Les bricolages dérisoires ne suffiront pas : il nous faut un chemin et un horizon pour lutter contre les changements climatiques !
Nous venons de vivre, fin juin, un épisode caniculaire européen majeur, précoce et très étendu. L'heure ne peut plus être ni au report, ni au déni. Nous en appelons à l'éthique des décideurs politiques de tous les pays européens.
- Publié le 11-07-2026 à 15h05

Une carte blanche initiée par Judith Duchêne, anthropologue, et Boris Hespeels, biologiste, et signée par 148 autres parents (voir la liste des signataires ci-dessous)
Nous sommes filles ou fils, nous sommes parents.
Autour de cette appartenance qui nous concerne toutes et tous, il est temps de rassembler !
Nous venons de vivre, fin juin, un épisode caniculaire européen majeur, précoce et très étendu1.
Le Portugal, l'Espagne, la France, la Belgique, le Luxembourg, les Pays-Bas, le sud du Royaume-Uni, l'Allemagne, la Suisse, l'Autriche, l'Italie, la Tchéquie, la Slovaquie, la Hongrie, la Slovénie, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine, la Serbie, le Monténégro, l'Albanie, la Macédoine du Nord, la Grèce, la Bulgarie et la Roumanie sont touchés2.
Les impacts actuellement connus – humains, sanitaires, économiques, culturels, agricoles, écologiques,… – sont majeurs : décès3, soins de santé sous tension, recours accru aux services d'urgence, mises à l'arrêt de réacteurs nucléaires, perturbations dans les transports, infrastructures routières endommagées, horaires adaptés dans les écoles, reports d'évènements publics, risques d'incendies, détresses des écosystèmes.
Quand chacun improvise pour protéger les siens
Partout, les gens bricolent des solutions et se trouvent contraints d'improviser au jour le jour pour tenter, autant qu'ils le peuvent, de protéger les leurs et de se protéger eux-mêmes : trouver toutes les astuces pour garder les habitations les plus fraîches possibles, réorganiser l'horaire familial pour aller rechercher plus tôt les enfants à l'école, visiter et régulièrement prendre des nouvelles des proches vulnérables.
Les institutions et leurs professionnels bricolent eux aussi : écoles, crèches, structures de soins de santé et de soins aux personnes âgées, conservatoires, prisons, services d'urgence, accueils extrascolaires, services résidentiels, services publics et privés. La liste n'est pas exhaustive, et tous les secteurs sont touchés.
Ces bricolages de bonne volonté sont l'œuvre d'individus qui, au moment de la crise, tentent d'organiser la situation sur le plan pratique. Mais ils soulèvent également des implications lourdes pour les citoyens et professionnels de première ligne qui doivent "faire avec" cette situation inédite, dans des conditions matérielles qui ne sont pas pensées pour résister à un épisode caniculaire d'une telle intensité.
Ils se retrouvent à devoir gérer, en première ligne, les risques pour les vies humaines qui font reporter sur les personnes des responsabilités collectives qui ne sont pas assumées.
Ces bricolages sont dérisoires et ne suffiront pas. Car nos modes de vie ne sont pas soutenables. Car les ressources de notre monde sont limitées.
Une urgence éthique et politique
Alors que le seuil de + 1,5°C déterminé dans le cadre de l'Accord de Paris n'est pas encore franchi, cet épisode caniculaire engendre déjà des souffrances humaines et des dilemmes individuels impossibles. Et nous savons que cet épisode ne constitue qu'un aperçu de l'intensification des extrêmes climatiques, dont la fréquence et l'intensité vont continuer à augmenter selon les projections scientifiques4.
Dans ces conditions, quelles vies les vivants peuvent-ils encore espérer vivre ?
L'Europe est le continent qui se réchauffe le plus rapidement au monde5.
Les arrangements de fortune ne suffisent pas. Le changement climatique nécessite fondamentalement une prise en main politique et sociale, à large échelle.
Nous sommes filles, fils, parents, et nous pensons qu'il y a une urgence éthique à œuvrer, concrètement, à un présent désirable pour le monde, pour nos proches et nos enfants.
Nous sommes existentiellement préoccupés par les conséquences concrètes que le changement climatique a déjà sur notre quotidien ; conséquences naturelles, sociales, économiques, géopolitiques. Nous sommes conscients que notre empreinte carbone est beaucoup trop élevée, comme l'est celle de la plupart des Occidentaux, et nous sommes dès lors prêts à transformer fondamentalement nos modes de vie.
Mais pour cela, il nous faut un chemin et un horizon.
Nous en appelons à l'éthique des décideurs politiques de tous les pays européens pour qu'ils portent, maintenant et pour les décennies qui viennent, des mesures structurelles et collectives, planifiées et basées sur les expertises scientifiques, pour limiter au maximum les changements climatiques et rendre nos sociétés plus robustes.
L'heure ne peut plus être ni au report, ni au déni.
Si le chemin tracé par ces mesures est juste, s'il est tracé avec réflexivité, honnêteté, rigueur et sincérité, vous pourrez être suivis. Car des décisions décisives et contraignantes doivent maintenant être prises, en plaçant la préservation de la vie et des vivants au centre de tout.
Liens et références :
1 World Meteorogical Organization, Records fall as extreme heat grips Europe, 26 june 2026: https://wmo.int/media/news/records-fall-extreme-heat-grips-europe
2 Ibid.
3 SCIENSANO, La surmortalité durant la vague de chaleur du mois de juin 2026, 8 juillet 2026 : www.sciensano.be/fr/coin-presse/la-surmortalite-durant-la-vague-de-chaleur-du-mois-de-juin-2026
4 IPCC, Climate Change 2021: The Physical Science Basis : Climate Change 2021: https://www.ipcc.ch/report/ar6/wg1/
5 Commission européenne, État du climat 2025 : l'Europe se réchauffe plus vite que jamais, 29 avril 2026 : https://belgium.representation.ec.europa.eu/actualites-et-evenements/actualites/etat-du-climat-2025-leurope-se-rechauffe-plus-vite-que-jamais-2026-04-29_fr#:~ : text = L'Europe % 20est % 20le % 20continent, Arctique % 20 % C3 % A0 % 20la % 20mer % 20M % C3 % A9diterran % C3 % A9e.
→ Retrouvez ici la liste complète des signataires.
Les textes qui paraissent dans la rubrique Débats sont des contributions externes, qui n'engagent pas la rédaction.

