Pourquoi les tarifs de l'essence et du diesel ne cessent d'augmenter
Reprise économique, tensions géopolitiques, spéculation... Les raisons sont nombreuses et ne jouent pas en la faveur d'une baisse des prix à la pompe.
- Publié le 24-01-2022 à 11h07
- Mis à jour le 26-01-2022 à 09h57

Ce n'est plus une nouveauté, depuis plusieurs mois, les tarifs des carburants à la pompe augmentent.
Pourquoi ? D'abord en raison du mécanisme de l'offre et de la demande. "Avec la reprise économique, la demande en pétrole est plus forte qu'il y a quelques mois, mais l'offre a du mal à suivre... analyse Jean-Benoît Schrans, Public Affairs & Communication Manager pour la Fédération du secteur Energia. L'Opep+ a demandé d'augmenter la production de ses membres de 400 000 barils supplémentaires par jour (NdlR, en plus des 100 millions de barils produits en moyenne quotidiennement). Mais les réserves mondiales ont diminué et les déboires liés aux divers confinements à travers le monde retardent la production".
Par ailleurs, en cette période de reprise économique, les prix du gaz et de l'électricité ont eux aussi augmenté. Ce qui incite particuliers et entreprises à se tourner davantage vers le pétrole, d'où une hausse de la demande exacerbée.
Inclusion de biocarburants
De plus, les incertitudes sur les marchés et au sein des investisseurs sont nombreuses. Une part de spéculation entre ainsi en jeu dans la variation des prix.
"On peut aussi noter des tensions géopolitiques récentes qui perturbent les marchés, expose Jean-Benoît Schrans. Je citerai la situation entre la Russie et l'Ukraine, une récente attaque de drones en Arabie Saoudite ou encore le sabotage d'un pipeline entre l'Irak et la Turquie. Ces éléments ne peuvent évidemment pas être maîtrisés au niveau belge".
Par ailleurs dans notre pays, les réglementations européennes influent sur la tarification. Dans le cadre de la politique de décarbonation du Vieux Continent, il existe notamment une obligation d'intégration d'une part de biocarburants durables dans l'essence et le diesel classiques. Depuis le 1er janvier 2022 notamment, la Belgique a vu cette part obligatoire passer de 9,55 % à 10,2 %. Or, les biocarburants coûtent cher... "Leur coût de production est plus élevé car ils sont complexes à fabriquer. Par exemple, le biodiesel FAME est trois fois plus cher que le diesel brut conventionnel", souligne le porte-parole de la Fédération Energia.
Pas de pronostic
A noter qu'il existe aussi des biocarburants innovants sur le marché, eux aussi très chers. Par exemple, le diesel XTL est un diesel durable composé de produits végétaux hydrotraités et qui représente 90 % d'émissions de CO₂ en moins. Solution du secteur pour aider au verdissement des transports, le diesel XTL n'est pour l'instant disponible que dans une dizaine de station-services en Belgique, mais a le mérite d'exister. Quant à son prix prohibitif de 3,408 euros par litre, il pourrait être amené à baisser grâce au gouvernement. "Le diesel XTL possède le même taux d'accises (NdlR, lire aussi Comment le prix des carburants est-il calculé en Belgique ?) que le diesel conventionnel. C'est une aberration, clame Jean-Benoît Schrans. Il faudrait un incitant fiscal pour orienter le consommateur vers ce produit plus vert".
Pour conclure, quand on demande au membre d'Energia la tendance pour les prix des carburants dans les prochaines semaines, il reste évasif : "Je ne peux pas faire de pronostic. Ce que l'on sait, c'est que l'Agence Internationale de l'Energie (AIE) a de nouveau des prévisions d'augmentation de la consommation mondiale pour 2022, notamment en lien avec le développement accéléré des pays émergents comme la Chine ou l'Inde. Va-t-on pouvoir compenser par une offre accrue en atteignant les 400 000 barils supplémentaires commandités par l'Opep+ ? L'avenir nous le dira".