Pourquoi Brussels Airlines ne licencie pas

Pas de licenciements collectifs, ni de mise en chômage économique : la solution prônée par la compagnie belge Brussels Airlines pour sauver sa tête sort de l'ordinaire.

Raphaël Meulders
Pourquoi Brussels Airlines ne licencie pas
©Jean-Luc Flémal

Pas de licenciements collectifs, ni de mise en chômage économique : la solution prônée par la compagnie belge Brussels Airlines pour sauver sa tête sort de l'ordinaire. "La mise à temps partiel du personnel est un procédé qui est moins courant qu'auparavant, explique Gilbert Demey, professeur émérite du droit de travail à l'UCL. A l'heure actuelle, beaucoup d'entreprises ont tendance à se restructurer par voie de licenciement collectif, via la procédure Renault. Surtout lorsque ce système permet de mettre des gens à la prépension. D'autres choisissent le chômage économique, et l'utilisent parfois de manière excessive : tout est toujours susceptible d'avoir une utilisation contraire à ce que le législateur ou le gouvernement a voulu."

Peu utilisée dans les grandes entreprises, l'option, "flexibilité du travail pour tous", "un procédé souvent demandé par les syndicats pour éviter des licenciements" est, par contre, plus fréquente au sein des PME.

Du coup, avec son plan, Brussels Airlines ne rentre dans aucune "case" pour pouvoir bénéficier d'une quelconque aide publique. Aucun plan fédéral facilitant ce type de mise à temps partiel par les entreprises, comme le faisait, par exemple, le plan "crédit temps de crise" de Milquet en 2009-2010, ne serait d'ailleurs sur la table du gouvernement. D'après M. Demey, la restructuration envisagée par Brussels Airlines, qui n'a fait aucune demande d'aide, ne devrait ainsi "rien coûter à la collectivité". "S i ce n'est que l'entreprise paiera moins de cotisations sociales, vu que la plupart des salaires vont être revus à la baisse." Quelques éléments expliquent cette stratégie particulière de la compagnie belge de ne pas licencier.

Il y a tout d'abord, la particularité du secteur aérien en Belgique. "Les pilotes sont difficiles à remplacer", explique M. Demey. La direction n'a sans doute pas envie de les licencier pour les voir partir ailleurs, d'autant qu'ils ont souvent été formés par Brussels Airlines." La direction a d'ailleurs annoncé que ces mesures étaient "temporaires" (deux ans) et que la compagnie aurait besoin de toutes ses forces vives quand sa situation financière se serait améliorée. Reformer de nouveaux pilotes lui serait ainsi plus coûteux que de garder les anciens à temps partiel.

Autre particularité, la faible taille du secteur aérien en Belgique. Conséquence : si une convention collective est signée entre direction et syndicat, elle le sera hors commission paritaire et ne pourra être rendue obligatoire par arrêté royal. "En cas d'accord, il faudra, dès lors, que les syndicats convainquent chaque employé de changer les termes de leur contrat."

Or, le timing est très serré pour Brussels Airlines, mise sous pression par son principal actionnaire Lufthansa qui lui a donné jusqu'à la fin de l'année pour se restructurer. La carotte étant un nouvel investissement allemand de 100 millions d'euros, vital pour Brussels Airlines qui manque de liquidités. Le bâton pourrait être un désinvestissement du groupe allemand à Diegem. La direction belge, enlisée dans son précédent plan de redressement, doit donc aller vite. Dans ce contexte, aller au "clash" avec les syndicats aurait été très risqué.

Beaucoup se sont d'ailleurs étonné des "fuites" intervenues ces dernières semaines dans la presse et annonçant un "carnage social" (700 licenciements). Certains syndicalistes prétendent ainsi qu'elles ont été organisées par la direction, alors que les discussions étaient au point mort.

La technique de négociation est connue : on annonce le pire, pour remettre tout le monde autour de la table et faire avaler une autre pilule plus facilement. La direction est ainsi rentrée en position de force lors de ces nouvelles négociations, tout en mettant une solide épée de Damoclès au-dessus des syndicats. Les dirigeants belges n'ont d'ailleurs jamais caché que des licenciements étaient "possibles" en cas d'échec des discussions. Mais il reste une marge de manœuvre aux syndicats : négocier des compensations à cette mise à temps partiel.

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