Des plants de tabac pour lutter contre le cancer: une thérapie unique mise en place par une entreprise belge
La province du Luxembourg a inauguré ce mardi matin son Boost Up Center, lieu de production dans lequel la jeune entreprise ATB Therapeutics fait déjà pousser ses plantes. Elle en fait des "smoothies" pour extraire une molécule unique au monde qui entre en jeu dans le traitement des cancers.
- Publié le 17-10-2023 à 12h00
- Mis à jour le 17-10-2023 à 12h15

Depuis ce mardi matin, la Belgique compte officiellement un incubateur biotech supplémentaire. Après le Business Center du Novalis Science Park qui accueille depuis 2014 les start-up pour leur permettre de valider leur preuve de concept (proof of concept ou POC) grâce à la proximité du CER Groupe (centre de recherche préclinique agréé en biotechnologies), c'est au tour du Boost Up Center d'entrer en scène.

Sur le parc d'activités de Marche-en-Famenne en province du Luxembourg, 12 start-up font actuellement valider leurs premiers résultats au sein du Business Center. À présent, elles vont avoir l'opportunité de bénéficier de la zone de production mutualisée et de l'espace de coworking du Boost Up Center afin de réaliser leur premier lot de production.
Offre sur-mesure
"Le but est de permettre aux jeunes pousses d'avoir leur propre unité pilote de fabrication pour produire leur premier lot, sans avoir à investir tout de suite dans des locaux et des équipements indépendants, explique Christelle Henrotin, conseillère en entreprises biotech pour l'intercommunale Idelux. Les locaux de 1 900 m² ont pour vocation d'accueillir plusieurs entreprises simultanément. Le tarif est défini en fonction des besoins et du nombre de locataires. Certains services peuvent être internalisés par la start-up, externalisés vers Idelux ou d'autres prestataires, comme l'IT, la maintenance, le gardiennage… L'offre est vraiment établie sur-mesure, en tenant compte de la variation des prix sur le marché."

Depuis quelques mois, c'est la start-up ATB Therapeutics qui occupe la totalité du Boost Up Center, après avoir validé son concept au Business Center. Fondée à Marche-en-Famenne, la jeune pousse travaille depuis 2018 sur le développement d'une molécule intervenant dans un traitement ciblé du cancer. L'entreprise met actuellement en place sa stratégie de production en vue des études cliniques.
Comme beaucoup de biotechs et au vu des échelles de mise sur le marché dans le secteur pharmaceutique (encore dix ans ici), ATB Therapeutics se finance grâce à des levées de fonds : 600 000 euros au tout début auprès d'Investsud Tech, puis 2 millions fin 2019 grâce à Idelux, Noshaq, la Fondation Fournier-Majoie et plusieurs investisseurs privés issus de la pharmacie.

"Il a fallu trouver des investisseurs qui nous fassent confiance car au départ, nous avions juste une idée, pas de données concrètes ni de brevet, raconte Bertrand Magy, cofondateur et CEO de la start-up. Nous avons réussi à prouver que nous étions capables de fabriquer une molécule artificielle appelée 'atbody'. Nous sommes les seuls au monde à produire cette molécule composée d'un anticorps qui cible spécifiquement la cellule cancéreuse et d'une toxine qui agit comme une bombe pour tuer cette cellule cancéreuse."
Les plants de tabac comme outil de production
Contrairement à d'autres molécules utilisées actuellement dans le traitement du cancer, ATB Therapeutics produit les atbody grâce à des plantes qui servent de bioréacteurs, et non des bactéries ou des cellules de mammifères. "Notre outil de production est les plants de tabac, plus précisément la variété Nicotiana benthamiana, différente de la Nicotiana tabacum qui se fume, poursuit Bertrand Magy. Les molécules utilisées aujourd'hui sont souvent des ADC ('Antibody-drug conjugate') qui mixent un anticorps et un chimiothérapeutique. Mais ce couplage chimique n'est pas toujours très stable ce qui crée de la toxicité responsable d'effets secondaires. À l'inverse, nos atbody sont produits directement dans la plante sans coupage chimique, donc ils sont beaucoup plus stables et moins toxiques. Ils permettent aussi d'outrepasser les éventuelles résistances aux chimiothérapeutiques développées par les cellules cancéreuses."

La thérapie ciblée basée sur les atbody serait donc plus efficace tout en provoquant moins d'effets secondaires. ATB Therapeutics développe un premier produit destiné au traitement du cancer du sang (lymphomes) et travaille sur la R&D pour une thérapie des cancers "solides" (pancréas, prostate, rein, poumon…). La start-up envisage également des applications hors de l'oncologie.

Forte de 17 collaborateurs, ATB Therapeutics ambitionne d'installer des "tours de croissance" automatisées des plantes dans le Boost Up Center. "C'est possible grâce au bâtiment qui est à la pointe de la technologie", souligne Bertrand Magy.
Les plantes poussent pendant quatre semaines avant d'être utilisables, puis produisent des atbody pendant une semaine, avant d'être récoltées puis mixées telles un "smoothie". Les atbody sont extraits de ce jus de plante. "L'objectif est de produire 150 kilogrammes de biomasse par semaine pour permettre la réalisation des études cliniques de phase 1 et de phase 2. Pour financer tout cela, nous préparons une levée de fonds de série A de plusieurs dizaines de millions d'euros pour 2024", conclut le CEO.