Une opinion d'André Peters, sociologue de la monnaie, certifié en finances publiques, cadre dans le secteur financier et auteur (*).

Nos institutions européennes entendent refonder notre édifice de règles monétaires, financières et budgétaires pour pouvoir relever les défis de demain.

Ces dernières semaines, les informations ont souligné combien les temps changent. Ce n’est pas là une affirmation climatique ou virologique inspirée par notre trop doux hiver ou par la rapide évolution de l’épidémie de coronavirus, mais bien par trois annonces politiques d’importance capitale qui pourraient s’avérer fondamentales pour les trente prochaines années de l’Union européenne. Il s’agit respectivement :

1) Du projet de "Pacte vert pour l’Europe" (le Green Deal) proposé récemment par Ursula von der Leyen, présidente et première femme à la tête de la Commission européenne. Un projet qui, pour atteindre un objectif zéro carbone en 2050, l’instauration d’une économie circulaire et la régénération de la biodiversité, prévoit une vaste panoplie de moyens normatifs, fiscaux, budgétaires.

2) De la revue stratégique de la politique monétaire menée actuellement sous la houlette de la première gouverneure de la BCE, Mme Lagarde. La BCE désire obtenir un nouveau mandant de politique monétaire pour la fin de l’année 2020, un mandat qui devrait tenir compte de la dimension climatique.

3) Du réexamen de la gouvernance économique de l’UE que la Commission a lancée début février. Il s’agit ici de revoir les règles qui gouvernent les cadres budgétaires nationaux, la procédure de déficit excessif, la maîtrise de la dette publique, notamment à l’égard des gigantesques investissements indispensables à la réussite de la transition écologique que l’UE veut "juste et solidaire".

Nos institutions européennes entendent donc "tout simplement" refonder totalement notre édifice de règles monétaires, financières et budgétaires pour pouvoir relever, avec les autorités publiques nationales, les défis climatiques et sociaux qui se présentent à nous.

C’est une magnifique ambition pour des enjeux fondamentaux de notre démocratie, sur lesquels, d’ailleurs, de multiples consultations publiques s’ouvriront dans les prochaines semaines. Puissent les instances européennes et nationales transformer cette tentative essentielle en une réussite refondatrice de la confiance des citoyens dans l’Union. Bien sûr, les débats seront tendus entre les orthodoxes et les hétérodoxes des politiques budgétaires, monétaires et financières. Pourtant, aujourd’hui, vu l’ampleur des défis, l’heure n’est plus à la frilosité ou au conservatisme mais à l’intelligence partagée et à la recherche d’un nouveau consensus. Tout le monde doit être à bord ou le bateau coulera. La révolte des "gilets jaunes" en France n’en est qu’un signe précurseur.

Rater cet objectif démocratique serait probablement sonner le glas de l’Union européenne, des politiques climatiques et de la cohésion sociale à l’européenne. N’oublions pas que la barbarie est à nos portes.

(*) : Auteur de De la dictature financière à la démocratie monétaire et auteur d’articles publiés par Etopia.be, Politique.be, Lemonde.fr, Financité , La Libre, Le Soir, Démocratie , L’Avenir