Les trésors impériaux des vieux greniers…

Alors que l'on célèbre le 210 anniversaire de la bataille de Waterloo, les traces du passé peuvent connaître un singulier destin.

relais impérial
Le Relais Impérial est situé dans le paisible village de Saint-Vallier-de-Thiez. ©Jean-Christophe Dubuisson

Les textes qui paraissent dans la rubrique Débats sont des contributions externes, qui n'engagent pas la rédaction.

Une opinion de Jean-Christophe Dubuisson, historien et auteur (*)

Chaque année, au mois de juin, la commune de Waterloo vit au rythme des commémorations de sa fameuse bataille. Elle voit les curieux affluer pour assister aux reconstitutions. Si les siècles ont filé sur les champs du Brabant, il arrive que ceux-ci dévoilent encore de belles surprises. En 2023, un habitant de cette région de Belgique a déclaré vouloir se débarrasser de squelettes de soldats qui s'empoussiéraient dans son grenier. Des ouvriers communaux de Plancenoit les avaient déterrés une dizaine d'années auparavant, à l'occasion de travaux de voiries. Depuis, les ossements patientaient chez lui.

Fresque

S'aventurer dans les vieux greniers peut s'avérer étonnant quand ils renferment des traces de notre histoire. Au mois de mai dernier, tandis que je traversais les Alpes par les sentiers de la fameuse route Napoléon afin de gagner la Côte d'Azur où une bande de joyeux marins m'attendait pour voguer vers l'île d'Elbe, je fis une halte dans le paisible village de Saint-Vallier-de-Thiez. Là, mon regard fut attiré par la fresque de la façade d'un restaurant nommé Le relais impérial. Elle représentait Le passage de l'Empereur au Grand Saint-Bernard.

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Sans attendre, j'interrogeai le propriétaire. "En 1815, notre hôtel servait de relais à chevaux, me précisa-t-il. On ne sait pas si Napoléon a dormi ici, mais lui et ses troupes y ont fait une halte." Après un délicieux repas, il m'invita à découvrir ce que son beau-père avait déniché dans le grenier un demi-siècle plus tôt. Pendant qu'un couple d'amis s'affairait à disposer ces vieilleries en évidence, un véritable petit musée m'était présenté. Une copie d'un testament de Napoléon, des gravures de batailles, d'authentiques coiffes d'officiers et un chapeau de soldat avaient été descendus au rez-de-chaussée pour être placés à la vue des visiteurs. "Ce shako orné d'un aigle impérial a probablement été oublié ici par un soldat, peu après l'évasion de Napoléon. Il devait appartenir à un garçon qui l'avait suivi de clocher en clocher, depuis l'île d'Elbe jusqu'à sa dernière grande bataille, chez vous, en Belgique."

Légende

D'après la légende, lors des années suivantes, le tenancier du relais profita de la halte de Napoléon pour revendre aux touristes de passage le gobelet dans lequel l'Empereur avait bu. Peu de temps s'en fallut pour que les habitants du village comprissent que l'aubergiste avait vu là une bonne manière de s'enrichir. De fait, dès que les heureux acquéreurs étaient partis, un nouveau gobelet réapparaissait pour être revendu à des futurs visiteurs…

C'est décidé, dès demain, je range mon grenier !

(*) dernier titre paru : "Une famille belge dans la tourmente des guerres", Racine, 2025.

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