Rapport de l'ONU : la flambée des prix fait exploser le nombre de pauvres en trois mois

L'objectif d'éradiquer la faim dans le monde en 2030 s'éloigne.

H. Le. (avec AFP)
No water. Little food. Shelters made of clothes: inside Somalia’s Bulo Garas camp
©Gary Calton / Guardian / eyevine

Les chiffres donnent le tournis et de nombreux experts martèlent qu'il ne s'agit que du début d'un processus qui va s'accentuer dans les prochains mois. C'est le Programme des Nations unies pour le développement, le PNUD, qui lance ce constat : la flambée des prix de l'alimentation et de l'énergie dans le monde a fait plonger dans la pauvreté en trois mois, 71 millions de personnes.

Le rapport du PNUD s'est penché sur 159 pays. Les États en situation la plus critique sont dans les Balkans, dans la région de la mer Caspienne et en Afrique subsaharienne, en particulier au Sahel.

"Des flambées de prix sans précédent signifient que pour de nombreuses personnes à travers le monde, la nourriture qu'elles pouvaient se permettre hier n'est plus accessible aujourd'hui", déplore dans le communiqué le patron du PNUD, Achim Steiner.

"Cette crise du coût de la vie fait basculer des millions de personnes dans la pauvreté" au risque d'une "famine à une vitesse époustouflante". En parallèle, "la menace d'une augmentation des troubles sociaux grandit de jour en jour", estime-t-il.

L'Afrique la plus touchée

Parmi les pays faisant face aux conséquences les plus dramatiques de la hausse des prix, figurent notamment le Ghana, la Tanzanie, le Kenya, le Rwanda, le Nigeria, la Sierra Leone, le Mali ou encore le Burkina Faso, ces deux derniers États étant en plus confrontés à des violences perpétrées par des djihadistes qui renforcent encore la crise humanitaire.

La Corne de l'Afrique (Somalie, Kenya, Éthiopie), elle, subit en parallèle l'une des pires sécheresses en plus de 40 ans, qui décime troupeaux et cultures, menaçant de famine plus de 16 millions de personnes selon l'Onu.

"Un des enjeux, c'est l'aide au développement, même si nous savons très bien qu'elle ne saurait répondre à elle seule" aux besoins, relève Gilbert Houngbo, le président du Fond international pour le développement de l'agriculture (Fida).

Plus largement, 2,3 milliards de personnes ont souffert d'insécurité alimentaire grave ou modérée à un moment de l'année 2021, ce qui signifie qu'elles n'ont pas eu accès à une alimentation adéquate ou ont eu des difficultés à se nourrir pendant certaines périodes. La plupart d'entre elles vivent dans les zones rurales des pays en développement, en particulier en Asie et en Afrique, précise le président du Fida. "Le plus choquant dans cette situation est que la principale cause (de la famine) n'est pas tant un déficit global de production qu'un système alimentaire mondial profondément inégal et déséquilibré", a réagi dans un communiqué l'ONG Oxfam France.

Toujours l'effet Covid

En avril dernier, déjà, un rapport publié par Oxfam estimait à plus de 250 millions le nombre de personnes qui allaient basculer cette année dans l'extrême pauvreté et annonçait qu'au total, ce seront 860 millions de personnes qui vivront avec moins de 1,9 dollar par jour d'ici la fin 2022.

Mais, selon Oxfam, l'invasion de l'Ukraine par la Russie n'est pas le seul facteur. La pandémie de Covid-19 reste la principale cause de l'extrême pauvreté et partout, dans le monde occidental ou ailleurs, les inégalités ont augmenté, poussées par les denrées alimentaires toujours plus chères.

Oxfam soulignait également que les États les plus endettés "pourraient être contraints de réduire leurs dépenses publiques pour faire face à la hausse des coûts d'importation de carburant et de l'alimentation".

Dans ce contexte, plusieurs agences internationales qui œuvrent pour la sécurité alimentaire viennent d'annoncer à l'Onu que l'objectif d'éliminer la faim en 2030 "s'éloigne dangereusement". "Nous avions espéré qu'aujourd'hui le monde serait sorti de la crise du Covid-19, mais la pandémie est toujours là", aggravée par les conflits et autres urgences humanitaires, a constaté le directeur général de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), Qu Dongyu, lors de cette conférence organisée à New York.

D'autres lecteurs ont également lu

Les + consultés

Vous êtes hors-ligne
Connexion rétablie...