Le séisme Audi s'étend, un millier d'emplois supplémentaires menacés : "Nous avons déposé une proposition de loi plus contraignante"
Une intention de fermeture a été annoncée chez SNOP Automotive, un sous-traitant fournisseur de pièces automobiles pour Audi Brussels.

- Publié le 17-10-2024 à 17h53
- Mis à jour le 17-10-2024 à 18h06
Le tremblement de terre chez Audi poursuit ses répercussions chez les sous-traitants. Quelque 150 personnes risquent désormais de perdre leur emploi chez le fournisseur gantois de pièces automobiles SNOP Automotive, où une intention de fermeture a été annoncée mercredi au cours d'un conseil d'entreprise.
SNOP Automotive Gent, anciennement Tower automotive, a été fondée en 2002 à Gand. Elle a travaillé pour Volvo Car notamment et fournissait jusqu'ici des pièces de carrosserie à l'usine d'Audi Forest, qui a annoncé fermer ses portes et potentiellement laisser 3 000 travailleurs sur le carreau, sans parler des sous-traitants.
Plusieurs sous-traitants dans la tourmente
À la suite de cette fermeture annoncée, l'avenir s'est donc assombri pour les fournisseurs. Plus tôt cette semaine, on apprenait qu'environ 300 postes étaient menacés chez Imperial Logistics. La procédure Renault sur les licenciements collectifs a également été enclenchée, la semaine dernière chez Rhenus Automotive, et devrait toucher 128 travailleurs. Soit plus de 570 postes pour ces trois sous-traitants. Mais on estime que plus d'un millier de personnes sont actives au sein de fournisseurs travaillant presque exclusivement pour Audi Brussels.
"Il s'agit de personnes vulnérables. SNOP a toujours mis l'accent sur la diversité et sur les locuteurs non natifs. Un grand nombre d'Africains sont employés. Ces personnes ne vont pas trouver un autre emploi comme ça. Il y en a beaucoup qui ne parlent même pas le néerlandais", a précisé Marc Staelens de l'ABVV, le pendant néerlandophone de la FGTB, à l'agence Belga. "Mais que se passe-t-il maintenant chez Audi ? Personne n'a de contrôle là-dessus", a-t-il précisé.
"Le ministre de l'Economie Pierre-Yves Dermagne a sans doute manqué d'anticipation"
"On a déposé une proposition"
Du côté des politiques, qui avaient promis d'agir pour faire changer la loi Renault afin de prendre en compte les sous-traitants, lors de leur visite du site le 18 septembre dernier, les lignes bougent. Un peu. "Le PS a présenté mercredi sa proposition en commission, divers avis ont été demandés, dont celui du conseil national du travail. Ça ne reviendra donc pas en commission avant plusieurs semaines", nous a signalé Denis Ducarme, parlementaire fédéral libéral. "Le ministre de l'Économie Pierre-Yves Dermagne a sans doute manqué d'anticipation", en profite-t-il pour tacler son homologue socialiste. "Il avait une législature pour penser à cela. Ce n'est pas en faisant un paquet de mesures qui n'ont rien à voir entre elles qu'on va y arriver", poursuit-il, sans répondre totalement sur ce que fait le MR sur la question, mis à part que des sous-traitants seront reçus prochainement pour en discuter au parlement, assure-t-il.
Du côté du PTB, on soutient la proposition du PS. "On est sur la même longueur d'onde. Nous avons déposé une autre proposition de loi ce jeudi, un peu plus contraignante sur l'application de la loi Renault aux sous-traitants. Elle a été prise en considération et sera présentée en commission la semaine prochaine", explique le parlementaire Nabil Boukili. Dans les grandes lignes, la proposition du PTB responsabilise davantage les donneurs d'ordre, comme Audi Brussels, vis-à-vis des sous-traitants. Elle prévoit également la prise en compte dans la loi Renault des éventuelles fermetures de sous-traitants dans les mois qui suivent celle d'un donneur d'ordre, en cas de lien direct avec la fermeture de celui-ci. Elle prévoit également de prendre en compte les intérimaires licenciés, jusqu'à six mois avant l'annonce de fermeture officielle du donneur d'ordre. Ambitieux. "C'est une proposition, elle devra encore être débattue", termine Nabil Boukili.
"Pas de contact"
Du côté des syndicats présents sur le site d'Audi, on nous confirme que les sous-traitants sont les oubliés des discussions avec la direction. "Nous n'avons pas d'informations, pas d'avancées. On ne négocie pas pour les sous-traitants mais effectivement, les conseils d'entreprise se limitent au cas d'Audi. On a de bonnes relations avec les sous-traitants, mais on ne peut pas changer la loi", explique Pascal Debrulle, représentant de la FGTB chez Audi Brussels. "Il y a des discussions mais en dehors des réunions", termine-t-il.
"Je suis scandalisé quand j'entends que les sous-traitants laissent tomber leur personnel. On se bat tous les jours pour nos collaborateurs. Nous sommes juste tenus par les politiques d'Audi. Nos collaborateurs sont nos premières préoccupations", a répondu un sous-traitant, qui a préféré conserver l'anonymat, par rapport à ce qu'il se passe actuellement.
