Bpost : Petra De Sutter a-t-elle trouvé la parade pour sauver sa tête ?
La ministre des Entreprises publiques propose de retirer deux points de l'ordre du jour de l'assemblée de l'entreprise postale : la décharge aux administrateurs et les bonus

- Publié le 08-05-2023 à 17h18

C'est une contre-offensive peut-être payante qu'a lancée la ministre des Entreprises publiques Petra De Sutter (Groen) dans le très gênant dossier bpost. Elle propose de reporter deux points à l'ordre du jour de l'assemblée générale des actionnaires prévue ce mercredi 10 mai : la décharge aux administrateurs et la politique des bonus alloués aux dirigeants de l'entreprise postale. "Plusieurs enquêtes sont en cours au sein de bpost et des audits sont lancés à l'extérieur. Je veux d'abord avoir une vue d'ensemble de qui savait éventuellement quoi", a déclaré la ministre.
Cette décision intervient après que de nouvelles informations ont été révélées dans De Standaard et De Tijd sur une collusion de grande envergure entre le gouvernement et Bpost, affirme De Standaard. D'après ces deux quotidiens flamands, la présidente de Bpost, Audrey Hanard, semble avoir utilisé ses contacts politiques avec le PS pour tenter de sécuriser et d'optimiser la concession pour la distribution de journaux qui fait l'objet d'un subside de 175 millions d'euros par an (ramené à 125 millions pour la nouvelle concession).
Soupçons de conflits d'intérêts
La proposition de Mme De Sutter intervient quelques jours après qu'on eut appris que son cabinet emploie deux personnes détachées par bpost et payées par l'entreprise alors qu'elles ont négocié le contrat de gestion. De quoi alimenter les soupçons de conflits d'intérêts. Il existe certes d'autres exemples de personnes détachées de bpost, comme Delphine Van Bladel qui est porte-parole au cabinet de la ministre des Pensions Karine Lalieux (PS), mais qui ne sont pas directement responsables de dossiers liés à bpost. De plus le salaire de Delphine Van Bladel est remboursé, nous affirme cette dernière, à bpost par le cabinet Lalieux.
Il paraît évident que Petra De Sutter veut montrer qu'elle contrôle l'opération tabula rasa chez bpost alors qu'elle doit être auditionnée ce mardi en Commission parlementaire. De quoi sauver sa tête? Les déclarations d'autres membres du gouvernement le laissent penser.
Réagissant à la démarche de Petra De Sutter, le vice-Premier ministre du CD&V, Vincent Van Peteghem, a déclaré lundi sur Radio 1 qu'il s'agissait d'une étape "logique". "Si vous regardez le nid de guêpes dans lequel nous nous sommes retrouvés avec bpost, il est normal que nous ne donnions pas de bonus", a-t-il ajouté.
La présidente Audrey Hanard en difficulté ?
Le report de ces deux points de l'ordre du jour n'exclut pas qu'ils soient votés ultérieurement s'il s'avère que les administrateurs n'ont rien à se reprocher. Et à cet égard, toute l'attention porte actuellement sur la présidente du conseil d'administration, Audrey Hanard. Interrogée la semaine dernière sur les contacts qu'elle aurait eus avec le cabinet du vice-Premier ministre PS Pierre-Yves Dermagne, en charge de l'appel d'offres pour la concession de journaux, elle avait confirmé qu'elle "avait eu des contacts réguliers avec l'actionnaire de contrôle de bpost", à savoir l'État belge (qui détient 51 %). Ces discussions ont notamment porté sur la concession, "mais il n'est pas question d'influence", avait-elle affirmé.
