Pertes de revenus et lourds frais de restructuration en vue: bpost n'est pas au bout du tunnel...
Le cours a perdu 12 % lundi. Les analystes ont évalué les conséquences de l'éventuelle perte de la concession pour la distribution de journaux.

- Publié le 27-11-2023 à 18h30
- Mis à jour le 27-11-2023 à 19h04

Ceux qui espéraient que le pire était passé pour l'action bpost ont déchanté ce lundi. L'action a perdu 12 % pour clôturer à 4,49 euros. La cause de cette nouvelle déroute est connue : l'entreprise publique risque de ne pas être sélectionnée dans le cadre de l'appel d'offres lancé par le SPF (Service public fédéral) Economie pour la nouvelle concession de distribution des journaux et des magazines. Et cela parce qu'elle a déposé l'offre la plus chère. Autrement dit, les montants de subsides sollicités par les deux autres soumissionnaires arrivés en tête de la sélection de l'administration (PPP pour les journaux et Proximy pour les magazines) sont moins élevés. Sachant que le plafond a été réduit par le gouvernement à 125 millions d'euros. Jusqu'à maintenant, bpost percevait un subside d'environ 175 millions d'euros par an auquel il faut ajouter la rémunération payée par les éditeurs pour cette activité de distribution de journaux et de magazines.
Des milliers d'emplois
Bpost risque donc de perdre une source de revenus qui correspond à plusieurs pourcents de son chiffre d'affaires. L'analyste de KBC Securities, pour qui ce scénario est une "surprise", estime la perte de revenus à 260 millions d'euros par an sur un chiffre d'affaires total d'environ 4,3 milliards. Il s'attend également à ce que la perte de la concession entraîne des coûts de restructuration considérables dans la mesure où cette activité emploie des milliers de personnes. Même si les employés concernés ne vont pas se retrouver sans job du jour au lendemain. Il est en effet probable que, faute d'effectifs compétents, les deux sociétés éventuellement retenues, doivent sous-traiter avec bpost, du moins dans un premier temps. Ce qui réduirait les frais de restructuration que l'analyste Jefferies évalue quand même à 100 millions d'euros.
Crainte des syndicats
La mise hors jeu de bpost, qui emploie en Belgique environ 26 000 personnes, suscite la crainte des syndicats. Elle représenterait "une très mauvaise nouvelle" pour bpost et menacerait l'emploi au sein de l'entreprise postale, ont d'ailleurs alerté lundi les syndicats en front commun (CGSP/CSC/SLFP). D'après Geert Cools, secrétaire général au syndicat socialiste ACOD (CGSP), ce sont 4 500 emplois qui sont concernés, qui correspondent à 1 500 équivalents temps plein (ETP).
Le front commun syndical s'interroge également sur la qualité de la distribution des journaux en cas d'attribution de la concession de presse à une entreprise privée. "Bpost est la seule entreprise capable de gérer cette mission sur le plan logistique et opérationnel. Les sociétés qui obtiendraient ce marché seront-elles à même de garantir une telle qualité ?" À noter toutefois que les deux entreprises ont déjà fait comprendre qu'elles pourraient sous-traiter à bpost une partie des tâches. Une période transitoire de six mois, de début janvier 2024 à juin 2024, a en outre été prévue.
Quant à l'entreprise publique, elle a sorti un communiqué lundi en fin de journée où elle "regrette" l'absence de décision. "L'incertitude actuelle est pesante pour les collaborateurs et collaboratrices concerné(e)s et leurs familles, surtout en cette période de fin d'année. Nous sommes à disposition du SPF Economie afin de répondre à toutes les questions. bpost demande avec insistance de faire, au plus vite, la clarté sur le timing envisagé et la suite du processus", souligne le nouveau CEO, Chris Peeters.
