Dette publique : les États-Unis n'ont plus de triple A, une première dans l'histoire
L'agence de notation Moody's a fait passer la note américaine de "Aaa" à "Aa1".
- Publié le 19-05-2025 à 12h20

Après S&P et Fitch, Moody's est la troisième grande agence de notation à avoir retiré la note maximale qui était attribuée aux États-Unis. Vendredi dernier, Moody's a en effet redescendu la note américaine de "Aaa" à "Aa1", soit le deuxième rang de l'agence de notation. Selon le Financial Times, c'est la première fois de leur histoire que les États-Unis ne disposent pas d'une cotation maximale, dans au moins une des trois grandes agences de notation internationales.
On pourrait croire que la politique du président américain Donald Trump est la cause de cette rétrogradation. En réalité, les finances publiques américaines sont sur une pente dangereuse depuis plusieurs années. Ainsi, l'agence S&P avait retiré le triple A des États-Unis dès 2011, tandis que Fitch l'avait fait en 2023.
Tant les Démocrates que les Républicains ont eu tendance à afficher de gros déficits publics ces dernières années. Ainsi, en 2024, le déficit US s'est élevé à 6,4 % du PIB, contre un déficit moyen de 3,1 % du PIB en zone euro. Or Moody's estime que le déficit public américain, déjà très élevé, pourrait grimper jusqu'à… 9 % du PIB en 2035.
Plutôt que de résorber le déficit, Donald Trump pourrait en effet le creuser davantage, notamment en prolongeant dans le temps les baisses d'impôts décidées lors de son premier mandat. Selon Moody's, la dette publique américaine pourrait, dans la foulée, passer de 98 % du PIB en 2024 à 134 % du PIB en 2035.
Pas de grosse réaction lundi ?
Quel pourrait être la réaction des marchés financiers, ce lundi ? "Cette rétrogradation de la note américaine par Moody's était attendue, relativise Koen De Leus, chef économiste de BNPP Fortis. La réaction des marchés financiers ne devrait donc pas être catastrophique. Je m'attends à une baisse de 1 à 2 % sur les marchés d'actions. En ce qui concerne les taux d'intérêt de la dette américaine, ils pourraient légèrement augmenter. N'oublions pas qu'ils avaient déjà bondi dans la foulée du Liberation Day (NdlR : l'annonce de Donald Trump de l'instauration de droits de douane sur une série de pays".
La dette américaine bientôt attaquée ?
Selon le chef économiste de BNPP Fortis, les États-Unis devront réduire leur déficit public dans les années à venir. Sans quoi, ils seront attaqués par les marchés financiers, via une flambée des taux d'intérêt sur leur dette publique, redoute Koen De Leus. "C'est ce qui s'est passé au Royaume-Uni quand Liz Truss a dévoilé un budget fortement déficitaire, développe-t-il. Les taux d'intérêt sur la dette publique britannique ont flambé, Liz Truss a dû démissionner et son successeur a présenté un budget plus sérieux".
Or il y a peu de chances que Donald Trump ne fasse de la réduction du déficit public US une priorité. Ce n'est donc pas un hasard si les taux d'intérêt de la dette publique US à dix ans ont atteint un niveau élevé ces derniers temps (supérieur à 4,4 %).
"Il y a 75 % de chances que les marchés attaquent les USA dans les cinq ans à venir, affirme d'ailleurs Koen De Leus. Je ne dis pas qu'ils vont faire faillite, mais plutôt qu'ils risquent de connaître leur propre moment Liz Truss. Ce qui signifie qu'ils seraient forcés, par les marchés financiers, à remettre de l'ordre dans leurs finances publiques".
Si la situation budgétaire est si compliquée, c'est notamment en raison de la remontée des taux d'intérêt qui a commencé en 2022. En effet, les charges d'intérêt absorbent une part croissante du budget américain. Selon Moody's, les charges d'intérêt représentaient 9 % des recettes fiscales US en 2021, contre 18 % en 2024 et une projection à… 30 % en 2035. Bref, l'effet boule de neige n'est pas loin.
"Mais beaucoup de pays riches sont potentiellement concernés par ce problème, précise Koen De Leus. La remontée des taux d'intérêt met une grosse pression sur les finances publiques. De même que le réchauffement climatique et le vieillissement de la population. Le Royaume-Uni est le premier pays à avoir été attaqué par les marchés financiers, mais d'autres pourraient suivre".
