Entrepreneurs de pompes funèbres, gardiens de la tradition
Aider les gens dans des circonstances difficiles. Voilà le leitmotiv des entrepreneurs de pompes funèbres Jean-Philippe Altenloh et Charles Greindl. Rencontre.
- Publié le 31-10-2015 à 05h06
- Mis à jour le 01-11-2015 à 13h15

Aider les gens dans des circonstances difficiles. Voilà le leitmotiv des entrepreneurs de pompes funèbres Jean-Philippe Altenloh et Charles Greindl.Pas de cercueils en vitrine. Ni de couronne. Juste quelques faire-part de décès. Affichés un peu comme des annonces immobilières. "Les faire-part ne paraissent dans la presse qu'une journée. Ici, ils sont visibles plusieurs jours", nous explique Jean-Philippe Altenloh, l'un des fondateurs, avec Charles Greindl et Philippe Muller, des pompes funèbres Altenloh&Greindl. "Nous voulons plus être des conseillers que des marchands d'accessoires funéraires. Les gens passent dans la rue, s'arrêtent, mais ne voient pas vraiment qu'il y a, derrière, des bureaux d'une entreprise de pompes funèbres."
Jean-Philippe Altenloh a découvert le métier alors qu'il était étudiant en Art dramatique au Conservatoire de Bruxelles.
"Il m'intriguait. A 19 ans, j'ai proposé mes services comme chauffeur à un entrepreneur de pompes funèbres. Dix ans plus tard, il m'a rappelé pour un emploi fixe de gérant", raconte Jean-Philippe Altenloh, qui en parallèle a poursuivi le métier pour lequel il a été formé : acteur de théâtre. "Et je l'exerce toujours aujourd'hui. En rognant sur mes loisirs. Et puis mes associés me donnent un peu de temps aussi…" Le parcours de Charles Greindl est tout autre. Après ses humanités, il part au Canada étudier le management et puis l'infographie 3D et la réalité virtuelle. De retour en Belgique, il suit une formation "création-croissance" à Solvay pour ensuite créer sa propre entreprise de services, dans le luxe d'abord et puis le recrutement. "Quand je me suis marié, j'ai souhaité compléter mon revenu. Mon oncle, qui imprimait notamment les photos de faire-part, m'a renseigné une entreprise de pompes funèbres qui engageait. Et c'est là que j'ai rencontré Jean-Philippe Altenloh qui m'a fait passer un entretien d'embauche", raconte Charles Greindl, qui devient gérant. "Je préfère parler de 'responsable auprès des familles'." Le métier lui plaît immédiatement.
Mais cinq ans plus tard, l'entreprise fait faillite.
"Nous avons alors décidé, avec un autre des employés, Philippe Muller, de créer notre propre société, Funé SPRL, et de mettre en avant nos deux noms en lançant Altenloh&Greindl", explique Jean-Philippe Altenloh.
La société prend vite de l'ampleur avec notamment la création des Services funéraires de Bruxelles et la reprise des Funérailles Stockeloises et des pompes funèbres Spruyt, la plus vieille maison funéraire de Belgique.
Aujourd'hui, le groupe compte 15 personnes, 6 bureaux avec 6 marques regroupées dorénavant sous la marque phare Altenloh&Greindl, "qui est plus connue que Funé", précise Charles Greindl.
"Chaque marque garde son réseau de contacts - les anciens propriétaires continuent à travailler avec nous d'ailleurs - mais selon notre canevas."
Et ils ne comptent pas s'arrêter là.
Des discussions sont en cours avec d'autres entreprises.
"Nous avons commencé avec zéro décès pour arriver à 300 par an au bout de 3 ans et 750 cette année. Nous voudrions arriver à 1500 d'ici 5 ans pour devenir la référence sur Bruxelles", précise Charles Greindl.
Leur ambition, dès le départ, a été de changer l'image du métier.
"A l'origine, les entreprises de pompes funèbres étaient surtout des fabricants de cercueils. Ce n'est plus le cas", raconte Charles Greindl. "Ce sont désormais les services qui font la différence. Nous sommes, par exemple, disponibles 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Il n'est pas question pour le client de tomber sur un répondeur téléphonique. Nous assurons des gardes à tour de rôle. Les 3 premières années, nous avons fait ces gardes juste à nous trois", précise Jean-Philippe Altenloh, qui estime que cette disponibilité et cette écoute sont essentielles. "Tout comme notre soutien, notre discrétion et notre flexibilité. En cas de besoin nous travaillons avec des indépendants pour pouvoir répondre aux demandes."
Les services, ce sont aussi du personnel aimable, souriant et présentable; des petites attentions - "des parapluies quand il pleut; une boisson sucrée pour une personne qui tombe dans les pommes" - ou encore être à la pointe des techniques - "pour les soins de conservation, par exemple. C'est un métier d'artisan que nous essayons de professionnaliser", précise Charles Greindl qui évoque leur slogan : "La tradition autrement."
Confrontés tous les jours à la mort, les deux "gérants" estiment qu'ils ne sont par pour autant "blindés." "On a bien sûr un autre regard sur la mort mais on reste des êtres humains. Certaines périodes peuvent être d'ailleurs difficiles", se souvient Jean-Philippe Altenloh : "Il y a deux ans, nous avons, en un trimestre, enterré toute une famille qui avait été décimée dans un accident, puis une petite fille et ensuite trois adolescents qui s'étaient suicidés. J'ai mis du temps à m'en remettre. On ne peut pas faire ce métier si on a un cœur de pierre. Les familles ne nous demandent pas de pleurer avec elles mais d'être à leur écoute, de comprendre leur singularité. Chacune est différente. Et chaque jour est différent. C'est cela qui est passionnant."
