La Wallonie veut révolutionner la capture du carbone : "Le marché est colossal", il se compte en "milliers de milliards d'euros"
Plusieurs acteurs industriels et du monde de la recherche lancent un consortium, CO2 Disrupt, pour accélérer la captation et séquestration carbone pour les fumées à faible teneur en carbone.

- Publié le 13-11-2025 à 12h05
- Mis à jour le 14-11-2025 à 11h00

La Wallonie entend marquer un grand coup dans la course à la décarbonation. Six acteurs industriels et scientifiques – Aperam, ArcelorMittal Industeel, Cinergie, ARK Capture Solutions, Certech et l'UMONS – lancent CO₂ DISRUPT, un projet pilote de 5,6 millions d'euros destiné à capter le CO₂ présent dans les fumées les plus difficiles à traiter. Le projet est présenté ce jeudi à Louvain-la-Neuve, en partenariat avec A6K et avec le soutien de la Région wallonne.
Selon le consortium, plus de 50 % des émissions mondiales de CO₂ proviennent aujourd'hui de fumées ne contenant "que" 4 à 15 % de CO₂, un niveau de concentration pour lequel "aucune technologie économiquement viable n'existe". Notons néanmoins que même dans le secteur du ciment ou de la production de chaux, où les fumées affichent une concentration plus élevée (entre 15 et 35 %), la capture reste coûteuse et les questions sur la viabilité économique se posent. Mais c'est un autre dossier.
Une semaine après la "Déclaration de Mons"
Le consortium veut donc changer la donne avec un "pilote mobile" capable de capturer 1 à 2 tonnes de CO₂ par jour, qui sera testé successivement chez Aperam, Industeel et Cinergie.
Cette initiative intervient par ailleurs une semaine après la signature de la "Déclaration de Mons", par laquelle la Wallonie et la Flandre se sont accordées pour avancer ensemble sur la captation industrielle, en particulier pour les gros émetteurs. D'où la signature réalisée chez le cimentier Holcim, à Obourg. Mais c'est un autre dossier.
L'ambition pour le consortium est claire : décarboner au maximum la production industrielle d'acier, mais aussi produire du CO₂ alimentaire, développer un savoir-faire wallon reconnu et maintenir l'emploi industriel sur le territoire. "Ce projet démontre que la Wallonie peut être à la pointe de l'innovation dans la décarbonation industrielle tout en créant de la valeur locale", souligne Aurélien Vantomme, directeur R & D chez ARK Capture Solutions.
"C'est un marché de 1 600 milliards d'euros en ventes d'équipements entre 2030 et 2050"
"La principale cause du réchauffement climatique réside dans les émissions de CO₂ d'origine anthropique […]. Bien que les industriels mènent des projets d'efficacité énergétique et explorent l'électrification, l'utilisation d'hydrogène vert ou encore de biomasse, ils s'accordent à dire qu'un abattement massif des émissions nécessite, à court et moyen terme, la capture du CO₂, suivie de son stockage ou de son utilisation", précise le communiqué du consortium CO₂ Disrupt.
"Le marché prévisionnel de la capture du CO₂ est colossal : la capacité nécessaire à construire d'ici 2050 est estimée à 4 milliards de tonnes, soit un marché de 1 600 milliards d'euros en ventes d'équipements entre 2030 et 2050", ajoute encore le communiqué. Un business potentiel énorme donc, à condition que ce marché en question soit économiquement viable.
