Dans les banques et compagnies d'assurances belges, "l'IA n'est plus une perspective futuriste"
La marche en avant vers l'IA s'est fortement accélérée depuis un an au sein des grandes banques et compagnies d'assurance belges.

- Publié le 26-06-2025 à 12h44

Depuis un an, l'intégration de l'intelligence artificielle (IA) "est passée à la vitesse supérieure" dans le secteur financier belge – banques et compagnies d'assurances. C'est l'un des constats majeurs du rapport que dressent l'association Fintech Belgium et le cabinet de conseil Sailpeak, dans leur "Baromètre IA 2025", basé sur les informations récoltées auprès de 13 grandes institutions financières belges (BNP Paribas Fortis, KBC, Belfius, Axa, Ethias…).
Premier enseignement : l'IA n'en est plus au simple "stade pilote". Elle est devenue un pilier fondamental de la stratégie des grands opérateurs financiers belges. "L'IA n'est plus une perspective futuriste. Pas moins de 85 % de ces institutions disposent désormais d'une unité ou d'un centre de compétences dédié à l'IA, un bond significatif par rapport aux 37 % de l'année dernière. Ces institutions ont généralement défini des plans stratégiques sur l'IA à plusieurs années", précise Nico Vincent, associé fondateur de Sailpeak. Et ces entreprises investissent à présent énormément dans l'IA : "40 % de ces entités ont doublé leur investissement dans l'IA en un an. Et plus de 60 % d'entre elles nous disent prévoir d'investir 50 % de plus dans l'IA en 2025 par rapport à 2024. Et cette logique va encore se renforcer en 2026".
Ce qui est intéressant avec cette technologie, c'est que l'on s'attend à présent à ce qu'elle donne un bénéfice immédiat
Un bénéfice immédiat
Mais pourquoi une telle accélération, après des années qui ont plutôt été celles de la prudence par rapport à cette technologie ? "Près de 45 % des banques et compagnies d'assurances belges s'attendent à ce que leurs investissements en IA atteignent au minimum le seuil de rentabilité, voire génèrent un ROI (return on investment) exceptionnel en 2025. C'est ce qui est intéressant avec cette technologie, c'est que l'on s'attend à présent à ce qu'elle donne un bénéfice immédiat. Et ce, grâce aux gains de productivité dans de nombreuses tâches effectuées au quotidien mais aussi en termes d'efficacité des processus opérationnels. L'IA rend les opérations plus rapides, plus agiles, plus performantes, notamment pour les chatbots (outils conversationnels NdlR) avec les clients et l'assistance au codage informatique. Mais cette technologie se déploie peu à peu dans tous les métiers et tous les domaines de la banque et de l'assurance", répond Nico Vincent, citant notamment la lutte contre le blanchiment.

Quels sont les outils d'IA les plus "populaires" dans les entreprises concernées ? Sans surprise, l'assistant Copilot de Microsoft est le plus utilisé en Belgique, devant des assistants IA développés spécifiquement en interne par les opérateurs, comme BNPP Paris Fortis, par exemple (lire ci-dessous). "C'est logique. Microsoft, au travers de sa suite Office, équipe pratiquement toutes les sociétés de grande taille. Et donc, pouvoir ajouter Copilot à un chatbot et aux applications de Microsoft (Word, Excel, PowerPoint…, NdlR), c'est quelque chose de très facile à déployer, souligne Nico Vincent. Par contre, ce n'est pas anodin en termes de coûts parce qu'il faut payer 30 dollars par mois et par utilisateur". Mais ces coûts n'empêchent manifestement pas les grands opérateurs financiers belges de mettre le turbo en matière d'IA…
"Un véritable changement culturel au sein de BNPP Fortis"
Parmi les banques belges, BNP Paribas Fortis fait clairement partie des pionnières en termes d'implantation de l'IA. Y a notamment été développé en interne (en collaboration avec la société française Mistral) un assistant IA propre à l'entreprise, répondant au doux nom de Yara. Celui-ci permet notamment aux quelque 12 000 employés de la banque d'analyser et résumer des documents, de traduire des rapports, etc. Responsable de la cellule IA au sein de la banque, Anthony Belpaire explique comment la marche en avant vers l'IA s'est accélérée ces derniers mois.
Quand la cellule IA de BNPP Fortis a-t-elle été créée ?
En 2024. Auparavant, ce département fonctionnait comme un centre de compétences. Mais depuis l'année passée, il s'est transformé en une véritable entité spécifique qui a la responsabilité de créer les plans stratégiques IA, mais aussi de gérer la maintenance de la production. Et tout cela de A à Z.
Cette cellule IA, c'est aujourd'hui une équipe de 85 personnes qui développe toutes les solutions IA pour les différents métiers, la banque de détail, le corporate banking, la banque privée… C'est donc un peu une sorte de scale-up au sein de BNP Paribas Fortis, contrôlée par son propre conseil d'administration, et qui est responsable et doit rendre des comptes pour la création de valeur de tous les investissements IA.
L'IA et l'outil Yara ont-ils été bien acceptés par le personnel ?
Il a fallu effectivement s'organiser pour que l'ensemble de nos collaborateurs puissent s'approprier la technologie dans leur quotidien, mais aussi dans les procédures via lesquelles ils agissent. Ce n'est pas seulement l'outil Yara que nous leur avons distribué, nous avons aussi organisé des formations, un accompagnement des personnes pour qu'elles puissent apprendre comment elles peuvent utiliser cet assistant. Et donc, ce projet, c'est un véritable changement culturel au sein de BNPP Fortis.
Quand ces investissements IA seront-ils rentables ?
En fait, c'est déjà le cas, le return est déjà là. Si on prend tous les projets qui, aujourd'hui, ont déjà été créés et sont dans les mains de nos utilisateurs, cela représente une valeur récurrente, en termes d'efficacité, de plus de 500 millions d'euros sur base annuelle.
Pourquoi avoir développé votre assistant IA en interne ?
Nous avons choisi de le faire pour des raisons de confidentialité. Yara ne tourne que chez nous, que sur nos serveurs. Nous pouvons donc l'utiliser pour des documents qui sont confidentiels, sans risque vis-à-vis de l'extérieur.