Faut-il abolir le port du masque à l'école ?
Lors de la commission Éducation du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles qui s'est tenue mardi soir, la ministre francophone de l'Éducation Caroline Désir (PS) a répondu à une question du député Jean-Philippe Florent (Écolo) sur le port du masque obligatoire à l'école. Le parlementaire a insisté sur la difficulté que représente la mesure pour les enseignants qui doivent projeter leur voix jusqu'au fond de leur classe. Dans la presse, des médecins flamands se sont également exprimés. Ils considèrent qu'imposer un masque aux enfants est une menace sérieuse pour leur développement. Les élèves et leurs professeurs devraient-ils garder leur masque ?
- Publié le 08-10-2020 à 09h43
- Mis à jour le 08-10-2020 à 10h21

Pour les élèves
Oui pour Dre Helena Maryns ainsi que pour 70 autres généralistes, pédiatres et pédopsychiatres
Cette obligation est une menace sérieuse pour le développement des enfants.
Ces derniers mois, le bien-être général des enfants et des jeunes a été mis à rude épreuve. Dans notre pratique médicale, nous en voyons un nombre croissant se plaindre en raison des règles de conduite imposées. Nous diagnostiquons des problèmes d'anxiété et de sommeil, des troubles du comportement ainsi que la peur de la contamination. Nous constatons une augmentation de la violence domestique et de l'isolement. Beaucoup sont en manque de contact physique et émotionnel ; les problèmes d'attachement et de dépendance sont évidents.
L'obligation de masque buccal dans les écoles constitue une menace sérieuse pour leur développement. Il ignore les besoins essentiels de l'enfant qui grandit. Le bien-être des enfants et des jeunes dépend fortement du lien affectif avec les autres. Ils tirent toute l'intensité d'un contact via la communication non verbale. Le but de l'éducation est de créer un contexte optimal afin qu'un développement maximal des jeunes soit possible. L'environnement scolaire doit être un champ de découvertes. L'obligation du masque, en revanche, fait de l'école un environnement menaçant et dangereux, où la connexion émotionnelle devient difficile.
Il n'y a pas de preuve qu'à grande échelle, le port de masque dans un environnement non professionnel ait un effet positif sur la propagation des virus, et encore moins sur la santé générale. Il est aussi clair que les enfants en bonne santé qui ont été en contact avec le Covid-19 guérissent sans complications et qu'ils contribuent par la suite à la protection de leurs semblables en augmentant l'immunité collective. La seule mesure significative consiste à isoler les enseignants et les enfants à risque. La carte blanche des 70 médecins
Pas de masque buccal obligatoire à l'école, il suffit de protéger le groupe à risque
Monsieur le Ministre de l'Eductation, nous sommes très préoccupés par votre décision d'introduire le masque buccal obligatoire à l'école pour les enfants de plus de 12 ans. La santé et le développement sont étroitement liés. Le bien-être mental et émotionnel ainsi qu'une bonne santé physique sont les conditions préalables à tout processus d'apprentissage. Une autre condition préalable à l'apprentissage est la capacité de construire des relations sociales de qualité dans un environnement sûr, à la fois avec les enseignants et entre les élèves.
Ces derniers mois, le bien-être général des enfants et des jeunes a été mis à rude épreuve. Dans notre pratique médivcal au quotidien, nous voyons un nombre croissant d'enfants et de jeunes se plaindre en raison des règles de conduite qui leur ont été imposées. Nous diagnostiquons des problèmes d'anxiété et de sommeil, des troubles du comportement ainsi que la peur de la contamination. Nous constatons aussi une augmentation de la violence domestique, de l'isolement et de déprivation. Beaucoup sont en manque de contact physique et émotionnel; les problèmes d'attachement et de dépendance sont évidents. Nous voyons dans nos pratiques un nombre croissant d'enfants et de jeunes se plaindre en raison des règles de conduite qui leur ont été imposées. En raison de la situation sociale actuelle, les conditions préalables à un processus d'apprentissage n'existent plus pour de nombreux enfants et jeunes. L'obligation de masque buccal qui a été introduite dans les écoles constitue une menace sérieuse pour leur développement. Il ignore les besoins essentiels de l'enfant qui grandit. Le bien-être des enfants et des jeunes dépend fortement du lien affectif avec les autres. Ils tirent toute l'intensité d'un contact via la communication non verbale. Le visage de la personne qu'ils rencontrent et qui les guide y joue un rôle crucial. C'est dans l'échange avec d'autres êtres humains comme l'enseignant et le camarade d'école qu'ils développent des compétences sociales de base. Le but de l'éducation est de créer un contexte optimal afin qu'un développement maximal des jeunes soit possible. L'environnement scolaire doit être un champ de découvertes. L'obligation du masque buccal, en revanche, fait de l'école un environnement menaçant et dangereux, où la connexion émotionnelle devient difficile. Notre jeunesse ne doit pas faire partie d'une expérience à grande échelle. Aucune étude scientifique de cette nature ne serait approuvée par un comité d'éthique. De plus, il n'y a aucune preuve qu'à grande échelle, le port de masques faciaux dans un environnement non professionnel (bloc opératoire, ..) ait un effet positif sur la propagation des virus, et encore moins sur la santé générale. Il n'y a pas non plus de base légale pour mettre en œuvre cette obligation. Il est maintenant clair que les enfants en bonne santé qui ont été en contact avec la covid-19 guérissent sans complications et qu'ils contribuent par la suite à la protection de leurs semblables en augmentant l'immunité collective. La seule mesure significative pour prévenir les maladies graves et la mortalité due au Covid-19 consiste à isoler les enseignants et les enfants à risque. Cette évaluation des risques n'est pas la tâche du ministère de l'Éducation, mais la tâche des médecins traitants en consultation avec leur patient. C'est pourquoi nous vous exhortons à inverser immédiatement votre façon de travailler. Nous demandons d'abolir l'obligation de masque buccal dans les écoles, tant pour le personnel enseignant que pour les élèves, de faire en sorte que l'école soit un berceau où les enfants peuvent se développer en toute sécurité et de conseiller que les personnes ayant un profil de risque éventuel consultent leur médecin. Les initiateurs: Dr. Helena Maryns, Dr. Pierre Van Maele, Dr. Dirk Lafaut et Dr. Steven Janssens et 65 autre médecins généralistes, pédiatres et pédopsychiateres Non pour Dre Elisabeth Rebuffat, cheffe du service pédiatrie du CHU Saint-Pierre
La contagiosité augmente avec l'âge. Le masque doit demeurer pour les plus de 12 ans.
Vous soutenez que les enfants de plus de douze ans doivent continuer à porter le masque à l'école. Pourquoi ?
Les adolescents peuvent très bien comprendre l'intérêt du masque et ils sont certainement plus contagieux que leurs cadets. La contagiosité d'un individu augmente très probablement avec son âge et avec le fait qu'il présente ou non des symptômes du Covid-19. Les ados se rapprochent donc plus des jeunes adultes que des enfants en termes de contagiosité.
Des spécialistes sont d'avis que le port du masque constituerait une menace sérieuse pour le développement de l'enfant en provoquant chez lui des troubles du sommeil, de l'anxiété, voire des troubles du comportement. Qu'en pensez-vous ?
C'est un peu excessif. De par mon métier, je vois chaque jour de nombreux enfants. Je ne dis pas que certains d'entre eux, plus fragiles, ne sont pas anxieux mais la plupart des petits patients que je rencontre et qui portent parfois le masque lors d'une consultation n'ont pas l'air traumatisés.
Ces mêmes spécialistes défendent l'idée que supprimer le masque à l'école permettrait d'augmenter l'immunité collective. Devrions-nous suivre cette voie ?
C'est un choix de politique médicale qui sous-entend qu'on laisse circuler davantage le virus, de façon à ce qu'un peu plus de personnes s'immunisent. Le risque d'une telle méthode est bien sûr l'augmentation du nombre de cas graves et de décès ainsi que la surcharge de nos hôpitaux. Un adolescent qui a contracté le virus, même s'il est asymptomatique ou très peu symptomatique, pourrait facilement contaminer ses proches les plus fragiles. Je pense que la Belgique a fait le bon choix en ne suivant pas cette voie.
Pour les professeurs
Oui pour Virginie Maingain, enseignante
Il faut autoriser les professeurs à ôter leur masque lorsque la distance de 1,50 m est respectée.
L'obligation du port du masque, imposée de manière généralisée et absolue pendant les heures de cours, sous-estime manifestement l'importance du langage facial et corporel d'un professeur. Si c'est le cas pour tous les secteurs de l'enseignement, cela l'est d'autant plus pour celui du français langue étrangère et de l'alphabétisation.
Si ce body langage joue un rôle essentiel au niveau pédagogique, il est aussi indissociable de la relation sociale, humaine et disciplinaire qui se crée au sein des classes. Ne rajoutons pas au défi de garder ces élèves assis en classe des heures durant, des conditions où la communication est rendue difficile, voire impossible. Ne rajoutons pas aux barrières culturelles, linguistiques et sociales des barrières physiques. En imposant le port du masque aux enseignants, le monde politique compromet l'exercice de l'enseignement dans nos classes et complique grandement l'apprentissage des élèves, spécialement dans l'accueil et la scolarisation pour les primo-arrivants. Ces règles ne prennent pas en compte l'intérêt supérieur de l'enfant, en contradiction avec la Convention internationale des droits de l'enfant. À côté, le port du masque oblige les enseignants à pousser la voix, ce qui provoque des problèmes de voix et de l'absentéisme.
Nous demandons à la ministre d'autoriser les professeurs à ôter le masque lorsque la distance physique de 1,50 m peut être respectée ou de garantir d'autres dispositifs permettant de respecter les gestes barrières (panneau en plexiglas, visières telles que celles utilisées par les logopèdes, etc.).
Lire aussi l'opinion collective " Enseignement : le remède, à savoir le masque, est-il pire que le mal ?" LLB du 26/08/20
Non pour Caroline Désir, ministre francophone de l'Éducation (PS)
Le contexte sanitaire actuel ne nous permet pas d'abolir le port du masque.
Lors de la commission Éducation du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles qui s'est tenue mardi soir, la ministre francophone de l'Éducation, Caroline Désir (PS), a répondu à une question du député Jean-Philippe Florent (Écolo) sur le port du masque à l'école : "Un contact avec des gouttelettes projetées par une personne présente un risque, indépendamment de la distance physique. Or, une personne parlant à voix haute propage plus de microgouttelettes qu'une personne parlant à voix basse, ce qui explique la recommandation des experts invitant les enseignants à porter un masque dès lors qu'ils parlent à voix haute. Je suis bien consciente des difficultés que cette recommandation engendre pour les enseignants […] C'est pour cette raison que j'ai interrogé des experts sanitaires sur la possibilité d'apporter des assouplissements au protocole actuel, par exemple en permettant d'ôter le masque pendant le cours si une distance suffisante avec les élèves est garantie, à l'instar de ce qui se fait dans l'enseignement supérieur pour les locaux de plus de 50 élèves lorsque trois mètres de distance sont garantis. Nous aurions pu imaginer la même chose dans l'enseignement secondaire, mais je n'ai pas encore eu de retour à ce sujet. Je vous avoue que le contexte sanitaire actuel n'aide pas à prendre la direction d'un allègement des normes. Néanmoins, certains enseignants ont recours à l'utilisation de micros-cravates ou d'autres systèmes d'amplification de voix […] J'ai lu comme vous les cartes blanches d'ORL disant que dans certains cas, des maladies des cordes vocales étaient possibles. Je n'ai pour l'instant pas un budget qui permette d'équiper de micros-cravates l'ensemble des enseignants."