Temu et Shein, les plateformes qui font grimper le prix du fret aérien : "Nous n'avons jamais connu quelque chose de comparable"
La "fast-fashion" affréterait aujourd'hui un tiers des avions-cargos longue distance mondiaux.

- Publié le 24-05-2024 à 18h08
- Mis à jour le 24-05-2024 à 18h48

Ce sont deux noms qui font désormais le tour du monde. Shein et Temu sont deux géants "chinois" du commerce en ligne (Shein a été créé en Chine mais a son siège social à Singapour) qui sont plus que jamais pointés du doigt par les associations écologistes et certaines autorités publiques. En cause ? Leur modèle économique particulièrement polluant et leur incitation à la surconsommation. On appelle cela la fast-fashion, voire l'ultra fast-fashion. Les consommateurs achètent des vêtements à prix cassés, fabriqués à l'autre bout du monde, et souvent de mauvaise qualité, qu'ils ne portent que de manière éphémère. Avant de succomber à la prochaine tenue à la mode.
En plus des vêtements bon marché, Temu, qui est une "marketplace" contrairement à Shein qui vend ses propres produits, s'est spécialisé dans la vente de gadgets en tout genre. De l'aiguisoir pour couteaux à la housse pour siège de voitures en passant par des peluches, on y trouve un peu de tout (et n'importe quoi) pour quelques euros. "Achetez comme un milliardaire", promet la plateforme, pour faire comprendre à son client que tout lui est désormais accessible. Mais il faut aller vite. Le consommateur est mis sous pression lors de ventes à durée limitée : un décompte lui rappelle qu'il doit acheter rapidement s'il ne veut pas rater cette occasion en or. Et cela fonctionne. Pinduoduo, la société mère de Temu, a vu ses ventes augmenter de 241 % l'année dernière, pour atteindre 13,25 milliards de dollars.
Notons que Temu s'adresse à un plus large public, là où Shein cible les consommateurs plus jeunes. Mais les deux plateformes ont un point en commun : elles adorent transporter leurs produits par avion. "Tant Shein que Temu ont une soif continue pour le fret aérien", expliquait récemment le spécialiste Wenwen Zhang à nos confrères de Forbes." Nous n'avons jamais connu quelque chose de comparable auparavant".
Plus cher que le transport maritime, le passage par les avions-cargos est évidemment beaucoup plus rapide. On estime qu'il ne faut que quelques jours pour livrer un colis expédié par les airs depuis la Chine jusqu'à la porte d'un particulier européen, là où le transport par bateau peut prendre cinq semaines. Et le but est là. Les vendeurs chinois veulent répondre instantanément à des clients, particulièrement sensibles à cette immédiateté. Et visiblement prêts à parfois payer davantage pour les seuls frais de livraison que pour le produit lui-même.
La plus grande tendance qui impacte le fret aérien à l'heure actuelle n'est pas la mer Rouge, mais les sociétés chinoises de commerce électronique comme Shein ou Temu".
Ces envois rapides permettent aussi d'éviter de constituer des stocks coûteux sur leurs marchés de prédilection des deux géants chinois, à savoir l'Europe et les États-Unis. La montée en puissance de Shein et Temu chamboule donc le transport dans le ciel. Les prix du fret aérien ont doublé depuis 2019 entre la Chine et la plupart des pays occidentaux et sont en forte hausse depuis le mois d'avril, créant des tensions dans un ciel déjà saturé en marchandises.
"La plus grande tendance qui impacte le fret aérien à l'heure actuelle n'est pas la mer Rouge (les tensions géopolitiques dans la région ont un impact sur le transport maritime ce qui amène à une augmenttaion du cargo dans les airs, NdlR) , mais les sociétés chinoises de commerce électronique comme Shein ou Temu ", affirmait il y a quelques semaines Basile Ricard, le directeur des opérations pour la Chine chez Bolloré Logistics.
Selon une récente étude de l'agence Reuters, Shein, qui représentait environ un cinquième du marché mondial de la fast-fashion, aurait expédié par avion 5 000 tonnes d'articles de mode par jour dans le monde entier en 2023. Soit l'équivalent de 108 Boeing 777, un avion gros-porteur du constructeur américain. Temu est juste au-dessous, avec 4.000 tonnes livrées quotidiennement. À titre de comparaison, Apple n'expédierait "que" 1 000 tonnes de produits par jour en avion.
L'année dernière, les deux entreprises auraient livré 600 000 colis depuis la Chine quotidiennement aux États-Unis. Ce qui crée un déséquilibre commercial croissant : bourrés de marchandises au départ des aéroports de l'Empire du Milieu, les avions ne reviennent que très peu chargés en Chine. La fast-fashion affréterait aujourd'hui un tiers des avions-cargos longue distance mondiaux.
