Une chronique d'Eric de Beukelaer.

En utilisant les réseaux sociaux pour maintenir le contact avec les membres de leur communauté durant la pandémie, certaines paroisses en sont ressorties plus fortes. 

Par ricochet, l’épreuve de la pandémie et du confinement est un révélateur de l’état d’esprit de notre société, ainsi que du positionnement des catholiques en son sein. Sans prétendre à l’exhaustivité, épinglons pour la Cité comme pour l’Église, un aspect plutôt négatif, une matière à débat et un constat franchement positif.

Posant notre regard sur la société, pointons d’abord ce qui déçoit : une collectivité qui sort de confinement, en jugeant l’accès aux résidences secondaires, plus essentiel que l’ouverture au culte (moyennant le respect d’un protocole sanitaire) des églises, mosquées, synagogues, temples, voire la tenue d’un atelier maçonnique, met en lumière son excentricité - au sens propre du terme - soit le fait qu’elle vit en exil de son centre. Quand les loisirs l’emportent sur l’hygiène de l’âme, une civilisation s’essouffle. La faute aux politiciens, aux experts, aux anticléricaux… ? Nenni. La raison est plus profonde et la responsabilité collective.

S’ensuit un constat sociétal qui mérite débat : le choix d’isoler nos seniors a fait primer l’impératif sanitaire sur les visites de proches. Décision difficile, mais responsable. Il s’agit cependant de se demander jusqu’où la sécurité physique doit l’emporter sur les besoins affectifs. En d’autres mots : est-il souhaitable que nos aînés vivent plus vieux, s’ils doivent mourir moins entourés ?

Terminons par ce constat positif, qui a sauté aux yeux pendant la crise : il s’agit de la formidable capacité de résilience et de solidarité, unissant nos concitoyens dans l’épreuve. Non, la société de consommation et l’individualisme qu’elle charrie, n’ont pas étouffé tout sens du bien commun. Il faut s’en réjouir.

L’arrêt du culte comme révélateur

En ce qui concerne les catholiques, l’arrêt du culte a également servi de révélateur. Comme constat négatif, je reprends l’avertissement d’Olivier Roy, publié dans une récente tribune, soit la tentation pour nombre de pasteurs et fidèles d’avoir si bien intégré leur marginalisation sociétale, que - plutôt que de témoigner de l’Évangile à l’heure du Covid - ils en viennent à se comporter en "syndicat des pratiquants" : "si on ouvre les Macdo, pourquoi pas nous ?" (cf. "Le croyant est-il un consommateur comme un autre ?" in Le Nouvel Obs, 8 mai). Il y a ensuite ce constat, qui appelle un débat théologique : le confinement a revivifié dans le monde catholique, la dynamique de tension entre mystère de l’incarnation ("Dieu s’est fait homme en Jésus") et mystère de la rédemption ("En Jésus, victorieux de la mort et du péché, Dieu sauve le monde"). Les fidèles plus sensibles à l’incarnation, insistent sur la nécessité d’enraciner l’Évangile dans ce que vivent leurs contemporains. "Soyons solidaires et refusons la reprise du culte, tant que celui-ci n’est pas autorisé dans les prisons et maisons de repos", écrivait ainsi un confrère prêtre.

Les catholiques, davantage soucieux de vivre la rédemption, leur répondent que le core business de l’Église n’est pas de jouer à la sympathique ONG, mais de faire communier aux sacrements de la Pâques. (Cf. une récente chronique du cardinal Sarah publiée dans le Figaro ). Qui a raison ? Les deux. Saint John-Henry Newman rappelle, en effet, que l’Esprit œuvre au cœur de toute tension vivifiante.

Concluons enfin par un constat positif : si le confinement a démontré le peu d’avenir de ces paroisses qui se sont endormies en l’absence de messes, il a souligné la vitalité de toutes celles qui ont fait preuve d’une impressionnante créativité. Par l’utilisation des réseaux sociaux et des initiatives de contact ou de solidarité, ces communautés ont balisé des chemins d’avenir. Et si l’absence de culte y a été vécue douloureusement, il a aussi creusé en elles le désir de sacrements. Devoir s’adapter aux contraintes de la pandémie, les a donc boostées. Ainsi germine le catholicisme de demain.

Blog: http://minisite.catho.be/ericdebeukelaer/

Titre, chapô et intertitre sont de la rédaction.Titre original : "Société confinée, catholiques connectés…"