IA en Belgique : un moment charnière mais une fenêtre d'opportunité étroite
Le temps est à l'action. La révolution de l'IA sera profonde mais aussi inclusive. À nous d'y prendre part. Une opinion de Pascal Dormal, expert belge des télécoms et nouvelles technologies.
- Publié le 02-07-2024 à 08h34

Les résultats de nos derniers usages des outils d'intelligence artificielle (IA) générative tels que ChatGPT, Copilot, Gemini ou encore Dall-E sont devenus le nouveau sujet tendance des dîners entre amis. Ils sont parfois bluffants : des œuvres d'art originales, des poèmes surprenants ou encore des analyses claires de documents, tout ceci était impensable il y a seulement deux ans.
Et, pourtant, ces expériences restent très anecdotiques en rapport avec l'impact potentiel futur de cette vague IA. Une IA qui pourrait s'ériger comme le nouveau pilier d'une véritable révolution industrielle, à l'image de la machine à vapeur, de l'électricité ou de l'informatique. McKinsey estime cet impact entre 2600 à 4 400 milliards de dollars par an.
Décollage chez nous également
Alors que, jusqu'à présent, les États-Unis et la Chine se taillaient la part du lion de l'IA, les planètes sont aujourd'hui alignées pour son décollage chez nous également. L'IA Act a été adopté au niveau européen et devrait entrer en vigueur en 2025. En France, la maison mère de Facebook, Meta, vient de s'associer au groupe Iliad pour permettre de combler le retard des entreprises européennes en IA. La technologie est performante, notre capital humain disponible est important (écoles de codage, universités, etc.) et le financement est aujourd'hui très volontariste. financement est aujourd'hui très volontariste pour l'IA. De plus, les initiatives peuvent être accompagnées au sein de programmes (Digital Wallonia 4.AI, par exemple) ou par des accélérateurs. Les opportunités sont légion car l'IA doit encore être domptée et de nombreux applicatifs sont nécessaires (tels Rose pour la visualisation de données ou encore Decktopus pour générer des présentations), ce qui génère de nombreuses idées de start-up.
Un défi qui reste important
Le défi reste malgré tout important. La Belgique et, en particulier, la Wallonie et Bruxelles sont à l'étroit entre une French Tech comptant 600 start-up dans l'IA et qui a vu Mistral AI devenir une licorne en quelques mois et une Allemagne dotée d'un écosystème de start-up très dynamique et habituée aux licornes telles que DeepL.
Notre région souffre en outre d'un déficit d'accès au capital avec un tissu de financement venture capital assez réduit malgré les efforts louables de Wallonie Entreprendre, de Noshaq et de quelques acteurs privés.
Quatre axes prioritaires
La fenêtre d'opportunité est étroite. La Wallonie et Bruxelles peuvent encore se bâtir une place de choix au sein de cette révolution IA mais tout se jouera dans les cinq années qui viennent.
Les structures actuelles devront être renforcées. Nous pouvons identifier quatre axes prioritaires.
- Accélérer les formations qualificatives. Des ingénieurs et des codeurs bien sûr mais pas seulement. Il faudra des créatifs, des experts en neurosciences, des sociologues ou encore des éthiciens. De nouveaux jobs verront le jour qui combineront parfois les spécialités.
- Mettre l'accent sur la maîtrise technologique et pas simplement sur la sensibilisation, cette maîtrise ne s'acquérant que par l'expérience et les échanges avec d'autres pays.
- Développer et soutenir nos champions de l'IA qui essaimeront et créeront un écosystème IA local.
- Orienter le financement à l'innovation de manière ciblée et offrir des facilités de développement partagées telles que des supercalculateurs.
Le temps est maintenant à l'action, la révolution de l'IA sera profonde mais aussi inclusive. À nous d'y prendre part.

