Reconversion des patrons: Yves Delacollette, de la banque à Franco Dragone
Ou le choix d'une nouvelle vie professionnelle au cœur de la création artistique. Place à notre nouvelle série.
- Publié le 08-07-2014 à 18h05
- Mis à jour le 08-07-2014 à 18h14

Ou le choix d'une nouvelle vie professionnelle au cœur de la création artistiqueCe que je fais aujourd'hui est beaucoup plus sérieux que ce que je faisais dans le passé dans le secteur bancaire. A la fin de la journée, si quelqu'un fait une erreur dans une banque, la conséquence est une perte d'argent. Ici, une erreur d'appréciation peut coûter la vie d'un homme sur un chantier ou sur scène. La discipline en termes de sécurité, de gestion de risque est tout autre. A côté, la banque, c'est de la rigolade". Ces mots émanent d'Yves Delacollette (55 ans) qui est depuis quelques mois Président et CSO - Chief Spectator Officer - de Franco Dragone Entertainement Group.
L'homme, qui voyage pas moins de 220 jours par an pour suivre les différents projets artistiques de Franco Dragone à travers le monde, vit passionnément une nouvelle étape de sa carrière professionnelle. Le visage d'Yves Delacollette a longtemps été associé dans notre pays au secteur bancaire. Il démarre sa carrière au sein de la SNCI - Crédit à l'Industrie - avant de rejoindre en 1990 le Crédit Lyonnais Belgium. Très rapidement, Yves Delacollette va se trouver son créneau et son credo : mettre le client au cœur de ses préoccupations et bousculer les habitudes du secteur avec un compte d'épargne à 9 % qui ferait rêver aujourd'hui n'importe quel épargnant. Le banquier poursuivra sa carrière sous la bannière de la Deutsche Bank après le rachat de la filiale belge du Crédit Lyonnais par son rival allemand. Yves Delacollette restera à la tête de la Deutsche Bank Belgium pendant dix ans.
Une deuxième vie à 50 ans
"A 47 ans, soit 1 000 jours avant mon départ de la Deutsche Bank, j'avais prévenu mon épouse et mon bras droit à la banque que je quitterais mon poste à 50 ans" , explique-t-il, mettant en avant son envie de vivre, à 50 ans donc, une "deuxième vie" et non de "relever un nouveau challenge". Rideau donc en 2009 sur le secteur bancaire. Et le moment d'une pause de 4 à 5 mois où l'ex-banquier, grand amateur de voile, part alors avec femme et enfants visiter la Scandinavie, l'Islande et les Etats-Unis, d'est en ouest. Le temps aussi d'investir dans quelques starts-up et de lancer un fonds de "private equity" avec l'argent récolté de la vente d'un bien immobilier. Ou de conseiller encore le gouvernement sur le projet de réforme bancaire et financière. Bref, notre jeune pensionné est finalement très actif…
Durant l'été 2012, il effectue un nouveau virage. Via un ami commun, il fait la connaissance de Franco Dragone. "Je ne le connaissais pas du tout. Il m'a envoyé un mail fantastique rempli d'humilité en me disant en substance : 'Je suis confronté au problème suivant : je dois faire évoluer un groupe qui produit un grand spectacle tous les 3 ou 4 ans vers un groupe qui produira plusieurs spectacles par an, voudriez-vous faire partie d'un comité stratégique ?'" Au même moment, une autre pointure - mais de la sphère politique cette fois, Philippe Maystadt - est approchée pour entrer dans ce comité stratégique.
Faire de Dragone "une référence planétaire"
Un coup de fil à Philippe Maystadt et une rencontre avec Franco Dragone finiront par convaincre Yves Delacollette. Même si ce dernier avoue avoir été un peu réticent au tout début. "Je n'aime pas Céline Dion", sourit-il. "J'ai beaucoup d'appétit pour la chose culturelle avec des goûts très éclectiques. Mais j'avais de Franco Dragone l'image d'une culture un peu trop populaire même si j'avais vu certains de ses spectacles que j'avais trouvé très beaux et très poétiques." Mais Yves Delacollette poursuit : "J'avais une image tronquée de Franco Dragone. Cet homme est le Léonard de Vinci du XXIe siècle." Quand on lui demande s'il n'en fait pas trop, l'ex-banquier ne se démonte pas et affirme "que le monde va découvrir bientôt le vrai visage de Franco Dragone" . "Depuis la création de la compagnie Dragone, 12 ou 13 millions de gens ont déjà vu ses spectacles. Dans quelques années, il y en aura dix millions par an. Tout cela au départ de la ville un peu 'zolaesque' de La Louvière, une ville qui possède un brassage culturel extraordinaire", ajoute-t-il.
Entré au comité stratégique, Yves Delacollette - qui qualifie ses relations de "fraternelles" avec Franco Dragone - est donc devenu, "de fil en aiguille", président exécutif de Franco Dragone Entertainment Group. Avec un modèle en termes de gouvernance qui est celui des frères Disney : "Tout le monde connaissait Walt mais personne Roy, qui était son grand frère. Le premier se focalisait sur l'artistique et le second sur le non-artistique." Et une ambition : "Faire de Dragone la référence planétaire du spectacle vivant et la plus belle compagnie de création culturelle au monde."
