Thierry Geerts (Beci) : "Une femme ou un homme d'affaires qui arrive à Bruxelles-Midi risque de vite faire demi-tour"
Selon Thierry Geerts, le patron de Beci, l'insécurité est devenue la préoccupation première des entreprises à Bruxelles. "Certains employés ne veulent plus prendre le métro". Il presse les nouveaux formateurs bruxellois de remettre tout le monde autour de la table dès cette semaine. "Il est midi moins cinq".

- Publié le 25-02-2025 à 08h04
- Mis à jour le 25-02-2025 à 10h39

Il n'y aura pas de congés de détente pour Thierry Geerts, le patron de Beci, à la fois chambre de commerce bruxelloise et organisation patronale de Bruxelles. "Tant qu'on n'a pas remis les choses sur les rails, on est à bord", explique l'ancien patron de Google en Belgique. Vendredi dernier, Beci a fait part, tout comme six autres organisations syndicales et patronales, de son indignation par rapport à l'absence de majorité bruxelloise, huit mois après les élections. "Il faut arrêter le jeu politique, ce mauvais cinéma, s'insurge M. Geerts. Il est urgent d'agir. On a besoin de femmes et d'hommes d'État".
Voyez-vous déjà des conséquences concrètes, pour l'économie bruxelloise, de l'absence de gouvernement dans la capitale ?
Il y a tout, d'abord, des recrudescences de la violence à Bruxelles et, dans ces moments-là, on s'attend à ce que le ministre-Président soit sur le terrain pour coordonner les différents niveaux de pouvoir, ce qui n'est pas le cas. Le problème financier est, aussi, assez sérieux. Belfius a décidé de limiter les lignes de crédit, cela veut dire que la Région va avoir encore moins de moyens financiers. Si on continue comme cela, on n'arrivera plus à payer certains salaires. On a déjà eu des problèmes de fournisseurs qui n'étaient pas payés, l'année passée, par la Région. C'est heureusement réglé avec les douzièmes provisoires. C'est du bricolage. Mais le pire, c'est sans doute le problème démocratique. On a créé un manque de confiance des citoyens par rapport à la classe politique, ce qui nourrit l'extrémisme, dont on n'a absolument pas besoin à Bruxelles.
On va devoir dépenser beaucoup d'argent dans des campagnes à l'international pour rappeler à quel point Bruxelles est fantastique. Heureusement, peu savent, à l'étranger, qu'en plus, nous n'avons pas de gouvernement…"
Est-ce qu'un gouvernement en place aurait pu éviter les récentes fusillades à Bruxelles ?
Non, il n'y a pas de solution miracle et un nouveau gouvernement n'aurait pas résolu ce problème du jour au lendemain. Mais il aurait certainement mieux maîtrisé la situation. Depuis l'été passé, on voit très clairement que la sécurité est la première préoccupation des entreprises à Bruxelles. Ces dernières ne se préoccupent pas tellement d'avoir des subsides ou pas, elles veulent surtout pouvoir se développer dans une ville sécurisée. On voit que des employés des quartiers Louise ou du centre-ville n'osent plus prendre le métro, par exemple.
Contrairement à d'autres villes, il y a un déclin dans la sécurité. La tendance est mauvaise. Il y a dix ans, Bruxelles était plus sûre. Et quand il y a un déclin, le problème, c'est que cela peut vite dégénérer.
À l'étranger, beaucoup vous posent des questions par rapport à Bruxelles ?
Oui et mon cœur saigne. Ce qu'il s'est passé récemment à Bruxelles est parti dans les journaux du monde entier. C'est une contre-publicité énorme. On va devoir dépenser beaucoup d'argent dans des campagnes à l'international pour rappeler à quel point Bruxelles est fantastique. Heureusement, peu savent, à l'étranger, qu'en plus, nous n'avons pas de gouvernement… Bruxelles n'est pas plus dangereuse que les autres grandes capitales, comme Londres par exemple. Par contre, contrairement à d'autres villes, il y a un déclin dans la sécurité. La tendance est mauvaise. Il y a dix ans, Bruxelles était plus sûre. Et quand il y a un déclin, le problème, c'est que cela peut vite dégénérer. L'insécurité, cela rentre par la porte, par la fenêtre. Et si on ne ferme pas à temps toutes les portes, on peut arriver à des situations dramatiques. C'est pourquoi il nous faut impérativement un gouvernement qui doit prendre des mesures au jour le jour pour que cette violence ne s'aggrave pas, qui fasse tout pour inverser la tendance.
Oui, il y a plus d'entreprises qui quittent Bruxelles qu'il y a six mois.
Certaines entreprises quittent-elles Bruxelles à cause de cette violence ?
Oui, il y a plus d'entreprises qui quittent Bruxelles qu'il y a six mois. Mais il faut éviter le catastrophisme. La balance reste positive : il y a toujours davantage d'entreprises qui viennent s'installer dans la capitale belge que d'autres qui la quittent. Mais on sent que Bruxelles devient moins attrayante, parce qu'il y a de plus en plus de mauvaises nouvelles. La tendance est mauvaise, même si la capitale a des atouts fantastiques. Cela reste une ville très agréable à vivre, très prisée par les talents internationaux qui préfèrent être ici que dans des zonings industriels. Mais beaucoup de nos membres tirent la sonnette d'alarme. Ils nous disent : 'On adore Bruxelles, mais on va devoir partir si cette question de sécurité n'est pas réglée'. Ce n'est pas encore la fuite, mais il est midi moins cinq. On a 180 nationalités qui vivent en paix à Bruxelles ; ce n'est pas cette diversité qui crée l'insécurité. C'est un problème de drogue et de pauvreté.
Si on arrive à gérer ces problèmes, Bruxelles sera l'une des villes les plus attrayantes au monde.
Que demandez-vous en priorité au futur gouvernement bruxellois ?
Il doit parler des atouts de Bruxelles, ils sont nombreux, et s'engager à gérer les défauts de la Région-Capitale : la sécurité, la propreté, la mobilité. Il faut créer un climat favorable aux entreprises. Bruxelles a des atouts fantastiques qui ne sont pas assez connus à l'extérieur, ni même par les Bruxellois eux-mêmes. Si on arrive à gérer ces problèmes, Bruxelles sera l'une des villes les plus attrayantes au monde. C'est ici que beaucoup de choses se décident, que ce soit au niveau de l'Europe ou de l'Otan… Tout le monde devrait être ici. Le problème est qu'une femme ou un homme d'affaires qui arrive à la gare de Bruxelles-Midi risque vite de faire demi-tour. C'est la deuxième entrée internationale après Brussels Airport et on ne s'y sent pas en sécurité. Pourtant, il n'y a aucune raison que le quartier de la gare du Midi ne soit pas aussi fantastique que celui de la gare Saint-Pancras à Londres. On a le même potentiel. C'est juste une question de stratégie et d'investissements. Mais cela fait dix ans qu'on laisse pourrir le problème.
Diriez-vous qu'il y a une part d'irresponsabilité des responsables politiques bruxellois ?
Huit mois après les élections, ce n'est plus acceptable d'entendre des partis qui ne veulent plus prendre leurs responsabilités. On n'a plus le temps. Il n'y a plus aucune excuse. Tout le monde doit se mettre autour de la table pour trouver une majorité. Tout le monde connaissait les règles avant les élections : on est dans un pays où il faut faire des coalitions, discuter avec les autres partis, trouver des solutions. Si vous n'êtes pas d'accord avec ce système démocratique, il ne fallait pas s'inscrire sur une liste. Et si vous voulez le changer, il faut tout faire pour rentrer dans une majorité. On ne peut plus attendre. Il faut que les deux formateurs remettent tout le monde à table dès cette semaine pour trouver une solution.
Tout le monde a son avis sur Good Move, même les gens qui ne viennent jamais à Bruxelles. C'est aberrant.
Certains évoquent une mise sous tutelle de Bruxelles ? Serait-ce une solution ?
Constitutionnellement, c'est très compliqué à mettre en place. Mais il est clair que les autres niveaux de pouvoir n'attendent pas qu'on se mette d'accord à Bruxelles pour avancer de leur côté. Le gouvernement fédéral prend ainsi des décisions qui vont avoir un impact direct sur Bruxelles. Et on n'a personne pour en évaluer les conséquences, pour discuter avec ces autres niveaux de pouvoir. On devra peut-être, à l'avenir, inventer une nouvelle règle, comme un délai maximum de six mois pour trouver une majorité après les élections, pour que le monde politique prenne ses responsabilités. Ce serait dommage d'en arriver là. On doit arrêter d'exporter nos problèmes et apprendre à les régler entre nous, Bruxellois. On doit promouvoir nos atouts, plutôt que se plaindre et ne rien faire, comme ces dernières années. Tout le monde a, par exemple, son avis sur Good Move, même les gens qui ne viennent jamais à Bruxelles. C'est aberrant.
