochements idéologiques ou stratégiques (après les écologistes, les libéraux du MR, VLD s'y mettent), voire physiques (le SP.A reprend ses quartiers dans l'immeuble du PS). Il serait bien que dans le monde d'après que l'on nous vante, les mentalités évoluent aussi. Afin que la classe politique belge soit définitivement vaccinée contre le virus de la division. On peut toujours rêver…