Maxim Romain, cofondateur de Dott : La tête entre les trottinettes et le nucléaire
Maxim Romain est le cofondateur des trottinettes électriques partagées Dott.

- Publié le 26-03-2022 à 13h40

La Libre Eco week-end
En quelques années, Dott s'est fait un nom dans le monde de la micromobilité en Europe. Présente en Belgique depuis 2019, la société franco-néerlandaise possède près de la moitié du marché des trottinettes électriques partagées à Bruxelles. Depuis quelques mois, l'entreprise s'est aussi lancée dans le partage de vélos électriques, bien reconnaissables à leur couleur bleu et rouge. "J'ai rajouté les deux-roues pour faire plaisir à ma maman qui refusait de monter sur une trottinette", sourit Maxim Romain, le cofondateur de Dott.
Né dans un village "communiste" de la banlieue du Havre, Maxim Romain a toujours eu cette envie de partir travailler à l'étranger. Dès son diplôme d'ingénieur en poche, le Normand prend ainsi la direction de l'Asie. "Mon premier boulot était dans le sud de la Chine, à Canton, où j'ai travaillé pour Decathlon. Je m'occupais du côté opérationnel et logistique du géant de l'équipementier sportif." L'actuel quarantenaire passe de mission en mission à Bangkok ou encore à Singapour. "Ces grandes villes asiatiques étaient fortement embouteillées et polluées. On était littéralement entassés tous les jours. J'ai eu alors l'idée de rendre l'usage du vélo plus efficient."
Une idée qui vient de Chine
Le déclic vient il y a quelques années en Chine. "À l'époque, les Chinois avaient inventé un système de télématique sur les vélos partagés. Ce concept a été une révolution car il permettait de verrouiller ou de déverrouiller un vélo. Cela n'existait pas chez nous où les systèmes partagés étaient très rigides, basés sur des stations fixes où il fallait revenir pour déposer son engin."
Si l'idée chinoise était "excellente", par contre, "c'était fait n'importe comment." D'où le projet de Maxim Romain de créer une société de micromobilité partagée européenne. "Notre objectif, dès le départ, était de le faire de manière responsable d'un point de vue écologique et sociale. On voulait aussi créer une société qui était rentable."
Si d'un point de vue technologique, Dott s'inspire des Chinois, la société prend le modèle des trottinettes électriques partagées qui sont alors développées essentiellement par des entreprises américaines. Au début, ces sociétés font appel à des "juicers", des indépendants qui ont pour mission de recharger les trottinettes. "Cela n'a pas été notre choix. Nous voulions maîtriser toutes les opérations. Nous avons aussi été les seuls à rester à Bruxelles lors des confinements dus au Covid, malgré une baisse de notre chiffre d'affaires de près de 85 %. Philosophiquement, nous nous considérons comme un service public : nous avons d'ailleurs offert des courses gratuites au personnel hospitalier."
De nouveaux types de véhicules
Actuellement, Dott dispose d'une flotte de 5 000 vélos et trottinettes dans la capitale belge, pour près de 50 000 engins à travers 40 villes d'Europe. L'entreprise dispose aussi de deux grands entrepôts dans notre pays : l'un à Anderlecht et l'autre près du site de Tour&Taxis, dans le centre de Bruxelles. Si les trottinettes sont toujours fabriquées en Chine, l'idée est de les assembler en Europe dès cette année. "On va continuer à augmenter notre flotte. On pense aussi à amener deux nouveaux types de véhicules : les vélos cargos et des engins à trois ou quatre roues électriques qui permettront aux familles de se déplacer, ou éventuellement de ramener des objets ou des courses", explique celui qui habite désormais à Amsterdam. Si Dott veut se concentrer sur le marché européen, elle n'exclut pas d'aller un jour en Amérique latine "où il y a d'énormes problèmes de mobilité à résoudre." "Mais si on le fait, cela sera davantage via une collaboration avec un acteur local." Dott, qui compte notamment le belge Sofina dans ses actionnaires, pourrait aussi un jour entrer en Bourse.
"Besoin du nucléaire pour décarboner"
En dehors des vélos et des trottinettes électriques, Maxim Romain a aussi une autre passion : le nucléaire. "Je suis cofondateur d'une association nommée "progrès nucléaire" qui promeut les connaissances et les nouvelles technologies du nucléaire", explique ce grand amateur de voile. Et de rapidement préciser : "Je sais que c'est un sujet à débat en Belgique, mais nous sommes complètement indépendants. D'un point de vue personnel, je pense qu'on va avoir besoin du nucléaire pour décarboner l'énergie. Je considère aussi que le nucléaire classique n'est pas la solution du futur, mais les nouvelles technologies permettent d'éliminer les risques principaux."
Innovation : Une nouvelle trottinette avec clignotants
Dans quelques jours, Dott va introduire un nouveau type de trottinettes dans sa flotte à Bruxelles. Celle-ci disposera de clignotants avant-arrière, d'un système de recharge du téléphone, d'une double suspension et d'un meilleur système de géolocalisation. L'entreprise se dit aussi favorable aux zones de parking dédiées aux trottinettes qui vont être installées à Bruxelles." Cela marche très bien dans les villes qui ont lancé le système, comme à Paris, explique Maxim Romain. Mais il faut une zone de parking tous les 100 mètres minimum."
En quelques dates
7 février 1978 : naissance de Maxim Romain.
1997: études d'Ingénieur à l'École centrale de Lille. MBA à l'Institut européen d'administration des affaires de Fontainebleau, puis à Singapour.
2002-2009 : employé chez Decathlon, essentiellement en Asie.
2009-2016 : Maxim Romain travaille chez Wayfair (vente en ligne de mobilier).
2018: il cofonde Dott.
