Les entreprises amenées à divulguer les répercussions du changement climatique sur leurs finances
Moins médiatisée que la taxation minimum, l'annonce du G7 sur la communication obligatoire des risques financiers liés au changement climatique pourrait également amener de gros bouleversements.
- Publié le 10-06-2021 à 20h17

L'annonce des ministres des Finances du G7, le week-end dernier, est passée au second plan, supplantée dans les médias par l'accord sur un taux minimum de taxation des multinationales. Pourtant, le G7 s'est engagé à soutenir le principe d'une communication obligatoire par les entreprises des risques financiers liés au changement climatique.
Aujourd'hui, une entreprise cotée en Bourse doit faire la transparence vis-à-vis de ses actionnaires sur les risques qui pourraient l'amener à essuyer des pertes ou à engendrer moins de bénéfices. Mais jusqu'à présent, les entreprises ne sont pas tenues de dévoiler le risque que fait peser la lutte contre le changement climatique sur leur modèle d'affaires.
Une compagnie pétrolière, par exemple, sait que sa source principale de revenus est amenée à disparaître ou à rétrécir drastiquement. L'idée d'une publication obligatoire du risque climatique est donc de faire la transparence sur les répercussions que peut avoir le changement climatique sur les revenus d'une entreprise. Précisons que le changement climatique peut aussi être une opportunité de diversification pour une société.
Le G7 a soutenu une communication obligatoire basée sur la méthodologie mise en place par la Task Force on Climate-related Financial Disclosures (TCFD). Il reste à voir quel standard s'imposera effectivement dans le monde.
Une communication standardisée aurait le mérite de permettre la comparaison entre les entreprises et leur alignement avec l'objectif de neutralité carbone. Ainsi, les investisseurs pourraient faire leurs choix sans être influencés par le "greenwashing". Étant donné que les sommes d'argent à mobiliser pour lutter contre le changement climatique sont gigantesques, disposer d'une information correcte et transparente est primordial.
La BCE en pointe
La semaine passée, Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), a exhorté les responsables politiques à établir des règles claires sur la façon dont les entreprises doivent divulguer leur risque climatique.
De nombreuses entreprises le font déjà sur base volontaire. Mais, selon Christine Lagarde, il faut que ces publications soient obligatoires. Le volontariat lui fait penser aux principes d'autorégulation qui s'appliquaient au système financier mondial, juste avant la crise de 2008…
À l'heure actuelle, quatre pays auraient décidé de rendre cette communication obligatoire : Hong Kong, le Royaume-Uni, la Nouvelle-Zélande et la Suisse. La Banque centrale chinoise, quant à elle, a annoncé qu'elle comptait prendre une telle décision.
L'implication des banques centrales dans ce dossier est source de vifs débats. La BCE, à la pointe dans ce domaine, a déjà mené un test de résistance, en collaboration avec la Banque centrale française. Selon le Financial Times, les résultats préliminaires de ces tests de résistance montrent que le risque climatique est concentré "dans un petit nombre de banques".
"Il faut des tests de résistance crédibles"
L'institution basée à Francfort étudie en ce moment les moyens qui s'offrent à elle pour verdir sa politique monétaire. On sait que la BCE achète des obligations d'entreprises dans le cadre de cette politique. Selon Jens Weidmann, président de la Banque centrale allemande, la BCE ne devrait acheter que des titres d'entreprise qui remplissent leur devoir de communication en lien avec les objectifs climatiques.
Le gouverneur de la Banque de France estime, quant à lui, que l'élaboration de tests de résistance crédibles sur le risque climatique permettrait au système financier de se préparer au réchauffement de la planète. Et par la même occasion lutter contre ce réchauffement…
