J'ai parcouru 15 km dans une Volvo "sans conducteur"
L'électronique offre des perspectives qui s'apparentaient autrefois à de la science fiction. En théorie, l'automobile pourrait à terme rouler toute seule mais son environnement permettra au mieux une conduite partiellement autonome. Comme d'autres constructeurs, Volvo y travaille, et les premiers prototypes roulent à Goteborg. Une chronique d'Yves de Partz.
- Publié le 14-11-2014 à 09h33
- Mis à jour le 14-11-2014 à 09h36

Une chronique d'Yves de Partz, auteur du blog "En voiture, Simone!"
L'électronique offre des perspectives qui s'apparentaient autrefois à de la science fiction. En théorie, l'automobile pourrait à terme rouler toute seule mais son environnement permettra au mieux une conduite partiellement autonome. Comme d'autres constructeurs, Volvo y travaille, et les premiers prototypes roulent à Goteborg.
La voiture sans conducteur reste-t-elle un rêve ? Plus tout-à-fait. Après le freinage automatique, le guidage entre les lignes blanches et le régulateur de vitesse adaptatif avec assistance directionnelle (ACC), la voiture autonome s'inscrit dans la logique d'une évolution permise par l'électronique. Les outils sont connus et existent : caméras, radars et rayons laser pour balayer l'environnement à 360°, GPS et carte géographique informatisée dans les détails pour déterminer l'emplacement exact du véhicule, interconnexion permanente via le cloud et centre de contrôle du trafic pour injecter accidents, ambulances et autres incidents dans le système prêt à digérer les infos et à gérer la voiture en conséquence.
De quoi permettre au conducteur de s'installer aux places arrière pour lire son journal ou consulter tablette et autres smartphones ? On n'en est pas là …et on n'y sera sans doute jamais, tant l'environnement urbain et humain rendrait ce pilotage entièrement automatique beaucoup plus complexe que celui d'un avion ou d'un train. En revanche, une meilleure utilisation du temps passé -perdu ?- au volant grâce à un "autopilot" partiel est parfaitement envisageable.
Ainsi, en Suède, cinq Volvo "autonomes" ont entamé une première phase de test autour de Göteborg. Nous sommes montés à bord de l'une d'elles, une V60 d'allure tout-à-fait conventionnelle, si ce n'est que le coffre est mobilisé par une batterie d'ordinateurs. Au programme, une vingtaine de kilomètres sur les grands axes périphériques dont 15 en pilotage automatique après avoir pressé une commande sur le volant, une libéralité unique à ce jour sur routes ouvertes et permise par les partenaires du projet dont la ville de Göteborg et l'administration suédoise des transports.
A ce stade d'un programme lancé à la fin de l'année dernière, les restrictions sont multiples : vitesse limitée à 70 km/h, choix d'une route sans vis-à-vis et sans piéton, pas de changement de bandes de circulation ni de feu rouge. "Aujourd'hui, cameras et capteurs ne fonctionnent que dans le sens du trafic, commente le pilote et ingénieur Mathias Westklund après avoir lâché le volant. Ils repèrent les lignes blanches, les objets et l'infrastructure routière, et transmettent les infos à la direction et aux freins. Mais à terme, tout sera possible : changement de ligne, lien avec une cartographie à haute définition, repérage des objets environnants, vitesse plus élevée, message adressé au conducteur s'il doit reprendre le contrôle du véhicule." A l'approche d'une sortie du périphérique, les limites actuelles du système apparaissent : les lignes blanches s'écartent et il est temps de remettre les mains sur le volant.
A quoi bon se lancer dans un tel développement ? Les arguments de ses concepteurs sont multiples, à commencer par celui-ci : "90 à 95% des accidents sont dus en tout ou en partie à une erreur humaine ; une gestion automatique et fiable de la conduite est plus sûre que n'importe quel autre système". A terme, on peut tout imaginer, y compris réduire la largeur des bandes de circulation utilisées par des voitures évitant toute dérive. Plus globalement, la conduite autonome sur des axes sélectionnés libère provisoirement l'automobiliste qui peut se reposer ou se consacrer à d'autres tâches dans notre monde connecté en permanence ; elle favorise aussi un écoulement du trafic plus régulier, moins énergivore et donc moins polluant.
Avant d'en arriver là- dans 10 à 15 ans ?-, les obstacles seront légion : développement et surtout fiabilité des systèmes, déplacement de la responsabilité d' incidents vers la voiture et donc vers l'industrie et la distribution automobile, accords avec les compagnies d'assurance, nouvelles législations. Actuellement, la conduite autonome est interdite, tout comme les systèmes existants de parcage automatique en l'absence du conducteur.
Dans l'immédiat, Volvo, à travers le programme baptisé "Drive me" et techniquement accessible sur la XC90 à la fin de cette année, s'est fixé un objectif : sélectionner d'ici 2017-2018 une centaine de consommateurs conviés à un vaste programme d'essais de voitures autonomes sur 50 km choisis autour de Göteborg.
La course est lancée, non seulement en Suède mais aussi entre divers constructeurs désireux d'être le premier ou parmi les premiers sur ce nouveau marché.
