Les films d'Hollywood en ligne plutôt qu'en salles ? La réplique du patron de Kinepolis
Le cours de Kinepolis a dévissé ce vendredi à la Bourse de Bruxelles. En cause, la stratégie de certains studios américains en matière de diffusion. Une menace sur les revenus des exploitants de salles?

- Publié le 04-12-2020 à 18h17

L'action Kinepolis a connu une nouvelle journée mouvementée vendredi à la Bourse de Bruxelles : son cours a dévissé de plus de 10 %. En cause, l'annonce par les studios américains Warner de sa volonté de diffuser tous ses films prévus en 2021 aux États-Unis – dont les très attendus "Matrix 4" et "Dune" – sur leur plateforme de vidéo à la demande HBO Max parallèlement à leur sortie en cinéma. Une démarche que la Warner justifie par la crise du coronavirus. Une annonce qui intervient après la décision prise il y a quelques mois par Disney de diffuser exclusivement sur sa plateforme de streaming Disney + certains de ses "blockbusters" à l'image de Mulan.
Conquête de nouveaux abonnés
Cette évolution constitue-t-elle une menace pour les recettes des exploitants de salles ? Eddy Duquenne, le CEO de Kinepolis, ne le pense pas réellement. "Cette annonce de Warner a, selon moi, à voir avec la crise du Covid mais elle s'inscrit surtout dans la lutte à laquelle se livrent les grandes plateformes de streaming pour gagner de nouveaux abonnés. Cela a commencé il y a deux ans avec l'acquisition par Disney de la Fox et de son catalogue de films, de la volonté ensuite de Disney de "démonétiser" en partie Netflix en retirant de son catalogue les films Disney réservés désormais à sa plateforme Disney +. Ici, dans cette bataille, Warner cherche également à renforcer la base d'abonnés de sa plateforme HBO Max et la période des fêtes de fin d'année est propice à ce genre d'annonces", explique le patron de Kinepolis. Et d'ajouter : "Est-ce que cette tendance à diffuser les films simultanément en salles et sur les plateformes sera temporaire ou pas ? Cela dépendra du succès des initiatives qui ont été prises".
"La tendance s'accélère"
Pour Eddy Duquenne, cette évolution impactera forcément les exploitants de salle. "En réalité, ce que nous vivons aujourd'hui n'est pas totalement nouveau. Avec les innovations technologiques, cela fait 25 ans que la période d'exclusivité de diffusion accordée aux salles de cinéma a tendance à se raccourcir mais cette tendance s'accélère, il est vrai. Le cycle de vie d'un film se raccourcit. Quand j'étais enfant, un James Bond restait à l'affiche 9 mois, aujourd'hui, c'est maximum deux mois et demi. Il y a aura donc demain davantage de rotations dans les films proposés en salles, donc plus de films à l'affiche sur une année, ce qui obligera les exploitants à s'adapter, à redoubler d'efforts pour chercher les bons films et à mieux communiquer sur la diversité de leurs offres de contenus".
Le patron de Kinepolis estime cependant que les grands studios hollywoodiens ont probablement plus à perdre du changement de ce "business model" que les exploitants eux-mêmes. "Pour un studio, 55 % des revenus d'un film proviennent de la vente de billets en salles. Par personne, un film rapporte davantage s'il est vu dans un cinéma que sur d'autres plateformes ou supports. C'est donc un danger pour les studios qui sur certains films sont déjà parfois à peine rentables et qui n'auront pas intérêt à se tromper dans le choix de leur 'business model'. Donner moins d'exclusivités aux exploitants de salle, c'est aussi des marges plus réduites pour les studios. De notre côté, la dimension locale reste importante. Avant le deuxième confinement, 60 % de nos visiteurs en France ne dépendaient pas de blockbusters américains", explique-t-il.
"Si on a moins d'exclusivités, on payera moins"
Eddy Duquenne ajoute que si ce nombre d'exclusivités avec les grands studios venait à se réduire dans les années à venir, des négociations seront inévitables avec les Majors. "Si on a moins d'exclusivités, on payera moins", prévient-il. En attendant, l'exploitant de salles obscures entend aussi innover et a noué un partenariat avec Netflix pour la diffusion en exclusivité en salles de certaines productions maison de la plateforme américaine. Cela devrait être le cas en 2021.
Kinepolis espère pouvoir bientôt rouvrir ses portes. Une décision devrait être prise par les autorités le 15 janvier. "C'est dommage pour les fêtes car nous avions les moyens d'ouvrir de façon contrôlée et en toute sécurité", précise-t-il, ajoutant que Kinepolis a "assez de fonds de roulement pour survivre à cette crise".
