Les zones d'ombre du plan ING: Et si ce n'était pas la dernière étape d'une inexorable restructuration?
- Publié le 29-03-2017 à 20h54
- Mis à jour le 29-03-2017 à 21h19

Ce mercredi, direction et syndicats d'ING Belgique ont signé les accords sur le plan de restructuration. Fin de la première phase de la loi Renault. Mais des questions subsistent sur la mise en œuvre du plan annoncé en octobre.
Les emplois les moins qualifiés en point de mire
Les dés sont jetés pour les employés d'ING. Après le feu vert mardi des principaux syndicats au plan de restructuration, le conseil d'administration doit se prononcer ce jeudi, alors qu'un conseil d'entreprise extraordinaire est prévu ces jeudi et vendredi. La première phase de la loi Renault de consultation et d'information devrait être clôturée d'ici la fin de la semaine, soit près de sept mois après l'annonce du plan de restructuration.
Ce plan est moins sévère que prévu, mais comporte encore nombre d'éléments d'incertitude. Essayons d'y voir clair.
1. Les grandes lignes du plan
La direction a accepté de ne pas dépasser 932 licenciements secs avec l'objectif de tendre vers 409. Le chiffre final dépendra du nombre de personnes de 55 ans et plus, qui accepteront les mesures de départs anticipés. Un plan de départ sera accessible à toute personne de 55 ans (née en 1962 ou avant) avec 10 ans d'ancienneté. La banque leur propose de percevoir une allocation mensuelle entre 60 et 80 % du salaire jusqu'à l'âge de leurs pensions légales, allocation qui sera payée par la banque et non par la sécurité sociale. Dès le mois de juin, les 55 ans et plus devraient recevoir un courrier avec la simulation de ce à quoi ils auront droit. On peut supposer qu'ils auront un certain temps pour se décider.
D'autres formules sont proposées comme le départ volontaire pour lancer sa propre entreprise ou départ volontaire tout court (avec indemnité de 1 à 10 mois de rémunération, selon l'ancienneté).
Ces départs naturels visent 1 450 personnes sur un total d'un peu plus de 9 000 actuellement.
En cas de licenciements secs, s'ajoutera à l'indemnité légale une prime d'ancienneté (13 000 euros pour les 10 à 15 ans d'ancienneté, 19 500 euros pour 15 à 20 ans).
2. Quid pour les agences ?
Dans le plan annoncé en octobre, ING a prévu de ramener son réseau à 650 agences à l'horizon 2021, contre 1 245 actuellement (y compris Record Bank).
Dans le plan d'octobre, il est d'ailleurs aussi prévu d'intégrer Record Bank (qui compte 700 employés et 500 indépendants) au sein d'ING Belgique mais les discussions à ce niveau-là n'ont pas encore commencé.
Il est donc trop tôt pour savoir quelles agences pourraient être visées. Tous les différents projets concernant ING devront être présentés et discutés au sein du conseil d'entreprise. Du côté syndical, on ne se fait pas d'illusions. "L'avenir du réseau est incertain. Il y a des délocalisations, notamment vers le Portugal", souligne Massimo Alno, délégué CNE.
3 Quels sont les emplois visés ?
Comme sur l'ensemble de la négociation, la banque ne se prononce pas officiellement tant que la nouvelle CCT (convention collective de travail) n'a pas été signée. Du côté syndical, on a déjà une petite idée. "Ce sont les fonctions les moins qualifiées, notamment celles de guichetiers qui vont être les premières touchées", nous explique Philippe Samek, secrétaire national CNE.
Des sources proches de la banque se demandent si la prochaine étape ne sera pas la suppression de certaines activités qui pourraient faire double emploi avec la maison mère, notamment au niveau de la plateforme informatique.
Et si ce n'était pas la dernière étape d'une inexorable restructuration…
Quand la banque ING Belgique a annoncé, en octobre dernier, son intention de se séparer d'un tiers de ses effectifs, cela a provoqué une onde de choc. Qui a eu des effets négatifs sur l'activité et l'image de la banque ? A voir. En tout cas, les derniers chiffres en termes de clients seraient rassurants.
Certes, la communication de départ a été désastreuse et est liée au style de la maison mère basée à Amsterdam. "Les Néerlandais ont eu une communication beaucoup plus cash qu'en Belgique", nous explique un expert du monde des affaires. A quoi s'est ajouté le départ inattendu et en pleine négociation du patron Rik Vandenberghe pour prendre la direction du groupe Besix.
Ces messages brouillés et négatifs se sont vite dissipés, direction et syndicats pouvant discuter dans une certaine sérénité, nous dit-on. Avec quelques concessions notables au niveau social. "Le plan pour les 55 ans et plus est très bon", commente Philippe Samek, secrétaire général CNE.
"Une prise de conscience est nécessaire"
Il semble aussi que la nomination du nouveau CEO de la banque, Erik Van Den Eynden, ait été bien accueillie. "C'est quelqu'un qui a la réputation de travailler en équipe, d'aller sur le terrain", nous dit-on.
Mais la tâche du nouveau CEO d'ING Belgique n'en reste pas moins délicate. Les négociations avec les syndicats sont loin d'être achevées (lire ci-dessus).
A l'instar des autres patrons de banques, il devra prouver qu'il y a moyen d'offrir la même qualité de service avec beaucoup moins de personnel. Et un personnel qui doit rester motivé malgré un horizon social assez sombre.
"La négociation a aussi montré que, pour la direction, la réduction des coûts et l'augmentation de la flexibilité sont une priorité. Le secteur financier tout entier est en plein doute. Une prise de conscience est nécessaire pour rechercher de nouvelles voies, socialement acceptables", souligne Massimo Alno, délégué CNE chez ING.
Certains consultants proches du monde bancaire font valoir que la réduction du nombre d'emplois qui vise tout le secteur bancaire, et pas seulement ING, ne s'est pas faite au détriment de la qualité du service. "Les gens viennent beaucoup moins qu'avant dans les agences et s'ils y vont c'est pour du conseil. Le rôle des banques évolue. Il est normal que l'emploi diminue avec l'informatisation de plus en plus importante", nous explique un consultant.
Toute la question est de savoir lesquelles des grandes banques belges arriveront le mieux à se réinventer.
Une discrimination fondée sur l'âge ?
Le ministre de l'Emploi Kris Peeters (CD&V) compte faire analyser les accords sociaux conclus dans le secteur bancaire qui pourraient, selon lui, constituer une discrimination fondée sur l'âge, a-t-il déclaré mercredi en marge de la présentation d'une étude de RH Randstad. M. Peeters (qui n'est pas appelé à devoir approuver ces accords) a reconnu que les banques finançaient elles-mêmes ces opérations et que la sécurité sociale ne devait dès lors pas intervenir. Mais, pour lui, de tels accords constituent un "mauvais signal".
Épinglé
Des agences ouvertes plus tard
Flexibilité. Les discussions entre direction et syndicats ont aussi concerné l'organisation du travail pour le personnel qui n'est pas visé par le plan de restructuration. Avec comme mot clé, la flexibilité. En agence, selon le projet d'accord, les heures d'ouverture s'élargissent et passent à 9-18h (jusqu'à 19h, le jeudi) et à 9-13h le samedi (à l'exception des caissiers).
Des contacts à distance avec les clients seront possibles jusqu'à 22 h et le samedi de 9 à 17 h via ce qui a été appelé les "customer loyalty teams".
Les heures prestées après 18 h et le samedi seront payées à 140 %.
Rémunération. L'accord entre direction et syndicats prévoit un nouveau modèle salarial.
Comme chez BNP Paribas Fortis, une partie de la rémunération pourra se faire en "nature" (voiture de leasing, un smartphone, 3e pilier de l'épargne pension).
