Pour rêver à nouveau
Combattre la pénurie de main-d'oeuvre qui frappe certains secteurs en incitant les jeunes à être professionnellement plus ambitieux. Telle est la philosophie du projet Dream basé sur les rêves d'enfant.
- Publié le 16-02-2001 à 00h00
L'esprit d'entreprise. Constater à quel point il peut parfois faire défaut dans les rangs des jeunes professionnels en exaspère certains. Et donne des idées à d'autres. Comme aux initiateurs du projet DREAM (pour Démarre la Recherche d'une Entreprise A ta Mesure) mis sur pied dans la mouvance d'Ichec-PME, il y a trois ans et demi déjà. "Dans certaines régions, en particulier là où plusieurs entreprises ont dû procéder à des licenciements massifs, le climat de sinistrose s'infiltre parfois jusque dans les classes, constate Nicolas Parmentier, chef du projet Dream, Les élèves sont démotivés d'apprendre, persuadés qu'ils n'ont que le chômage comme perspective."
Or, de nouveaux métiers voient le jour. Les entreprises manquent de certains profils et, avant tout, de jeunes qui y croient. "Le désir de réaliser se niche au coeur de chaque jeune. Il suffit souvent d'un déclic pour le libérer, pour le guider!"
L'originalité de Dream, c'est l'âge du public qu'il touche. On a déjà croisé nombre de projets s'adressant aux jeunes diplômés. Mais les opérations à grande échelle destinées aux élèves d'humanités sont bien plus rares. D'où l'intérêt de celle-ci. Son objectif: encourager des rêves professionnels. "Parce qu'à sept ans, tous les enfants rêvent d'être pompiers, facteurs, docteurs ou avocats. Et qu'à dix-sept, ils sont inquiets pour leur avenir et n'y croient plus." Cette angoisse dévorant le plus souvent les envies nées quelques années plus tôt...
Dream, ce sont deux outils distincts destinés aux 16-19 ans, en cinquième, sixième ou septième années secondaires. D'abord, les visites-rencontres en entreprises, pour réfléchir à leur futur parcours. Et puis le challenge, pour passer à l'action.
Les visites-rencontres concernent toutes les écoles secondaires, indifféremment du réseau et du type d'enseignement. L'opération se déroule en trois temps. Une préparation en classe, une visite en entreprise, puis un debriefing. Une centaine d'élèves ont participé à la première opération, en 98-99. Preuve de la demande, le cap des 5.500 était dépassé l'année dernière! "Pour réveiller leur rêve, l'idée est de sortir les élèves de leur classe, leur permettre de rencontrer des hommes et des femmes dynamiques, passionnés par leur métier." La sauce ne prend en effet qu'avec la collaboration des entreprises, dont les dirigeants acceptent de consacrer du temps à expliquer leur quotidien. "On n'a aucun problème pour trouver des candidats du côté des patrons, s'exclame Nicolas Parmentier, Nous croisons de nombreux dirigeants de PME, passionnés par leur travail, et très contents de partager leur passion avec les jeunes. Parfois, cet enthousiasme contribue précisément à changer l'image d'une région..."
Rien de possible non plus sans la collaboration des professeurs. "C'est vrai que ce genre de projet les met en danger, les obligeant à descendre sur le terrain. A se remettre en question parfois." La visite d'entreprise est préparée dans le cadre des cours. Des questions précises, arrêtées. Le contexte, planté.
Le témoignage des professionnels est pédagogiquement performant. Il constitue un repère fondamental. Positif ou négatif. Tel jeune se retrouvant dans le domaine exploré ou dans le type de fonction exercée. Tel autre, au contraire, réalisant que ce secteur n'est pas pour lui. L'étape est importante pour guider le choix d'orientation de l'élève conscient, à ce stade, que des voies professionnelles passionnantes existent et qu'en développant ses atouts propres, chacun peut construire son chemin, son métier voire, comme le patron visité, sa propre entreprise. Bref, (re)trouver l'ambition de construire quelque chose. "Cette visite me donne envie de me lancer dans la vie, de faire ce que j'aime réellement", témoigne cet élève. "Avec cette visite, on pense métier et pas études", relève cet autre. "Je me souviens notamment de l'enthousiasme d'une classe, rapporte encore Nicolas Parmentier, Les élèves qui devaient visiter une entreprise de salaisons, à Couvin, se sont passionnés. La veille, ils ont envoyé 84 questions par fax au patron, qui a préparé ses réponses jusqu'au milieu de la nuit."
Qu'a-t-on vu? Conclu? Que compte-t-on faire avec ces conclusions? Des organismes existent pour guider le futur étudiant qui a choisi sa voie. Le rôle de l'opération est de rallumer la flamme. Pour l'entretenir, le relais passe aux différents outils disponibles afin de choisir les filières qui serviront le mieux ses ambitions.
Pour ceux qui désirent passer à l'action sans attendre, Dream a imaginé un challenge. Sous l'apparence d'une compétition, l'opération vise avant tout à faire prendre conscience aux élèves de leur capacité à réaliser du concret.
Le principe est tout simple. Une équipe de 5 à 15 élèves (de dernières années du secondaire, toujours), se mobilise autour d'un projet. Une action intellectuelle, artistique, sociale, sportive, technique, Seul impératif: qu'elle soit originale, créative et réalisée en équipe. Un rapport de présentation écrit est à envoyer au jury qui déterminera les finalistes puis, après prestation orale de ceux-ci, les vainqueurs.
"80 participants se sont manifestés lors de l'action pilote menée l'année dernière. Quatre dossiers ont finalement été retenus. Tous les finalistes avaient le même discours. Si on nous avait dit avant, répétaient-ils, que nous étions capables de faire cela, nous ne l'aurions pas cru!" Outre la défense orale de leur dossier et pour tester leur esprit d'équipe, les participants se sont retrouvés sur un voilier de course. "Un skipper avec des jeunes qui bien souvent, auparavant, ne connaissaient rien à la voile, et se retrouvent à courir dans tous les sens sous ses ordres."
Le challenge n'a pas tardé à trouver son public. L'Institut des Ursulines (Koekelberg, Bruxelles), fut le premier à se manifester. "Les élèves de cinquième, conscientes qu'il existe un problème de motivation et de représentation dans leur école, avaient imaginé d'organiser des séances d'information pour les plus jeunes. Leur expliquer, d'égales à égales, ce qui les attendait, quand elles passeraient en classes supérieures." Et le chef de projet de se souvenir que la réussite de ce professeur, moteur de l'expérience, avait finalement fait des jaloux, après avoir nécessité beaucoup d'énergie pour s'imposer. Officiellement par hasard, les projets finalistes de 2000 émanaient des quatre coins de la Belgique. Point commun: aucun, sauf l'enthousiasme des participants. Si les jeunes Bruxelloises projetaient de se lancer dans la communication, d'autres marchaient sur des terrains bien différents. "L'école gagnante est une école d'hôtellerie de Verviers. Cette équipe avait imaginé d'organiser deux temps de loisirs dans un resto du coeur de leur ville. Ils ont cherché des sponsors, ont acheté ce dont ils avaient besoin et filmé le tout en vidéo." Dans le même temps, après avoir visité les brasseries Chimay, une autre équipe commençait à réaliser, dans les locaux de son école à Couvin, une mini-usine d'embouteillage. Tandis que la quatrième équipe finaliste réalisait un roman-photo sur base d'un scénario maison et d'un énorme casting faisant participer une foule de figurants.
La prochaine finale aura lieu en mai. Cette année encore, le challenge se limite à la Communauté française. "Nous espérons élargir", conclut son patron, qui évoque également les ébauches de plusieurs autres projets basés sur le même principe de transmission d'enthousiasme. "Toutes les énergies doivent se mobiliser pour permettre aux jeunes de s'identifier à un secteur professionnel. Tel sera l'objectif des Dreamdays. Les choix ne s'effectueront plus par classe, mais individuellement. Le jeune pourra déterminer un secteur d'activité précis et un professionnel de son choix." Ce qui demande un maximum de témoins, prêts à partager l'enthousiasme de leur métier. Avis aux amateurs!
Web http://dreamit.win.be
Tél: 02/739.38.66
© La Libre Belgique 2001
Pour donner aux plus jeunes des envies d'entreprendre, les patrons se racontent. Ils se souviennent de leurs envies et questions d'adolescents. De la genèse de leur création d'entreprise. Leurs expériences sont rassemblées dans une petite brochure. Un véritable concentré d'énergie! Denis Latour, 35 ans, marié, 3 enfants. Fondateur d'Arrivero Pizza. "J'ai choisi l'option latin-math, mais les cours à l'époque ne me passionnent pas beaucoup, surtout les cours de par coeur. Je suis plutôt attiré par les cours où l'on découvre de nouvelles choses. Ensuite, afin de me donner les meilleures chances sur le marché de l'emploi, je choisis une formation ambitieuse et généraliste: ingénieur commercial. Arrivé en première licence, je pense à créer ma propre entreprise, avec un copain. Nous nous apercevons que la livraison de pizza à domicile n'existe pas encore. Les visites de foires et salons nous apprennent à connaître le matériel. Nous établissons un plan financier et nous rencontrons un privé qui accepte de nous prêter de l'argent. Fin 1987, nous plongeons et créons la société. Au début, nous faisons tout nous-mêmes. Epuisant mais passionnant. Aujourd'hui, l'équipe compte 80 personnes et Arrivero est leader sur le marché bruxellois." Stéphane Mathieu, 28 ans, marié, deux enfants. Fondateur d'Only One Solution. J'ai fait math7-sciences7. Mais je n'aimais pas trop l'école ni être dans un moule. A 18 ans, je me lance dans l'univ (ingénieur civil). J'abandonne l'année suivante (trop abstrait et trop de guindailles!) pour un graduat en informatique. Je pense déjà à créer ma propre affaire. Mais je sens qu'il faut plus d'expériences. Dès mon premier entretien, je suis engagé dans une société qui met au point des programmes pour laboratoires médicaux. Je découvre le métier. Après 5 ans, l'entreprise doit me licencier. Directement, je prends la balle au bond: ça y est, j'ai six mois pour me lancer! Après un an, je travaille comme un bossu, mais je suis bien dans ma peau et je gagne plus." Etienne Mertens, 35 ans. Fondateur de SMDW, société active dans l'adaptation de voitures pour personnes handicapées. "Je rentre au pensionnat à l'âge de dix ans et en ressort à 20, avec un diplôme de scientifique B. L'isolement du pensionnat m'a forgé un caractère qui me permet d'entreprendre seul. Je quitte l'univ après deux candi, pour entreprendre un graduat en agronomie des régions tempérées. Mon diplôme en poche, je me lance dans la culture biologique de fraisiers. Mais mes plants me sont livrés trop tard, ce qui me fait perdre les 2/3 de ma récolte. La catastrophe! Ensuite, je trouve du travail dur et mal payé chez un négociant en engrais. Je remets ma démission après 8 mois. Deuxième expérience. Pas beaucoup mieux. Je décide donc de quitter le secteur et me retrouve au chômage. Mon principal hobby est la construction de prototypes. Je postule alors chez un fabriquant de fauteuils roulants qui cherche un technicien. Et je suis retenu, après plusieurs tests. Je décide aussi de reprendre des cours de soudure et d'électronique, ce qui me permettra de travailler pour une firme spécialisée dans l'adaptation de voitures. Puis de fonder ma société." Elisabeth Koblik, 35 ans. Fondatrice d'Hosteen, société d'audit et gestion de problématique des voyages au sein des entreprises. "Pendant mon parcours scolaire normal , je multiplie les jobs d'étudiants. Pour faire plaisir à mes parents, je m'inscris en licence de russe et d'anglais, à l'université. Deux ans plus tard, j'abandonne. Engagée dans un magasin de vêtements, je deviens rapidement vendeuse responsable. Après un an et demi, je postule ailleurs. Une société immobilière m'engage comme secrétaire. Six ans plus tard (et passée assistante de direction) je demande à être plus valorisée. C'est le litige. Je rédige à nouveau mon CV et finis par être engagée dans une multinationale pour remplacer une dame qui organisait les voyages et gérait les restaurants d'entreprise. Cinq ans après, en désaccord avec la direction concernant l'évolution de ma carrière, je décide à nouveau de partir et de lancer ma propre entreprise." © La Libre Belgique 2001
