Cher Frank Vandenbroucke, jetez votre plan sur les travailleurs malades de longue durée à la poubelle !

Le gouvernement fédéral souhaite que le plus grand nombre possible de travailleurs malades de longue durée reprennent le travail. Pourtant, l''Accord de Pâques" contient également des mesures qui feront perdre plus rapidement leur emploi aux travailleurs malades et d'autres mesures qui seront contre-productives.

Vice-prime minister and minister and minister of Public Health and Social Affairs Frank Vandenbroucke pictured during a plenary session of the Chamber at the Federal Parliament in Brussels on Thursday 24 April 2025. BELGA PHOTO DIRK WAEM
Frank Vandenbroucke (Vooruit), ministre fédéral de la Santé

Une opinion de Gaëtan Stas, secrétaire général – CSC Alimentation et Services

La grande ambition – et la conclusion budgétaire – du gouvernement fédéral est un taux d'emploi de 80 %. Et donc, tout le monde doit être activé : les chômeurs (de longue durée), les personnes pensionnées (trop) tôt, les mères et pères au foyer et, bien évidemment, les malades (seuls les rentiers peuvent continuer à profiter depuis leurs hamacs).

L'année dernière, VOKA, le réseau d'entreprises flamand, critiquait les plans de réintégration : "La procédure est trop lente et demande trop peu d'engagement. Elle est trop basée sur la bonne volonté. On peut et on doit faire mieux. Mieux signifie plus rapidement. Et avec plus d'incitants."

Et le gouvernement a bien écouté VOKA. Les plans de réintégration seront possibles dès le premier jour de maladie et deviendront obligatoires à partir de deux mois de maladie. On ne parle donc plus uniquement d'activer les malades de longue durée, mais bien tous les malades. Toute une armée est prête à activer chaque malade : le médecin généraliste qui ne délivrera plus de certificat médical, mais une "fit-note", le médecin conseil de la mutualité, le médecin du travail, le coordinateur retour au travail et les membres de l'équipe multidisciplinaire, le médecin contrôle, le service de ressources humaines de l'employeur, etc. Entre-temps, l'INAMI a créé la plateforme TRIO par laquelle tous ces acteurs de la réactivation pourront échanger leurs informations en ligne. Avec autant d'acteurs, on est davantage sur un gang-bang qu'un trio. Et le malade est l'objet de la souffrance. Ainsi que de nombreuses personnes inconnues, dont certaines sont littéralement collées au malade. On parle de "plus d'incitants". (Un gang-bang est une forme d'acte sexuel en groupe dans lequel plusieurs personnes ont des rapports sexuels simultanés ou consécutifs avec une seule personne.)

Vingt mille personnes de moins de 50 ans déclarées en invalidité "jusqu'à la pension" pour cause de troubles mentaux

Si vous tombez malade, assurez-vous de bien suivre votre agenda (ou mieux : engagez une secrétaire) pour tenir toutes les obligations administratives : compléter des questionnaires, considérer des plans de réintégration, planifier tous les rendez-vous, etc. Tout ceci alors que vous avez avant tout besoin de repos quand vous êtes malade. Si vous ne renvoyez pas un document ou manquez un rendez-vous, vous risquez une sanction. Celle-ci peut aller d'une perte de 10 % de l'allocation maladie à une suspension temporaire de votre allocation. On sera déjà un ou deux mois plus tard quand vous remarquerez qu'il y a eu un problème et que vous devez vous remettre en ordre.

Nous constatons déjà les conséquences de cette politique au sein de nos secteurs de la centrale CSC Alimentation et Services. Ainsi, Virginie, aide-ménagère de 58 ans en incapacité de travail depuis quelques années (elle a une SEP et est en chaise roulante), a récemment été contactée par le médecin-conseil qui souhaite "l'aider" à reprendre le travail : "avec ses bras, elle a encore suffisamment de possibilités". Felipe, 47 ans, travaille dans le secteur du nettoyage et doit reprendre le travail après une longue maladie ; un travail adapté est possible selon le médecin du travail ; cependant, il n'y a pas de travail plus léger disponible dans l'entreprise et Felipe était auparavant déjà contraint de travailler à temps partiel (de 6 heures à 9 heures et de 18 heures à 21 heures). Sans travail (adapté) et sans indemnités de maladie, quelle alternative le gouvernement lui propose-t-il ? 2 ans de chômage et ensuite le CPAS ?

On mobilise toute une armée pour passer la serpillière, mais quelqu'un pensera-t-il à fermer le robinet (comprenez : investir dans la prévention et le bien-être au travail pour empêcher que vous ne tombiez malade à cause de votre travail) ? Le gouvernement n'y pensera certainement pas. Ainsi, la prévention des maladies musculosquelettiques ou des affections psychosociales (ensemble, elles représentent 2/3 des maladies de longue durée) n'est mentionnée nulle part dans l'accord de gouvernement. Les médecins du travail devront s'investir principalement dans la réintégration des malades et ils n'auront ni le temps ni l'espace pour s'engager dans la prévention (ce qui est pourtant leur mission première).

Nous prévoyons également que le nombre de malades va encore augmenter. Toute la politique relative au marché de l'emploi du gouvernement Arizona vise à presser les travailleurs comme des citrons :

  • les mesures de fin de carrière sont supprimées ou rendues plus difficile d'accès ;
  • la flexibilité augmente (fin de l'interdiction du travail de nuit et de la fermeture obligatoire le dimanche, possibilité d'"annualiser" le temps de travail, etc.) ;
  • plus d'heures de travail pour les travailleurs : 360 heures supplémentaires volontaires (on est même à 450 heures dans l'Horeca) et les flexi-jobs. Les étudiants pourront également travailler 650 heures par an dès leurs 15 ans !
  • avec la suppression de la prépension (RCC) et la limitation dans le temps du chômage, on risque un transfert vers les assurances maladies.
Le nombre d'invalides continue d'augmenter, surtout chez les femmes : le Hainaut et Liège sont les provinces proportionnellement les plus touchées

En bref, la politique de ce gouvernement ne va pas mener à une diminution du nombre de malades, mais à une augmentation. Il semblerait que ChatGPT partage cet avis : "La conséquence d'une telle approche est que les efforts n'auront pas ou que peu d'effet puisque la cause sous-jacente du problème n'est pas traitée. Il s'agit souvent d'un gaspillage de temps et de moyens, et des frustrations peuvent en découler puisque la situation ne s'améliore pas".

On peut et on doit faire mieux. Tout d'abord, il faut s'occuper du travail qui génère des maladies. Empêcher que les travailleurs tombent malades est le meilleur moyen de faire diminuer le nombre de malades de longue durée. Cher ministre Vandenbroucke, jetez ce plan à la poubelle et revenez à la table. Garantissez une politique réellement en faveur de la santé sur le lieu de travail. Nous voulons plus de travailleurs en pleine santé et non plus de malades sur le lieu de travail !

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