Eric Cléton, propriétaire d'un nouvel hôtel cinq étoiles de Bruxelles : Un ex-financier en révolte contre les banques
Eric Cléton lance un nouvel hôtel cinq étoiles à Bruxelles. Son parcours est atypique.

- Publié le 18-09-2021 à 08h02

Il se dresse là, bien dans le style néoclassique de la discrète place des Martyrs au cœur de Bruxelles. Ouvert depuis début septembre, l'hôtel Juliana, 47 chambres, est l'un des rares cinq étoiles de la capitale belge. Dans son style très particulier, il compte bien se faire une place parmi les Sofitel, Amigo, Stanhope et autres luxueux hôtels bruxellois.
S'il n'est pas Belge de naissance, Eric Cléton, le propriétaire de ce nouveau bijou, l'est de cœur. Et administrativement depuis cinq ans. "Je suis très fier d'être devenu Belge, explique le Parisien d'origine. Non, je ne suis pas venu pour des raisons fiscales en Belgique. Mon épouse est Néerlandaise et on voulait se rapprocher de sa famille. Comme j'avais des amis en Belgique et que votre pays me plaisait beaucoup, nous nous y sommes installés. Aujourd'hui, si vous demandez à mes deux enfants de 16 et 17 ans de revenir en France, ce ne serait plus possible. On est très bien en Belgique et on se sent Belges".
Les prénoms de ses enfants
On le sent quasiment dans chacune de ses phrases : la famille représente beaucoup pour l'homme d'affaires belgo-français. Au point qu'il a nommé sa chaîne d'hôtels des prénoms de ses enfants, Julien et Ana. "Je veux leur léguer un outil de travail." Et l'outil se développe. Le groupe possède déjà un hôtel cinq étoiles à Paris et un quatre étoiles à Cannes. Mais ce n'est qu'un début. Après Bruxelles, Eric Cléton espère étendre sa toile à Londres, Amsterdam ou Milan. "L'idée est d'être très différent du style des chaînes hôtelières classiques. Je décore mes hôtels en fonction de mes voyages, des expériences vécues à l'étranger, que ce soit à New York ou en Polynésie. J'essaie aussi de faire découvrir l'art contemporain à travers mes hôtels, avec mes propres tableaux et objets d'art. Je veux transmettre aux voyageurs quelque chose. Une interrogation. Ce sont des hôtels qui me ressemblent."
Le Juliana de Bruxelles a une touche italienne dans son marbre et ses mosaïques. Eric Cléton a travaillé avec son ami Eugenio Manzoni, antiquaire et designer, entre autres, de la maison de Gianni Versace. "Cet hôtel est aussi très cosy. On a l'impression qu'on y est comme chez soi. Pour moi, le luxe ce n'est pas ce qui est cher, mais ce qui est rare." L'homme aura tout de même investi près de 20 millions d'euros pour ce projet bruxellois. Un véritable pari. "J'ai eu un coup de cœur pour cette place des Martyrs, bizarrement très peu connue des Belges. Elle est idéalement située, piétonnière et très calme. Beaucoup m'ont pourtant déconseillé d'y investir en disant qu'elle était très mal fréquentée. Moi je suis certain qu'elle a un très bel avenir devant elle. Les pouvoirs publics bruxellois veulent d'ailleurs la redynamiser. On veut participer à ce renouveau : notre bar est ouvert pour tout un chacun."
À bientôt soixante ans, Eric Cléton a mis tout son patrimoine, 200 millions d'euros "avec 20 % d'endettement", dans Juliana. "Je me suis construit tout seul, explique-t-il. Je n'ai ni parcours universitaire, ni fortune de famille. Mes parents tenaient un hôtel du style pension, mais moi j'ai été très rapidement propulsé dans le monde de la finance et des affaires. Cela a plutôt bien marché puisque j'ai vendu ma société, spécialisée dans le rachat de créances bancaires, plusieurs dizaines de millions d'euros."
Il y a une dizaine d'années, le Franco-Belge se retrouve riche et jeune retraité. Il se lance alors dans des placements "hasardeux du style Madoff et compagnie".
"À l'époque, mes enfants étaient très petits. Je me suis dit qu'il était temps que je revienne au monde de l'hôtellerie pour leur transmettre quelque chose. En France, c'est un monde qui est désormais dominé par des grands groupes, souvent étrangers. Le caractère familial a presque complètement disparu."
Touché par la crise
"Plus proche de la sortie", l'homme dit pouvoir avoir le "verbe facile". Il se lâche quand on évoque le monde bancaire qu'il connaît bien. "Les banques ne jouent pas du tout le jeu lors de cette crise du Covid. Leur attitude est scandaleuse. Quand vous appelez votre banquier et que vous dites que vous êtes dans l'hôtellerie, c'est comme si vous lui annonciez que vous avez un cancer et que vous êtes en phase terminale. Il faut dénoncer ce que font les grandes banques qui laissent tomber les PME, malgré la garantie apportée par l'État. Elles sont en train de tuer l'économie, l'emploi. Au lieu d'aider leurs clients, souvent obligés de fermer à cause de la pandémie, les banques ont profité de cette crise pour les ficher."
Pour Eric Cléton, l'hôtellerie est le secteur le plus sinistré de cette crise "avec celui de l'aviation". "On souffre du manque de visiteurs chinois, indiens, américains,… Les hôtels ont entre 10 et 15 % de taux d'occupation à Bruxelles. Nous, on fera sans doute 20 % de taux d'occupation à la fin du mois. Pour l'instant, c'est jouable parce qu'on remet des fonds propres chaque mois. Mais début 2022, ce sera l'inconnu. Peut-être qu'on devra fermer en fonction de l'évolution de la pandémie."
Quelques dates :
1961: naissance d'Eric Cléton. Ses parents travaillent dans l'hôtellerie dans la région parisienne.
1977: à 16 ans, Eric Cléton part travailler dans la finance au Royaume-Uni, puis aux États-Unis. Il y a une dizaine d'années, il revend sa société "plusieurs dizaines de millions d'euros".
2015: il inaugure le premier hôtel Juliana à Paris.
