Commissions occultes à la SNCB?

"Médor" éclaire d’un nouveau jour le business immobilier des chemins de fer. La justice enquête également.

Mathieu Colleyn
SNCB gare train voyageur navetteur billet ticket conducteur contrôleur rail transport mobilité cheminot horaire quai
SNCB gare train voyageur navetteur billet ticket conducteur contrôleur rail transport mobilité cheminot horaire quai ©Jean-Luc Flémal

Etrange succession d’événements que celle qui secoua la SNCB au mois de mars dernier. Suite à la divulgation par la presse de l’existence d’une société luxembourgeoise gérée par lui, Luc Joris, représentant PS au conseil d‘administration de la société de chemins de fer, démissionna de ce mandat stratégique. Comme de ceux qu’il occupait à la FN Herstal et à la Société régionale d’investissement de Wallonie (SRIW). Cela à sa demande, assurait Elio Di Rupo, président du PS. Au micro de la RTBF, ce dernier expliquait encore qu’il n’avait jamais eu vent de cette société de conseils financiers baptisée Bremco Management. Relevons que Luc Joris, entré au CA de la SNCB en 2009, est un proche d’Elio Di Rupo.

Quelques jours plus tard, le CA d’Eurostation, une filiale de la SNCB chargée des gares flamandes et bruxelloises, décidait de mettre fin au contrat de son administrateur-délégué, Herwig Persoons. Un dégommage survenant dans un climat de suspicion. Jo Cornu, CEO de la SNCB, n’ayant pas manqué de critiquer les activités immobilières d’Eurostation, ainsi que l’intervention jugée intempestive du président de la SNCB (Jean-Claude Fontinoy) dans certains dossiers d’investissements.

Luc Joris et Erwig Persoons : ces deux personnages se retrouvent au centre d’une longue enquête menée par le nouveau magazine d’investigation "Médor" (lire p. 55) sous le titre "SNCB : quand l’intégrité déraille". Consultée par "La Libre", elle éclaire d’un jour nouveau les événements de l’année 2015. Basé sur une succession de témoignages anonymes, l’article dépeint un Luc Joris s’immisçant sans cesse dans les affaires immobilières d’Eurostation. Au-delà de son rôle d’administrateur à la SNCB et souvent en se présentant comme émissaire d’Elio Di Rupo, affirme "Médor". Luc Joris fut notamment l’artisan, en tandem avec Jean-Claude Fontinoy (président du CA de la SNCB et conseiller discret du vice-Premier ministre MR Didier Reynders), du montage du projet de la gare de Mons.

Une information judiciaire

Selon "Médor", Luc Joris et Herwig Persoons se sont engagés corps et âme dans un projet à 8 milliards d’euros visant l’aménagement de quatre tunnels profonds afin de désengorger la jonction Nord-Midi, axe bruxellois saturé. Une solution jugée impayable et abandonnée depuis. Malgré l’opposition des directions du rail, le trio Joris-Persoons-Fontinoy aurait poursuivi les démarches en vue de monter un financement, le premier cité ayant sollicité des bailleurs de fonds qataris, ING Pays-Bas ou encore la banque Edmond de Rothschild. Médor détaille le lobby de Luc Joris dans l’aménagement des alentours de la gare de Gand ainsi que de ceux de la gare d’Anvers, confiés à des promoteurs privés.

De plantureuses plus-values issues de la valorisation de terrains jouxtant les gares afin de faire fondre la dette des chemins de fer. Telle fut la politique menée depuis l’ère Dehaene, raconte le magazine. Une politique qui aurait donné naissance à système de commissions occultes. Des "enveloppes", des accords obscurs, précisent plusieurs témoignages recueillis par "Médor". Sont-ce ces mêmes soupçons qui poussèrent le CEO Jo Cornu et la ministre de la Mobilité Jacqueline Galant (MR) à diligenter un audit externe sur les activités des filiales "gares" de la SNCB ? Cet audit, assassin pour Eurostation et dont la presse a largement fait écho cet été, a été transmis au parquet de Bruxelles. Interrogé par "La Libre", celui-ci confirme qu’une enquête - encore au stade de l’information judiciaire - est bien en cours.