Le méga-contrat gazier russo-chinois, une victoire symbolique aux retombées économiques incertaines
Même s'il sonne comme une victoire pour le président russe Vladimir Poutine, les retombées du méga-contrat gazier conclu avec la Chine semblent moins mirobolantes que prévu...
- Publié le 22-05-2014 à 17h16
- Mis à jour le 22-05-2014 à 17h17
Même s'il sonne comme une victoire pour le président russe Vladimir Poutine, engagé dans un bras de fer avec les Occidentaux en Ukraine, les retombées du méga-contrat gazier conclu avec la Chine semblent moins mirobolantes que prévu, soulignent jeudi les observateurs.
Âprement négocié depuis dix ans, cet accord a été obtenu mercredi à l'arraché par la Russie, au deuxième et dernier jour d'une visite de M. Poutine à Shanghai destinée à montrer que Moscou, sous le feu des critiques européennes et américaines sur sa position dans la crise en Ukraine, n'était pas isolée.
Estimé à 400 milliards de dollars, l'accord prévoit la livraison à terme de 38 milliards de mètres cubes par an de gaz russe à la Chine sur trente ans à partir de 2018, de quoi offrir une bouffée d'air frais à Gazprom dont les principaux clients se trouvent pour l'heure sur le continent européen.
M. Poutine et le patron de Gazprom, Alexeï Miller, n'ont pas manqué de le souligner, saluant le "plus important contrat de livraison de gaz de toute l'histoire de Gazprom".
Toutefois, selon les analystes de Capital Economics, "l'importance de cet accord est largement symbolique", pour montrer que la Russie est capable de se détourner de l'Europe vers l'Asie, un marché prometteur.
"Même si le chiffre de 400 milliards de dollars semble énorme (cela correspond à environ 20% du produit intérieur brut de la Russie actuellement), cela dresse un tableau inexact de l'échelle des bénéfices économiques pour la Russie", soulignent-ils.
Annuellement, cela ne représente en effet que 13 milliards de dollars de revenus supplémentaires, expliquent-ils, indiquant que l'an dernier, Moscou a tiré 593 milliards de dollars de l'ensemble de ses exportations.
Par ailleurs, les volumes de gaz - qui atteindront progressivement 38 milliards de mètres cubes de gaz par an - semblent aussi modestes par rapport à ceux qui sont livrés à l'Europe - 200 milliards de mètres cubes de gaz l'an dernier -, ajoutent les analystes.
Enfin, "il semble que la Russie a dû faire des concessions et que l'accord a été conclu à des conditions favorables pour la Chine", soulignent-ils.
Gazprom a refusé de dévoiler le prix prévu dans le contrat, qui était la principale pierre d'achoppement lors des discussions ces dernières années, invoquant le secret commercial.
Jeudi, les responsables politiques russes, réunis au Forum économique de Saint-Pétersbourg, s'employaient à assurer qu'il était acceptable.
"Est-ce qu'il est rentable, oui, bien entendu, à 100%", a déclaré le ministre de l'Economie Alexeï Oulioukaïev, cité par l'agence Ria-Novosti, refusant de donner plus de détail.
Les estimations des analystes et des médias jeudi allaient de 350 à 395 dollars pour 1.000 mètres cubes.
"C'est comparable au prix des contrats de Gazprom avec ses clients européens", qui s'est établi en moyenne en 2013 à 378 dollars les 1.000 mètres cubes, a écrit l'agence de notation financière Fitch dans une note.
"Mais la différence essentielle est que le gaz envoyé vers la Chine viendra de gisements largement sous-développés, ce qui implique des investissements notables", a-t-elle ajouté. Selon M. Poutine, ceux-ci s'élèveront à 55 milliards de dollars.
Les analystes d'Alfa-Bank sont eux plus sévères, estimant que le prix acceptable pour que ce contrat ne génère pas de pertes devrait s'établir à 440 dollars les 1.000 mètres cubes.
D'autant plus que pour décrocher le contrat, Moscou a aussi accepté d'annuler pour Pékin la taxe d'extraction des matières premières, source importante de revenus pour le budget russe.
"La politique passe toujours en premier, les affaires de Gazprom toujours après", estimait jeudi dans un éditorial le quotidien économique Vedomosti.
