Importations stratégiques : la Belgique dépend davantage des États-Unis que de la Chine
Le Bureau du Plan a analysé la dépendance "stratégique" et "persistante" de l'économie belge vis-à-vis des importations.
- Publié le 10-12-2024 à 18h32

Le Bureau du Plan a réalisé une étude sur la dépendance de la Belgique aux importations de produits stratégiques, en provenance de pays extra-européens (hors UE, plus précisément). L'analyse porte sur une décennie complète (2014-2023), afin d'exclure les dépendances temporaires.
Il ressort de cette étude que, durant la décennie étudiée, la Belgique a importé 9170 biens différents sur son territoire, dont 445 sont considérés comme stratégiques. Mais, si la Chine est souvent pointée du doigt, notre pays dépend davantage des États-Unis que de la Chine pour son approvisionnement en produits stratégiques. Ainsi, le Bureau du Plan a calculé que 140 produits stratégiques différents sont venus des États-Unis entre 2014 et 2023, contre 107 de Chine.
Autre enseignement intéressant, cette dépendance stratégique est généralement temporaire. En effet, elle ne s'est maintenue dans le temps que dans 20 % des cas. En se focalisant sur la dépendance stratégique et persistante, on voit d'ailleurs que l'écart entre les États-Unis et la Chine se creuse encore. Ainsi, sur un total de 81 biens importés répondants à ces critères, 39 sont venus des USA, contre 11 de Chine. "Pour cette dernière catégorie de marchandises, les États-Unis sont clairement le pays dont la Belgique dépend le plus", écrit le Bureau du Plan.
Quels produits ?
Mais de quoi parle-t-on exactement ? La Belgique est, de façon persistante, dépendante de la Chine pour son approvisionnement en germanium, en aluminium, en carbure de bore, ou encore pour certains types de compresseurs. La dépendance envers les États-Unis porte, elle, sur des médicaments à base de pénicilline, la cortisone, les composants d'aéronefs…
Au total, il y a donc 81 produits stratégiques importés depuis des pays extra-européens pour lesquels la dépendance est persistante. Le Bureau du Plan a calculé quel serait l'impact économique si la Belgique ne pouvait plus accéder, du jour au lendemain, à ces produits. Il en ressort un impact économique relativement limité. Ainsi, il y aurait une perte de 2 % de la valeur ajoutée produite par l'industrie manufacturière belge (soit environ 30 % du PIB belge).
Selon Michel Dumont, l'un des auteurs, cette étude présente l'intérêt de mettre en évidence les produits stratégiques pour lesquels la dépendance se maintient dans le temps. "Les autres études ont tendance à se focaliser sur une seule année, mais on voit que la situation bouge très fort d'une année à l'autre", nous explique-t-il.
Néanmoins, s'attaquer à ce problème n'est pas forcément chose aisée. En effet, la réduction de la dépendance directe peut aboutir à une hausse de la dépendance indirecte. Ainsi, suite à la politique agressive de Donald Trump, les États-Unis ont réduit leurs importations de produits chinois, entre 2017-2022. Néanmoins, les États-Unis ont drastiquement augmenté leurs importations depuis le Mexique et le Vietnam. Or la Chine a augmenté ses exportations vers ces deux pays. Certains bien chinois ont donc transité vers le Mexique et le Vietnam avant d'arriver aux USA.
