Oxygène à domicile : "On va être en pénurie dès la semaine prochaine"
Dans les maisons de repos, la deuxième vague du Covid-19 fait craindre de revivre un cauchemar.

- Publié le 30-10-2020 à 17h27
- Mis à jour le 30-10-2020 à 23h13

Dans les maisons de repos, la deuxième vague du Covid-19 fait craindre de revivre un cauchemar. En avril dernier, plusieurs établissements se sont retrouvés en manque de bouteilles d'oxygène pour leurs résidents malades. "A cause de cette pénurie, des personnes sont mortes dans des conditions indéfendables, se rappelle avec émotion Vincent Frédéricq, secrétaire général de Femarbel, la coupole des maisons de repos en Belgique. Il y a eu beaucoup de souffrance".
D'après Peter Van Draege, le directeur-général d'Oxysphair, près de 5 000 oxyconcentrateurs ou autre matériel d'oxygénothérapie à domicile ont fait défaut lors du pic de la première vague de la pandémie. Cette pénurie de matériel s'est dramatiquement fait ressentir dans les maisons de repos mais aussi auprès de tous les patients soignés chez eux.
"Une logistique très lourde"
Comment en est-on arrivé là ? L'entreprise Air Liquide, qui accompagne 1,7 million de patients à domicile dans 35 pays, explique cette pénurie d'avril par différents facteurs, dont notamment la fermeture des frontières et l'arrêt de plusieurs sociétés et sous-traitants qui ont ralenti la livraison du matériel. "La logistique du modèle est extrêmement lourde, explique-t-on du côté d'Air Liquide. Là où dans un hôpital, 300 patients peuvent recevoir de l'oxygène à partir d'une même source nécessitant un réapprovisionnement via un passage d'un camion-citerne, 300 patients à domicile requièrent 300 livraisons différentes à 300 endroits différents".
La question est donc sur toutes les lèvres : la Belgique est-elle préparée pour cette deuxième vague en termes de matériel d'oxygène à domicile ? "Non, d'après Peter Van Draege qui se montre inquiet. Il devrait déjà y avoir une pénurie d'oxyconcentrateurs et de bouteilles d'oxygène dès la semaine prochaine", rajoute le patron qui est aussi vice-président de beMedtech, la fédération belge de l'industrie des technologies médicales. "Avec les huit sociétés qui fournissent ce type de matériel en Belgique, nous avons mis en ligne une plateforme spéciale pour que les pharmaciens puissent s'approvisionner plus facilement. À l'heure où je vous parle, il y a 40 patients qui sont déjà en attente d'une solution".
"Rien n'a été fait par le fédéral"
La situation risque de devenir très tendue dans les prochaines semaines. "Vu la saturation des hôpitaux, la stratégie est de traiter davantage de malades à domicile. On aura donc plus que jamais besoin de ce matériel d'oxygène", insiste Peter Van Draege qui pointe la responsabilité des pouvoirs publics. "En avril dernier, nous avions demandé au cabinet du secrétaire d'État Philippe De Backer des moyens pour nous permettre de constituer des stocks. Sept mois plus tard, rien n'a été fait : nos mails sont restés sans réponse et donc nous n'avons pas pu constituer ce stock. Le gouvernement a changé entre-temps, mais nous n'avons pas plus de réponse. Rien ne fonctionne très bien dans ce pays : la Belgique est en faillite".
Air Liquide explique, de son côté, "rester en alerte permanente" face à ce risque de pénurie. "Nous avons rappelé aux autorités de santé et hôpitaux que l'oxygène liquide au domicile du patient ou dans les maisons de repos reste moins restreinte et peut constituer une alternative solide pour désengorger les hôpitaux dans la période actuelle".
Assez de réserve dans les hôpitaux
Petite lueur dans cette grisaille : les hôpitaux ne devraient pas se trouver en manque d'oxygène. Les infrastructures hospitalières disposent ainsi d'un réseau intégré, "équivalent à un réseau électrique d'une maison" qui amène directement l'oxygène dans les chambres des patients. Ce système est branché sur des cuves d'oxygène, elles-mêmes approvisionnées régulièrement par des camions-citernes. Or le risque de manque de matière première est proche de zéro dans notre pays. "En Belgique, nous avons deux "Air Separation Unit" (ASU) dont la fabrication d'oxygène est quasiment illimitée", rassure Air Liquide. Notons toutefois que les bouteilles d'oxygène gazeux sont également utilisées dans les hôpitaux, "mais principalement pour le transfert de patients d'un service à un autre car l'autonomie d'une bouteille est limitée".
