Elon Musk "gonfle ses exploits" et comptabilise des "dépenses fantômes" pour maquiller son bilan au Doge
Aucune preuve suffisante ne permet d'affirmer que le département d'Efficacité gouvernementale piloté par Elon Musk, entre autres, atteint ses objectifs de réduction de dette publique.

- Publié le 28-04-2025 à 14h54
- Mis à jour le 28-04-2025 à 16h04

Elon Musk quittera le département d'Efficacité gouvernementale (Doge) à la fin du mois de mai. Légalement, il n'a pas d'autres choix. Car l'homme le plus riche de la planète ne peut profiter de son statut de conseiller spécial que pendant 130 jours. Le Doge, lui, continuera son petit bonhomme de chemin jusqu'à la fin de son mandat, le 4 juillet 2026.
"Avec davantage de compétences, on coupera le déficit budgétaire de moitié", assurait-il dans le Bureau ovale en février dernier, tandis que son fils assurait un show médiatique pour la presse internationale. Les promesses d'Elon Musk, désigné par le président Donald Trump en personne pour piloter le Doge, étaient claires dès le début : réduire de 2 000 milliards de dollars le déficit budgétaire américain. Objectif revu à la baisse assez rapidement, à 1 000 milliards de dollars.
Mais ces objectifs sont-ils utopistes ? Selon les estimations de différents experts en la matière, interrogés notamment par le New York Times, le Wall Street Journal et la BBC, il est concrètement impossible pour Elon Musk de tenir ses promesses.
Manque de preuves
Il y a un mois, Elon Musk et quelques "experts" de son équipe du Doge donnaient une interview à Fox News. L'équipe affirmait alors être sur la bonne voie pour réduire les dépenses publiques fédérales de 15 %, soit passer de 7 000 milliards de dollars annuels à 6 000 milliards de dollars. Il s'agit là d'une "ambition réaliste", ajoutait Elon Musk. Mais alors que le Doge est en place depuis plus de 100 jours, le département affirme sur son site internet que les "économies" tournent autour de 160 milliards de dollars, soit près de 85 % de moins que son objectif.
Un rapport de février dernier du Wall Street Journal estime pour sa part que les économies réelles réalisées par le Doge par le biais d'annulations de contrats gouvernementaux se rapprocheront davantage de 2,6 milliards de dollars, si "les niveaux de dépenses demeurent constants en 2025".
Même son de cloche du côté de nos collègues du New York Times, qui pointent la malhonnêteté des calculs du Doge. "Lorsque le groupe de Monsieur Musk comptabilise ses économies jusqu'à présent, il gonfle ses exploits en incluant des erreurs flagrantes, en comptant des dépenses qui ne se produiront pas au cours du prochain exercice et en faisant des suppositions sur les dépenses qui pourraient ne pas se produire du tout", affirme en effet le journal. Par exemple, le Doge affirme économiser près de 318 millions de dollars grâce à l'annulation d'un contrat… qui n'existe pas encore. Des "dépenses fantômes", comme les qualifie le quotidien.
Des experts interrogés par la BBC vont même plus loin dans cette analyse. Affirmant "qu'environ la moitié seulement de ces économies détaillées (des 160 milliards de dollars, NdlR) avaient un lien avec un document ou une autre forme de preuve". Aussi, selon leurs estimations, sur les 160 milliards de dollars d'économies estimées par le Doge, seulement 61,5 milliards de dollars étaient justifiés par un quelconque document, et 32,5 milliards de dollars étaient liés à un reçu.
Le média britannique affirme également que les quatre plus grosses "économies" prétendument réalisées par le Doge sont des ruptures de contrats estimées à 8,3 milliards de dollars. Mais sont "totalement surestimées", se basant sur des "dépenses projetées sur un certain nombre d'années", plutôt que sur "une réelle économie directe des dépenses annuelles du pays".
Pour trois de ces quatre contrats, en effet, le Doge renvoie à des documents justificatifs de la Federal Procurement Data System (FPDS). Il s'agit d'une base de données qui prend note des contrats attribués par le gouvernement américain. On peut y consulter des informations comme la date des contrats, le montant maximum que le gouvernement accepte de dépenser, ainsi que le montant effectivement dépensé. "Par exemple, si le gouvernement investit dans la recherche et le développement d'un vaccin, il ne sait pas exactement combien cela va lui coûter. Donc il fixe un montant maximum sur le contrat, une limite fixe", explique à nos confrères David Drabkin, expert fédéral qui a notamment développé le FPDS. Le Doge, en se basant sur ces montants pour estimer ses économies, commet donc une surévaluation certaine.
Le Doge a notamment résilié un contrat pour une évaluation clinique d'un médicament contre la maladie d'Alzheimer et les traumatismes cérébraux, et une étude sur les fumeurs atteints de maladies pulmonaires chroniques".
Où en est-on, concrètement ?
Si les chiffres officiels sont à prendre avec des pincettes, le Doge réalise tout de même des économies drastiques dans certains secteurs en annulant des centaines de contrats. Si bien que leurs conséquences ont d'ores et déjà été pointées par certaines organisations, comme l'Unicef. Car le secteur le plus impacté par les réductions de dépense est l'USAid, soit l'Agence des États-Unis pour le développement international, qui se charge notamment de l'aide humanitaire dans le monde. Selon le Wall Street Journal, plus de 1,2 milliard de dollars d'économies ont été réalisées dans ce secteur précis. Ciblant les domaines de la recherche, de l'environnement et des mesures DEI (qui prônent la diversité, l'équité et l'inclusion).
Le second secteur ciblé par les annulations de contrats est celui de la santé et des services dits humains. "Le Doge a ainsi résilié plus de 60 contrats de services de santé et de services sociaux, y compris une évaluation clinique d'un médicament contre la maladie d'Alzheimer et les traumatismes cérébraux et une étude sur les fumeurs atteints de maladies pulmonaires chroniques", précise le journal américain. Montant total des "économies" : 771,6 millions de dollars.
Les autres secteurs ciblés sont la sécurité sociale (272,5 millions de dollars "d'économies"), l'éducation (131,9 millions de dollars "d'économies") et les services administratifs fédéraux (61,1 millions de dollars "d'économies").