"America First" signe son grand retour : "Ce qui se passe aux USA n'est en rien positif pour l'Europe"
La réélection de Donald Trump n'est pas une bonne nouvelle pour l'Europe, en manque de leadership.

- Publié le 06-11-2024 à 13h44
- Mis à jour le 06-11-2024 à 14h56

Le républicain Donald Trump a remporté l'élection présidentielle aux États-Unis face à la démocrate Kamala Harris, ont officialisé les médias américains. Il signe un extraordinaire retour au pouvoir, revendiquant une "victoire politique jamais vue dans notre pays". Lors de son premier discours post-élection, il a promis de "guérir" l'Amérique devant ses partisans réunis en Floride. Son plan pour arriver à ses fins est très simple : faire revivre son slogan "America First", pour "rendre sa grandeur à l'Amérique".
"America First", et l'Europe après
"Trump et son administration n'ont qu'une idée en tête : l'identité "America First". Ils vont essayer de diriger leur politique autant que possible dans cette direction, en essayant de favoriser l'Amérique par rapport au reste du monde", affirme Samy Chaar, Chief Economist pour la banque privée suisse Lombard Odier Group. Cet objectif se construira autour de trois domaines politiques précis : la prolongation permanente des réductions d'impôt, la régulation de l'immigration et l'augmentation des droits de douane à des niveaux jamais vu depuis 1930. Tout cela visant à l'amélioration des réglementations pour améliorer les conditions des entreprises nationales.
Pour l'économiste, cette politique budgétaire expansionniste signifie "plus de croissance, mais aussi plus d'inflation" pour les États-Unis. "L'inflation va être poussée par les droits de douane, et à cause d'une potentielle pression sur le marché du travail qui résultera des politiques restrictives sur la migration", explique-t-il, estimant une inflation comprise entre 3 % et 4 % au moins en 2025 et au-delà. Avant d'ajouter : "L'administration Trump va restreindre la politique de réduction des taux de la Fed. Cette dernière va encore réduire les taux, mais évidemment moins que sous une administration démocrate".
Pour l'Europe, la réélection de Donald Trump n'est dès lors pas une bonne nouvelle. "L'administration Trump va évidemment mettre beaucoup de pression sur le reste du monde en utilisant les droits de douane, et ce, dans l'optique de favoriser les États-Unis", précise Samy Chaar. On parle en effet de taxes douanières de 60 % pour la Chine, et de 10 % pour certains pays européens. Mais ces droits de douane pourraient être moins importants qui ce qui est anticipé pour le moment. Car Trump négociera d'abord, et "voudra que ses homologues achètent plus de produits américains, un facteur positif pour les USA."
Vous avez besoin d'un leadership politique, il ne semble pas que cela soit le cas pur le moment."
"Ce qui se passe aux USA n'est en rien positif pour l'Europe, sans être un drame total non plus", déplore Michael Strobaek, Global Chief Investment Officer pour Lombard Odier Group. Dans les discussions des droits de douane américains, l'Europe pourrait conclure un accord qui les amènerait à acheter dans les domaines de la défense et de l'énergie américains. Mais "si les marchés américains continuent de se solidifier et que l'économie américaine continue d'être en tête en termes de croissance, cela sera positif pour les marchés et aidera également les économies européennes", ajoute Michael Strobaek.
Il est certain que le futur président va demander des comptes à l'Europe pour la guerre en Ukraine. Il n'y voit pas l'aspect sécuritaire, mais économique, et ils ne sont pas prêts à payer pour ce conflit."
Une solution possible pour l'Europe serait que "les Européens se serrent enfin les coudes, mettent en place des investissements sur le long terme pour booster la croissance économique européenne". Est-ce que cela est près d'arriver ? "Vous avez besoin d'un leadership politique, il ne semble pas que cela soit le cas pour le moment : nous avons un parlement fébrile en Allemagne, une situation politique divisée en France, un gouvernement italien réticent et une Espagne monopolisée par des tensions politiques internes… L'Europe doit prendre ses responsabilités, car elle est dans une posture où elle doit agir", explique Michael Strobaek.
Avant d'aborder la question sécuritaire européenne, en péril avec les résultats de ces élections : "Il est certain que le futur président va demander des comptes à l'Europe pour la guerre en Ukraine. Il n'y voit pas l'aspect sécuritaire, mais économique, et ils ne sont pas prêts à payer pour ce conflit. Les Américains vont forcer une solution. Cela va mettre l'Europe dans une situation sécuritaire inédite, dans laquelle un leadership fort est nécessaire. Mais nous n'avons pas ce type de leadership en Europe actuellement."
