Stress tests: Banques belges vulnérables à un scénario catastrophe
Les stress tests montrent que les ratios de solvabilité des banques belges seraient fortement affectés par un scénario catastrophe. En cause : une forte exposition à la dette souveraine. Inquiétant ? A voir… Réaction mitigée des marchés.
- Publié le 27-10-2014 à 19h00
- Mis à jour le 27-10-2014 à 22h04

Le risque des actifs n'a pas été sous-estimé. "Une bonne nouvelle"
Les stress tests sur 130 banques de la zone euro qui ont été publiés dimanche montrent que, même en mettant à part le cas Dexia, "les banques purement belges Belfius, KBC et Argenta seraient plus affectées par une crise financière majeure que la plupart des banques françaises ou néerlandaises" . Tel est l'enseignement majeur que retire Eric Dor, directeur des Etudes économiques Ieseg School of Management Université catholique de Lille. Regardons donc ces résultats de plus près.
1 Quid pour le secteur belge ? Pour rappel, l'exercice mené par la BCE conjointement avec les banques centrales nationales se faisait en deux phases. Un, on a mesuré les fonds propres sur base d'actifs harmonisés (AQR). Deux, on testait la solvabilité des banques sur base d'un scénario catastrophe (avec notamment un krach du marché obligataire). On voit que l'écart entre les deux ratios (voir infographie) est nettement plus important pour les banques belges que pour les principales banques françaises et néerlandaises. "Cela confirme que les banques belges ont une exposition très forte à la dette souveraine, en pourcentage de leurs fonds propres, par rapport à la plupart des autres banques", explique Eric Dor. Faut-il s'en inquiéter ? Eric De Keuleneer, professeur à l'ULB, ne le pense pas. Car, dit-il, les banques belges affichent des actifs en général de très bonne qualité. Il s'agit en particulier de crédits hypothécaires où les défauts de paiement sont très faibles. Pour ce qui est de Dexia, les besoins en capitaux ont été évalués à 340 millions d'euros. D'aucuns avaient craint que le montant serait plus élevé. "C'est plutôt une bonne nouvelle si l'exercice est suffisamment rigoureux", estime Eric Dor. De plus, ce chiffre n'est pas relevant à partir du moment où les Etats belge et français se sont engagés à recapitaliser si nécessaire.
2 Quid pour les banques étrangères ? Les tests n'ont pas apporté de grande surprise si ce n'est pour la Monte dei Paschi (voir ci-dessous), dont le besoin de recapitalisation s'élève à 2 milliards sur un total de 25 milliards. "On remarque peu de différence entre les fonds propres avant et après l'exercice AQR" , (Asset Quality Review). Les banques n'ont donc pas sous-estimé le risque de leurs actifs. C'est une bonne nouvelle. C'est positif pour le marché interbancaire" , constate Eric Dor.
3 Ces tests sont-ils complets ? Christophe Nijdam, analyste bancaire chez AlphaValue à Paris, ne cache pas sa déception. "On n'a pas du tout testé les risques de liquidités alors que c'est ça qui a fait plonger les banques irlandaises en 2010 et Dexia en 2011" , note-t-il. Et de rappeler que les futurs ratios Bâle III auxquels seront soumises les banques intégreront ce risque. Si la BCE avait pris en compte la liquidité, plusieurs grandes banques françaises, à commencer par BNP Paribas, s'en seraient moins bien sorties, en raison de leurs importants financements à court terme et leurs expositions aux produits dérivés. Eric Dor pense aussi que l'exercice aurait été plus complet avec un test sur la liquidité mais n'y voit pas une lacune majeure "car la BCE a montré qu'elle peut gérer la crise de liquidité par le biais de ses opérations de rachat d'actifs (LTRO)". Pour lui, la "faiblesse de ce genre d'exercice c'est qu'on teste chaque banque individuellement alors que le vrai risque se situe dans le caractère systémique des banques" . Mais, "c'est difficile à mesurer"…

Crédible ou pas crédible, les marchés hésitent
La zone euro a-t-elle gagné en crédibilité après la publication des résultats des tests de résistance imposés aux banques européennes. L'un des objectifs de cet exercice était de rendre confiance au secteur bancaire en identifiant les institutions les plus vulnérables. Ce lundi, la réaction sur les marchés a été contrastée. L'indice des banques de la zone euro a lâché plus de 2 %. De son côté, l'euro a progressé face au dollar.
Ces turbulences sur les marchés s'expliquent en partie par la publication d'un indice IFO très décevant au sujet du climat des affaires en Allemagne (voir page 29). Quant à la résistance de l'euro, elle est en partie due à de mauvaises nouvelles en provenance des Etats-Unis et pesant sur le dollar.
Dans le fond, la zone euro va-t-elle bénéficier de cet exercice de transparence ? "Bien que la méthodologie soit critiquée, il s'agit du test le plus sérieux que les banques aient affronté , explique Christian Schultz, économiste à la banque Berenberg. Et comparé à un bilan global de 22 000 milliards d'euros, le manque en capital de 25 milliards d'euros semble faible. Cependant, il n'y a aucune garantie que certaines expositions au risque n'aient échappé à l'analyse de la BCE. Et le marché semble avoir des difficultés à jauger de la qualité des stress tests."
Un meilleur accès au crédit
Pour l'économiste, ces tests de résistance sont une condition nécessaire mais pas suffisante pour que la zone euro retrouve le chemin de la croissance. "Le point positif est que les banques vont se recentrer sur leur cœur de métier , explique Christian Schultz. Cela devrait favoriser l'accès au crédit. L'impact sur la croissance pourrait être de 0,1-0,2 % du PIB. Et peut-être plus dans les pays du sud où l'accès au crédit est plus problématique."
Par ailleurs, le rôle de la Banque centrale européenne pourrait évoluer. "La crise a poussé la BCE à devenir un intermédiaire entre les banques riches du nord et celles du sud , précise Christian Schultz. Ce rôle va diminuer s'il s'avère que ces tests étaient efficaces."
Le mauvais bulletin des banques italiennes
"Le scénario italien du stress test était trop sévère ! " C'est ainsi que Fabio Panetta, le vice-directeur général de la Banque d'Italie, modère les résultats plutôt médiocres des banques italiennes. "Le stress test imposé aux instituts bancaires italiens proposait l'hypothèse d'une grave récession pour la période 2014-2016, étant donné que l'économie italienne a déjà beaucoup souffert entre 2012 et 2013, l'hypothèse d'une chute globale du système économique global était un scénario trop défavorable", explique-t-il.
Ce sont surtout le groupe Monte Paschi di Siena et la banque Carige qui provoquent des remous. Les deux banques ont quinze jours pour indiquer leur plan de recapitalisation, respectivement de 2,11 milliards et 884 millions d'euros.
L'une des plus vieilles banques du monde, Monte Paschi di Siena, est soumise depuis novembre 2013 à un plan de sauvetage de la Commission européenne mais les résultats du stress test pour le troisième groupe bancaire italien sont quand même moins bons que prévu. " L'Europe nous a pénalisés, nous évaluons les possibilités d'une fusion", déclare l'administrateur-délégué du groupe, Fabrizio Viola. "Le plan de sauvetage prévoit une série d'initiatives qui demandent du temps pour produire des résultats. Appliquer le scénario du stress test dans ce moment initial du sauvetage nous a pénalisé."
" Ces tests génèrent seulement de la confusion" , estime Donato Masciandaro, directeur du département économie de l'université Bocconi. " Leur objectif est de donner des informations pour que les marchés formulent un jugement sur la solidité des banques, mais je crains qu'en s'arrêtant à ce simple résultat, sans prendre en compte les autres données, ces tests ne provoquent seulement de la confusion sur les marchés. " L'économiste est loin d'être alarmiste : " En réalité, l'Italie s'en sort bien car il faut rappeler que certains pays, qui donnent l'impression d'avoir un système bancaire en meilleure santé, ont en réalité aidé directement leurs banques avec l'argent des contribuables !"