"Nos banques ont été créées pendant la révolution industrielle où il fallait financer massivement les énergies fossiles"
La néobanque française et durable Green-Got vient de boucler une levée de fonds de 5 millions d'euros et compte débarquer officiellement en Belgique dans quelques semaines.

- Publié le 22-05-2023 à 16h08

25 000 euros épargnés dans une grande banque représentent plus de 10 tonnes de CO₂ émis chaque année. Et 10 tonnes équivalent à l'ensemble des émissions de CO₂ d'un Belge ou d'un Français chaque année. C'est à partir de ce constat que Maud Caillaux, Andréa Ganovelli et Fabien Huet fondent en 2020 Green-Got, une néobanque 100 % française et 100 % numérique. Leur objectif : agir contre le changement climatique en finançant la transition écologique.
"Quand on regarde toutes les industries – énergie, transport, fashion… – il y a toujours le même fil d'Ariane qui traîne", explique Maud Caillaux. "Et quand on le remonte, on se rend compte que c'est… l'argent. Alors ça semble très logique quand on le dit, ça n'a pas changé depuis trois mille ans, mais l'argent, c'est le nerf de la guerre."
Financer la transition écologique
La néobanque vise un double impact : financer en toute transparence des projets de la transition "sans que ça ne coûte rien de plus à nos utilisateurs" et "pouvoir embarquer un maximum d'acteurs financiers et bancaires avec nous. On veut leur démontrer, avec des arguments beaucoup plus business et fixés sur les opportunités financières, que s'ils veulent encore des clients de notre génération et de celles d'après demain, ils doivent changer. Car si dans dix ans on est la seule banque verte, on aura tous les pieds dans l'eau."
"Les gens n'ont pas forcément conscience que leur argent permet de faire des choses", poursuit Maud Caillaux. "On a un peu cette image que notre argent est en petites coupures ou en lingots dans le sous-sol de la banque et ne fait que nous attendre. Bien sûr que non. Il permet à la banque d'investir directement dans beaucoup de projets. Or, nos banques traditionnelles ont été créées pendant la révolution industrielle où il fallait financer massivement le charbon, puis le pétrole, puis le gaz. Sauf que depuis quelques années, on sait que ce n'est pas ce qu'il faut faire. Les banques n'ont pas changé pour autant."
On a un peu cette image que notre argent est en petites coupures ou en lingots dans le sous-sol de la banque et ne fait que nous attendre. Bien sûr que non.
"Aujourd'hui, nos banques se font beaucoup épingler pour le greenwashing parce qu'elles oublient quelque chose de fondamental : la seule variable à laquelle le climat va répondre demain ce n'est pas qu'il y ait plus de vert, c'est qu'il y ait moins de carbone." Autrement dit : c'est bien si elles financent les éoliennes mais ça n'a pas de sens si elles continuent d'investir dans les énergies fossiles. Par ailleurs, "les banques qui sont engagées depuis leur création dans la transition écologique sont moins inquiétées par le risque d'actifs échoués (des actifs financiers qui risquent de perdre de la valeur avec la transition bas-carbone car la demande d'énergies fossiles diminue, NdlR)."
Bientôt dans les portefeuilles belges
Green-Got génère aujourd'hui un chiffre d'affaires mensuel de 84 000 euros et comptabilise plus de 14 000 utilisateurs. Avec une moyenne d'âge de 32 ans, leur communauté est surtout composée de personnes "qui sont déjà très avancées dans leur transition et qui cherchent une banque qui est en phase avec leurs valeurs. Mais on a aussi des personnes qui découvrent la gravité de ce qui est en train de se passer et comme elles ne sont pas forcément prêtes à tout abandonner pour élever des chèvres dans le Larzac, elles cherchent le levier le plus important pour faire la différence."
Alors que la néobanque enregistre moins de 1 000 clients belges à l'heure actuelle, elle constate que "c'est un pays qui est assez avancé dans sa transition, en tout cas au niveau de sa population". Raison pour laquelle Green-Got prépare son lancement officiel dans le Plat Pays à la fin du moins de juin, en visant "quelques milliers" de nouveaux clients belges.
Accompagnés par un conseil sociétal et écologique composé de cinq experts scientifiques qui se réunissent trois fois par an, les trois cofondateurs de la néobanque sont également en train de développer des produits d'épargne, en plus du compte courant déjà disponible pour les clients mais qui ne leur génère aucune rentabilité. "On est vraiment en train de développer un panel de produits d'épargne qui auront une rentabilité plus ou moins élevée en fonction de l'appétence au risque des utilisateurs et utilisatrices." Il s'agit de livrets, d'une assurance-vie, mais aussi de produits plus risqués "comme du crowdfunding pour financer Didier qui veut transformer sa ferme en bio. Mais Didier va se lancer sur dix ans et s'il fait faillite, il n'y a plus d'argent."
Ne pas aller plus vite que la musique
Notons que techniquement, Green-Got n'est pas à proprement parler une banque mais plutôt un prestataire de paiements. "Il y a trois niveaux de licence bancaire", explique la présidente de la néobanque. "Nous, on est au premier. On propose les mêmes services bancaires du côté des utilisateurs, comme un compte courant, une carte, de l'épargne, mais du côté des régulateurs, on n'a pas la possibilité de faire du crédit et on est contrôlé à un degré différent des banques qui sont, elles, des établissements de crédits. On avance étape par étape, on ne veut pas se brûler les ailes."
La prudence est-elle la recette du succès pour une petite banque verte en devenir ? Il est difficile de ne pas penser à l'échec de la banque éthique et durable belge NewB, qui fonctionnait sous la forme d'une coopérative financière. Cette dernière comptabilisait 117 000 coopérateurs quand elle a échoué à lever les 40 millions d'euros exigés par la Banque nationale de Belgique en octobre dernier.
"Je pense que NewB a voulu démarrer très fort, avec une gouvernance très horizontale et avec cette ambition d'être directement un établissement de crédits, ce qui est quand même une licence très lourde à porter et qui comprend énormément d'obligations", estime Maud Caillaux. "Nous, avec Green Got, on a plus de souplesse, on a voulu démarrer au premier niveau de licence pour commencer des relations plus paisibles avec les régulateurs, la Banque de France et la Banque nationale de Belgique. Mais aussi pour se faire connaître par nos clients et établir un lien de confiance."
Je pense que NewB a voulu démarrer très fort, avec une gouvernance très horizontale et avec cette ambition d'être directement un établissement de crédits.
"On fonctionne plus étape par étape, d'abord parce qu'on n'avait pas le choix faute de moyens et ensuite parce que ça reste un secteur basé sur la confiance. La confiance, c'est du temps. C'est incompressible. Et on veut prendre ce temps pour monter un à un les échelons nous-mêmes, gagner de plus en plus d'autorité, d'expérience dans le milieu, pour pouvoir un jour délivrer le meilleur service avec un risque à zéro. Il ne faut pas aller plus vite que la musique."
Après une première levée de fonds de 2 millions d'euros à sa création en 2020, Green-Got vient d'en clôturer une autre de 5 millions, dont 2 millions ont été bouclés rien que par sa communauté en moins de 80 minutes.
