Une victime d'inceste témoigne: "Mon père m'a laissée seule avec mon traumatisme"

J'ai été violée dès l'âge de 5 ans par mon père. Mon corps savait, mais pour me protéger, ma mémoire a bloqué ces souvenirs. Jusqu'à ce que tout remonte.

femme ombre
"Ce que je souhaite partager ici, c’est qu’il faut faire confiance en sa mémoire." ©Copyright (c) 2024 Dentjes/Shutterstock. No use without permission.

Un témoignage d'une victime d'inceste (*)

Jamais je n'aurais imaginé écrire ce témoignage jusqu'au jour où j'ai compris que le partager pouvait aider d'autres victimes.

Si le viol d'une personne adulte est déjà une abomination, le viol d'un enfant, oui d'un enfant, c'est l'extrême dans l'échelle des déviances sexuelles.

Leurs auteurs n'ont pas d'empathie, ils sont à la recherche de domination, ils assouvissent leurs pulsions en martyrisant des enfants, et ils le font en réussissant à dissimuler toute preuve.

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J'avais 5 ans quand mon père a commencé à me violer, apparemment jusqu'à mes 11 ans.

Mon corps avait tout enregistré, mais pour me protéger, ma mémoire ne me donnait plus accès à ces souvenirs, je n'arrivais pas à retrouver dans la mémoire des images de cette période de mon enfance. Ce ne sera que beaucoup plus tard, à 47 ans, qu'une partie de ma mémoire s'est libérée lors d'un modelage à l'aveugle, c'est-à-dire un modelage sans voir l'objet que je modelais. J'ai compris que quelque chose de grave s'était passé, que j'avais dû être violée, et que l'auteur serait mon père. Une remontée dans le passé bouleversante, quasi impossible à concevoir.

Je me suis alors mise en quête de la vérité, j'ai interrogé la famille et les personnes qui m'avaient accompagnée sur mon chemin, les uns disaient "on s'en doutait", les autres "cela ne m'étonne pas", mais toujours aucune preuve. Mon père, oui mon père, ultime souffrance, étonné que je ne veuille plus le rencontrer mais sans chercher à me contacter me laissait seule avec mon traumatisme.

"Parce que j'en avais besoin"

Ce ne sera que deux ans après cette terrible découverte, alors qu'il était aux soins palliatifs, que je suis allée le voir pour lui demander la vérité, "Pourquoi m'as-tu fait cela ?" Et cette réponse glaçante : "Parce que j'en avais besoin".

Mon père, violeur, dans la négation jusqu'à sa mort, refusant d'avouer pour aider sa propre fille à se reconstruire, qui ne demandera pas de me voir à la veille de sa mort pour dire la vérité et me donner les clés de ma guérison, qui ne craquera qu'à moitié face à mon insistance, à moitié parce qu'en disant qu'il m'avait bien violée, n'exprimera aucun remord, aucune demande de pardon.

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Cela, c'est le profil d'un pédophile, quand on est à ce point dans la déviance, dans l'égotisme, pour violer un enfant, la négation, l'incapacité de reconnaître le mal, fait partie du personnage. Le violeur sur le banc des accusés niera sans relâche, confiant d'avoir relégué, dans la mémoire profonde de ses victimes, ses abus indicibles.

Ce que je souhaite partager ici, c'est qu'il faut faire confiance à sa mémoire, celle-ci imprime un nombre incommensurable de données, et qu'il existe des techniques, comme les psychothérapies, l'hypnose, l'EMDR, les arts plastiques à l'aveugle, pour retrouver l'accès à ses souvenirs enfouis.

Mémoire profonde

Il faudra être prudent pour éviter des fausses représentations, mais ce risque existe autant dans la mémoire profonde que dans la mémoire récente, et c'est en analysant la quantité de souvenirs et leur cohérence globale, que l'on peut s'assurer de la fidélité générale de l'acte traumatique et de son auteur.

Et pour des enfants, à la différence des viols d'adultes, vu leur fragilité, c'est dans la mémoire profonde que seront stockées les images que le corps aura imprimées, et c'est donc quasi toujours le seul accès à la vérité. Il faut le prendre très au sérieux : c'est la seule porte vers la vérité, et donc vers la justice. Et en tout cas, pour ce qui me concerne, grâce à cette mémoire profonde, j'ai pu avoir accès à la vérité, c'est cela que je voulais vous partager ici.

→ (*) Son identité est connue de la rédaction.


Les textes qui paraissent dans la rubrique Débats sont des contributions externes, qui n'engagent pas la rédaction.

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