"On initie les jeunes femmes à la magie de la programmation"
- Publié le 06-07-2018 à 07h53
- Mis à jour le 06-07-2018 à 22h00

Laure Lemaire, directrice d'Interface3, dresse le bilan de trois années du programme "Start&Code" à Bruxelles.Ecoles de codage et formations à la programmation informatique poussent comme des champignons. Des formations privées ou publiques, payantes ou gratuites, courtes ou longues, en ligne ou en présentiel. Il y en a pour tout le monde ! Ces "coding school" - comme l'Ecole 19, Le Wagon, MolenGeek, BeCode, etc. - visent à former des jeunes qui seront capables de répondre aux besoins des entreprises (grandes, PME, start-up). On parle de plusieurs milliers de postes vacants en Belgique.
A la direction d'Interface3 depuis plus de dix ans, Laure Lemaire jette un regard assez critique sur toute cette effervescence autour du codage. "Il ne faudrait pas laisser croire que le codage va sauver tous les demandeurs d'emploi, entame la directrice de cet organisme de formation actif en Région bruxelloise. Ceux qui prétendent former des développeurs en 5 ou 6 mois, il faut s'en méfier. Pour atteindre le seuil d'employabilité, il faut se former de façon intensive durant au moins un an."
Plusieurs écoles de codage promettent pourtant à leurs "apprenants" de devenir opérationnel au terme d'une formation de quelques semaines… "C'est possible, mais c'est alors le résultat d'une sélection à l'entrée, soutient Laure Lemaire. On se retrouve avec des groupes où les personnes ont, pour la plupart, déjà un diplôme de l'enseignement secondaire ou suivi une autre formation professionnelle, voire des personnes qui veulent réorienter leur carrière."
En revanche, avec des demandeurs d'emploi qui n'ont pas terminé leurs études secondaires, la tâche s'avère nettement plus compliquée. Or, en Région bruxelloise, les statistiques montrent que, chez les jeunes de 18 à 25 ans, le taux de chômage flirte toujours avec la barre des 25 % ! Et que, parmi eux, environ 70 % n'ont pas décroché leur diplôme du secondaire.
Une révolution masculine
C'est précisément à ce public fragilisé, et plus encore à celui des jeunes femmes, qu'Interface3 s'adresse à travers le programme "Start&Code" mené, depuis trois ans, en partenariat avec le groupe international Inco et la Fondation JP Morgan Chase. L'objectif ? Apprendre aux jeunes à maîtriser les ficelles de la programmation afin de renforcer leur employabilité. "Comme il n'y a toujours pas d'initiation au codage dans l'enseignement secondaire en Fédération Wallonie-Bruxelles, on veut permettre aux jeunes de 18 à 30 ans de tester leur motivation et leur capacité à suivre une formation qualifiante", explique la directrice. Start&Code, qui se déroule sur cinq semaines, se situe donc en amont des formations qualifiantes au codage. Une fois l'étape franchie, ils et elles auront les bases nécessaires pour s'orienter vers ces formations.
Si Start&Code met la priorité sur le public féminin, c'est parce que les filles "brillent toujours par leur absence" dans l'univers de l'informatique. Laure Lemaire cite deux chiffres. D'une part, on compte moins de 10 % de filles dans les formations en informatique (hautes écoles, universités…). D'autre part, parmi les informaticiens en activité, "de l'ordre de 16 %" seulement sont des femmes. Or, comme le disait le ministre bruxellois Didier Gosuin lors de la remise des diplômes aux participants des trois dernières promotions de Start&Code, la semaine dernière, "la quatrième révolution industrielle ne peut se faire sans la moitié de la population".
124 bénéficiaires en 3 ans
"Chaque année, poursuit Laure Lemaire, Interface3 forment 120 femmes aux métiers de l'informatique. Start&Code nous permet d'aller plus loin et, d'une certaine façon, d'initier les jeunes filles à la magie de la programmation." Cette année, les trois modules de Start&Code ont bénéficié à 45 jeunes demandeurs d'emploi bruxellois (dont 73 % des participants étaient des femmes, 60 % étaient sans diplôme de l'enseignement supérieur et 64 % étaient issus de l'immigration). En trois ans, le bilan des bénéficiaires s'élève à 124 personnes, "dont une grande partie de femmes".
