Aucun modérateur de X (ex-Twitter) ne maîtrise le néerlandais
Le dossier de la Libre Eco | Le "filtrage" de tweets illicites publié sur le réseau social se base essentiellement sur des algorithmes dopés à l'intelligence artificielle. Les modérateurs humains sont très peu nombreux et ne maîtrisent pas 17 des langues officielles de l'Union européenne.

- Publié le 28-09-2024 à 12h51

La société X (ex-Twitter) fait-elle bien son boulot pour filtrer et supprimer les fake news, les tweets à caractères racistes, offensants et autres qui sont publiés sur son réseau social ? Beaucoup se posent la question. Et s'en inquiètent, surtout depuis le rachat du réseau social par le milliardaire Elon Musk. L'homme est un libertarien assumé. Il a une vision très large de la liberté d'expression, quitte à rogner sur d'autres principes démocratiques. Le patron sud-africain a fait monter l'inquiétude d'un cran en soutenant le candidat à la présidentielle américaine, Donald Trump, lui-même adepte des fake news. La dernière en date a fait le tour du monde.
Un réseau "sens dessus dessous"
Le milliardaire américain a affirmé que des animaux de compagnies avaient été mangés par des migrants dans la ville de Springfield aux États-Unis. Ce qui a été formellement démenti par les autorités locales. Selon l'analyste Imran Ahmed, cité par l'AFP, Elon Musk a créé un réseau "sens dessus dessous" où les sources officielles "peinent à se faire entendre" et "ceux qui mentent et attisent la haine sont mis sur un piédestal". Très partagées, les "fake news" rapportent gros à leurs inventeurs et aux plateformes qui les partagent. Ce qui pourrait expliquer, selon certains analystes, le peu d'en train des géants du web à combattre ces fausses informations.
En Europe, on a serré la vis vis-à-vis de ces gigantesques plateformes comme X. Le règlement européen sur les services numériques (DSA) veut les responsabiliser, notamment par rapport à la question du filtrage des contenus qui y sont publiés. X, Facebook, Instagram ou Tik Tok doivent désormais rendre des comptes et des rapports réguliers sur leurs méthodes de modération.
Une obligation de transparence en Europe
Dans son rapport de transparence datant d'avril de cette année (et actualisé fin mai), la société X, explique ainsi en détail, le nombre de ses interventions et le temps qu'elle met pour contrer les contenus illicites dans les pays européens. Technologiquement, la plateforme mise essentiellement sur des algorithmes dopés à l'intelligence artificielle, mais aussi en tenant compte des signalements d'autres utilisateurs de X ou autre. Parfois, ce sont même les instances d'un État qui interviennent, comme ce fut le cas à huit reprises en France, quatre en Italie et une en Espagne entre octobre 2023 et fin mars 2024. L'approche est "heuristique", explique la plateforme, c'est-à-dire que l'apprentissage vient par l'expérience, par essai-erreur, en tenant compte du passé et de certains mots-clés.
En hébreu, letton mais pas en néerlandais
Pour l'ensemble des pays de l'Union européenne, X dispose aussi de 1 726 modérateurs humains, "particulièrement bien formés" avec un apprentissage continu en fonction de l'évolution des législations." Cette équipe se compose de différents niveaux, les niveaux supérieurs étant constitués de personnes plus expérimentées ou plus spécialisées". En cas de doute, les modérateurs de première ligne peuvent faire appel à un supérieur ou un conseiller juridique. Parmi ces modérateurs, l'immense majorité maîtrise l'anglais (1 535), 59 l'allemand, 52 le français, 27 l'arabe, deux l'hébreu, un le letton, mais aucun le néerlandais, ni 16 des langues officielles de l'UE, dont, le grec, le hongrois, le roumain et le suédois. "X a analysé les langues les plus courantes dans les rapports examinés par ses modérateurs de contenu et a embauché des spécialistes qui ont des compétences professionnelles dans les langues les plus couramment parlées" se justifie la plateforme.
Un candidat slovaque victime de "deep fake"
Ce manque de compétence linguistique humaine inquiète les autorités européennes. À titre d'exemple, un faux enregistrement d'un candidat aux élections slovaques affirmant qu'il avait truqué le vote a fait le tour des réseaux sociaux en Slovaquie, sans qu'aucun filtrage n'ait lieu. Par comparaison, Tik Tok emploie plus de 6200 modérateurs humains pour ses contenus européens, Meta 15 000 (pour Facebook et Instagram), dont 52 pour le néerlandais et 211 pour le français. "Notre équipe révise le contenu 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, dans plus de 80 langues", explique le géant Meta.
