N'en déplaise à Donald Trump, la Réserve fédérale américaine ne touche pas à ses taux : "L'incertitude reste élevée sur l'impact des droits de douane"
Face aux incertitudes liées aux conséquences de la mise en place des droits de douane sur le front de l'inflation américaine, Jerome Powell, patron de la Fed, opte pour la prudence. Peut-être pour la dernière fois.

- Publié le 30-07-2025 à 20h06
- Mis à jour le 31-07-2025 à 15h43

Et de cinq ! La Réserve fédérale américaine, la fameuse "Fed", a décidé pour la cinquième fois de suite de ne pas toucher à ses taux d'intérêt. La nouvelle ne va assurément pas plaire au président américain Donald Trump, lui qui depuis des mois harcèle littéralement Jerome Powell, patron de la Réserve fédérale américaine, pour qu'il enclenche enfin un cycle de baisse des taux, afin de donner un coup de pouce à l'économie américaine et d'abaisser dans le même temps le coût du crédit pour les Américains.
Mais depuis des mois, on le sait, Powell, dont le mandat est prévu jusqu'en mai 2026, fait le gros dos, encaissant les attaques de Trump qui a agité la menace de l'éjecter de son poste, le traitant au passage d'" abruti" ou de "looser". Il y a quelques jours à peine, le président américain, en visite dans les bureaux de la banque centrale US, avait mis sur le patron de la Fed un ultime coup de pression, lui reprochant l'explosion des budgets du chantier de rénovation du siège de l'institution monétaire à Washington.
"Une posture plus restrictive que nécessaire"
Mais donc ce mercredi et à l'issue d'une réunion de deux jours, la Fed a opté pour le statu quo, en maintenant ses taux directeurs dans une fourchette comprise entre 4,25 % et 4,50 %, des taux qui sont à ce niveau depuis décembre. "Ironiquement, pour défendre son indépendance, la Fed pourrait adopter une posture plus restrictive que nécessaire, quitte à retarder ainsi une détente qui serait autrement justifiée et à amplifier les troubles économiques", considère Gregory Daco, économiste chez EY, cité par l'AFP.
Je pense qu'avoir une banque centrale indépendante est un arrangement qui a bien servi l'intérêt général et que, tant que c'est le cas, c'est quelque chose qui doit se poursuivre et être respecté."
Pour rappel, dans le mandat de la Fed figure évidemment en lettres d'or la lutte contre l'inflation. Celle-ci est restée contenue à 2,3 % sur une base annuelle mais elle se situe toujours au-delà de la cible de 2 % fixée par la Fed. Précisons des chiffres actualisés sont attendus plus tard dans la semaine.
Jerome Powell a donc préféré jouer la carte de la prudence. "Il reste beaucoup, beaucoup d'incertitudes autour des répercussions des nouveaux droits de douane. Pour l'instant, nous sommes bien placés pour en savoir plus sur l'évolution probable de l'économie […] avant d'ajuster notre politique", a expliqué le patron de la Fed, lors d'une conférence de presse. Après l'annonce d'un taux de 15 % frappant les produits européens, Trump a encore annoncé ce mercredi des droits de douane de 25 % visant l'Inde et même 50 % pour le Brésil. Powell entend donc signifier à Trump qu'il restera maître du calendrier. Et Powell en a profité pour défendre l'indépendance de son institution : "Je pense qu'avoir une banque centrale indépendante est un arrangement qui a bien servi l'intérêt général et que, tant que c'est le cas, c'est quelque chose qui doit se poursuivre et être respecté", a-t-il déclaré. Et de préciser que cette indépendance est "ce qui permet de prendre des décisions difficiles en étant concentré sur les données et l'évolution de la balance des risques".
Des prix à la hausse ?
La crainte est évidemment que cette politique douanière ne pousse les prix à la hausse dans les mois à venir pour les consommateurs américains, dépendants des importations pour bon nombre de produits.
Sur le front de la croissance, les derniers chiffres sont, eux, cependant encourageants. Après un premier trimestre difficile, arithmétiquement dû à une envolée des importations pré-droits de douane, l'activité économique américaine a connu une croissance supérieure aux attentes au deuxième trimestre, à 3 % en rythme annualisé. Mais dans son communiqué, la Fed remarque que la croissance américaine a "ralenti au premier semestre" de cette année mais que le marché du travail reste "solide", avec un taux de chômage "bas".
Deux gouverneurs votent contre
Mais cette réunion pourrait cependant être la dernière de ce statu quo monétaire. En interne au sein de la Fed, des tensions apparaissent désormais au grand jour. Au sein du Conseil des gouverneurs, le gouverneur Christopher Waller a fait savoir qu'il souhaitait une baisse de taux de 0,25 % dès la réunion de cette semaine. Sans succès donc. Sa collègue Michelle Bowman (NdlR : aussi vice-présidente de la Fed chargée de la régulation bancaire) a également dit qu'elle penchait dans ce sens, même si moins fermement en apparence. Ces deux gouverneurs, que l'on dit proche de Trump, ont d'ailleurs marqué leur opposition finalement à la décision de maintenir en l'état les taux, ce qui est plutôt rare à la Fed où la coutume est de prendre les décisions à l'unanimité. En réalité, il faut remonter à 1993 pour que deux gouverneurs s'opposent ouvertement à une décision de la Fed.
La pression sera donc forte à la rentrée, en septembre, pour que la Fed enclenche la baisse des taux. Et Trump y mettra évidemment tout son poids…