La guerre au Moyen-Orient pourrait amener à une nouvelle dépendance
La guerre au Moyen-Orient, en perturbant les flux de pétrole et de gaz, provoque un basculement énergétique inattendu : en Asie comme en Europe, plusieurs pays rallument leurs centrales à charbon pour sécuriser leur approvisionnement.

- Publié le 12-05-2026 à 14h20
- Mis à jour le 12-05-2026 à 17h18

C'est un secteur qui, en temps normal, ne devrait pas connaître une telle dynamique. Surtout au mois de mai. Pourtant, la guerre au Moyen-Orient a provoqué une explosion de la demande. En effet, les exportations de charbon ont explosé ces derniers mois. En cause : la recherche d'alternatives au pétrole et au gaz, dont les approvisionnements sont perturbés par le conflit au Moyen-Orient et par la fermeture du détroit d'Ormuz, par lequel transitent habituellement plus de 20 % des carburants mondiaux.
Face à cette situation, de nombreux pays, notamment en Asie, se sont donc tournés vers le charbon pour sécuriser leurs besoins énergétiques, rapporte ce lundi le Financial Times. En effet, la demande a explosé de plus de 50 % par rapport aux chiffres de février.
Plusieurs pays relancent le charbon
Fin mars, c'est la Thaïlande qui annonçait la nouvelle : le redémarrage de deux de ses centrales à charbon afin de limiter la hausse des factures d'électricité à sa population. Plusieurs pays lui ont emboîté le pas. Le Bangladesh a ainsi augmenté sa production d'électricité à partir du charbon, tandis que la Corée du Sud a supprimé les plafonds de production des centrales au charbon et a renforcé, dans le même temps, sa production nucléaire.
"À long terme, cependant, cette période de pénurie énergétique pourrait constituer une raison supplémentaire de se tourner vers les énergies renouvelables"
L'Asie est en effet particulièrement exposée à la fermeture du détroit d'Ormuz : près de 90 % des hydrocarbures à destination du continent transitent par ce passage stratégique. Un sujet qui devrait d'ailleurs être au cœur des discussions entre le président américain Donald Trump et le président chinois Xi Jinping lors de leur rencontre prévue du 13 au 15 mai.

Vers une chute de la demande du GNL en Asie ?
Depuis plusieurs années, la consommation de GNL recule déjà en Asie, notamment "en raison de l'essor des énergies renouvelables", rapporte Reuters. Mais cette nouvelle crise, pourrait inciter davantage de pays asiatiques à se tourner vers d'autres sources d'énergies, en particulier le charbon, afin de réduire leur dépendance. Le Cambodge, par exemple, devrait voir sa consommation de charbon atteindre un pic d'ici 2030. Ces dernières années, l'Inde, l'Indonésie, le Bangladesh et le Pakistan ont également tous développé de nouvelles centrales à charbon, tandis que la consommation mondiale de cette énergie a atteint des niveaux records.

"Les principales économies d'Asie du Sud-Est devraient accroître leur dépendance au charbon et solliciter davantage de financements et d'assistance technique auprès de Pékin, ce qui compromettrait leurs propres objectifs ainsi que ceux de Washington", souligne le Center for Strategic & International Studes (CSIS).
Une dépendance que le Center on Global Energy Policy de Columbia nuance. "À long terme, cependant, cette période de pénurie énergétique pourrait constituer une raison supplémentaire de se tourner vers les énergies renouvelables et l'électrification grâce aux panneaux solaires et aux batteries", explique le centre.
Et en Europe ?
Même son de cloche en Europe. Selon Bloomberg, plusieurs centrales abandonnées aux Pays-Bas, en Pologne et en République tchèque pourraient augmenter leur consommation de charbon si les prix du gaz restent durablement élevés.

En Allemagne, le gouvernement envisage également de remettre en service certaines centrales à charbon mises à l'arrêt afin de limiter la hausse des prix de l'électricité. D'après plusieurs analystes cités par Bloomberg, les pays européens pourraient d'ailleurs produire cet été environ 20 % d'électricité supplémentaire à partir du charbon par rapport à l'été dernier, si le prix de référence européen du gaz se maintient autour de 50 euros par mégawattheure. Il évolue actuellement autour de 48 euros.
Les entreprises de charbon en profitent
Plusieurs pays pourraient ainsi profiter de ce regain de la demande en charbon. La Chine, d'abord, reste de très loin le premier producteur mondial, avec près de 5 milliards de tonnes extraites chaque année. Elle est suivie par l'Inde, les États-Unis, l'Australie et l'Indonésie.

Du côté des entreprises, certaines valeurs du secteur bénéficient déjà de cette tendance. Le géant indien Coal India a ainsi progressé de plus de 20 % à la Bourse de Bombay depuis le début de la guerre. En Allemagne, RWE, toujours actif dans le charbon, s'est également envolé de près de 30 %.