Fake news et liberté d'expression : où tracer la ligne ?
Une chronique de Roald Sieberath, entrepreneur (Accelerate.AI), investisseur pour Noshaq, professeur invité à l'UCLouvain et l'UNamur
- Publié le 08-09-2024 à 18h04

La liberté de parole et de presse est une fondation de nos démocraties, que personne ne s'aviserait de remettre en question. Pourtant, de récents débats, dans des contextes politiques, amènent à se poser des questions nouvelles.
Il faut d'abord remarquer que la liberté de parole n'a jamais été absolue : il reste interdit de diffamer, de propager des idées négationnistes, etc. Elon Musk, avec le rachat de Twitter/X, s'est érigé en champion du freedom of speech absolu. Un de ses premiers actes chez Twitter a été de dissoudre la cellule de modération, en jugeant qu'elle agissait comme une sorte de censure. Pour Musk et d'autres, tout est bon à dire ; si des personnes se sentent lésées par une information, elles n'ont qu'à introduire un recours légal contre son auteur.
À l'ère des réseaux sociaux, la diffusion d'information se fait avec des caractéristiques nouvelles, qui justifieraient une réflexion particulière. On a remarqué que les fake news, par leur côté incroyable ou scandaleux, se propagent beaucoup plus vite que les news ordinaires. Une étude du MIT de 2018 montre qu'une news fausse a 70 % de chance en plus d'être retweetée, et au final de toucher 10 fois plus de monde qu'une news vérifiée.
La loi dite de Brandolini observe que l'effort pour démonter une fake news est d'un ou plusieurs ordres de grandeur plus compliqué que pour la produire. Les IA et les bots, qui peuvent être pilotés par des acteurs malveillants (voir l'interférence russe ou iranienne dans les élections américaines) peuvent multiplier les messages et retweets de messages qui insèrent la division ou le doute chez les électeurs. Parfois, ce sont des attaques atténuées – se moquer de tel trait de tel candidat –, mais qui au final vont toucher et influencer des millions d'électeurs.
Trouver une parade n'est pas aisé. Le sociologue Mark Granovetter avait théorisé dès 1973 la "force des liens faibles", que l'on peut constater chaque jour sur les réseaux sociaux : avec des petites nouvelles occasionnelles, je garde une forme de contact avec des amis lointains. Il est temps de théoriser et modéliser la force des attaques faibles, dont l'effet cumulé peut être tout à fait pernicieux.

