Disney a battu tous les records en 2019 et renforce sa domination
Dès juillet, le studio a battu son propre record de recettes. Sur huit films ayant récolté plus d'un milliard de dollars, sept sont issus des filiales du groupe.

- Publié le 25-12-2019 à 16h09
- Mis à jour le 26-12-2019 à 12h05

C'est un des records de 2019 - et non des moindres. Le film Avengers: Endgame, sorti en mai, a battu cette année le record de recettes, avec 2,8 milliards de dollars (2,52 milliards d'euros) - détrônant Avatar. Le blockbuster super-héroïque a contribué à offrir au groupe Disney un autre record : celui des meilleures recttes annuelles jamais enregistrées par un studio hollywoodien : quelque 11 milliards de dollars (9,9 milliards d'euros) - cela sans même compter les deux milliards supplémentaires engrangé par la 20th Century Fox, que Disney a acquise (pour 63,9 milliards d'euros) en mars 2019.
Dès le mois de juillet, la maison-mère de Mickey Mouse avait battu son propre record de recettes en franchissant la barre des 7,6 milliards (6,85 milliards d'euros). La fin d'année, avec la sortie du dernier opus de la troisième trilogie Star Wars, Star Wars: l'Ascension de Skywalker (qui cumule déjà 390 millions d'euros après une semaine d'exploitation), a conclu cette année exceptionnelle pour le groupe Disney.
L'ascension de Disney vers son propre statut d'empire mondial du divertissement est le fruit d'une décennie et demie d'acquisitions prestigieuses : Disney a racheté le studio Pixar (Toy Story, Les Indestructibles,...) en 2006, puis Marvel en 2009 et, enfin, LucasFilm (les franchises Star Wars et Indiana Jones) en 2012. Le coût total de ces achats représente 15,4 milliards de dollars (13,8 millions d'euros) - largement amortis depuis par les nombreux films à succès issus de ces filiales.
Des résultats décuplés
A chacun de ces achats, le groupe Disney a affronté le scepticisme du marché et d'investisseurs, qui y ont vu des prises de risques, dans une industrie du cinéma en plein bouleversement. Scepticisme aujourd'hui démenti par les résultats : il y a dix ans, juste avant l'acquisition de Marvel, l'action Disney était valorisée en bourse à 15 dollars (13,5 euros), pour une capitalisation boursière de 26 milliards de dollars (23,4 milliards d'euros). Dix ans après, ces deux chiffres sont multipliés par dix.
Il est vrai qu'il y a dix ans, l'univers cinématographique Marvel n'en était qu'à ses débuts : seul le premier Iron Man était sorti en salles, mais déjà avec un succès mondial inattendu. Aujourd'hui, les films de super-héros Marvel dominent le marché mondial.
Avec les titres de ses autres acquisitions, le groupe Disney impose sa loi à l'entièreté de la production hollywoodienne : six des huit films qui ont dépassé le milliard de dollars de recettes en 2019 sont des titres Disney (Avengers: Endgame, Le Roi Lion, Captain Marvel, La Reine des Neiges 2, Toy Story 4 et Aladdin). Les autres studios en sont réduits à se disputer les places de meilleur outsider de l'année - dont deux autres adaptations de comic-book de super-héros, Spider-Man: Far from Home (produit par Columbia, mais en association avec Marvel Studios, donc Disney) et Joker (Warner/DC). En Belgique, comme ailleurs, les films Disney cartonnent.

Le reflet des mutations
Ce classement en dit long sur la mutation de l'industrie du cinéma depuis dix ans : seuls dominent des films de super-héros (à effets spéciaux) et des films d'animation et des franchises (suites, remakes ou adaptations de bandes dessinées à succès), visant majoritairement un public familial et enfantin. On ne trouve un film de fiction issu d'un scénario original et visant un public adulte qu'à partir de la 22e place du classement (Il était une fois... à Hollywood, de Quentin Tarantino).
Dans le top 10, Joker, avec un budget de "seulement" 55 millions de dollars (49,5 millions d'euros) et des recettes de plus d'un milliard, est toutefois le succès le plus rentable de l'année. Résultat d'autant plus notable que le film est dénué d'effets spéciaux spectaculaires. Plus proche du film noir, avec un positionnement plus adulte, Joker démontre que l'originalité peut encore payer - mais en s'inscrivant dans un genre en vogue que le réalisateur Todd Philips a habilement détourné.
Autre indicateur des mutations récentes : le dixième film du top 10 mondial est un film d'animation fantastique chinois, Ne Zha, qui a totalisé 700 millions de dollars de recettes. Les films de la République populaire sont les seuls, au niveau mondial, à perturber un rien le monopole hollywoodien. Un film patriotico-historique chinois (My People, My Country) s'immisce à la quinzième place.
Manque de diversité créative
La domination présente de Disney et le succès commercial de sa ligne éditoriale ne devraient pas favoriser dans l'immédiat une plus grande diversité de la création à Hollywood, où le cinéma d'auteur et adulte est désormais confiné à la marge ou au streaming. Même les réalisateurs à succès des Avengers, les frères Russo, confiaient en juillet au New York Times, que dans le système actuel ils ne peuvent, pas plus que les autres, envisager un film d'auteur pour une distribution à grande échelle.
2020 sera probablement moins fructueuse pour Disney au cinéma. Plusieurs de ses franchises à succès - comme Star Wars ou Avengers - sont arrivées au terme d'un cycle, fût-il temporaire. Son calendrier de sortie aligne moins de films de cette ampleur au cours des douze prochains mois. Par contre, la bataille de la domination va se reporter vers le streaming. Le groupe vient de lancer aux Etats-Unis sa plate-forme Disney+ (qui sera disponible en Belgique fin mars), avec déjà à son catalogue des titres destinés à surfer sur ses succès au grand écran, comme la série spin-off de Star Wars, The Mandalorian, ou celle issue de l'univers des Avengers, Loki.