Boeing dans le collimateur de Donald Trump : "Il n'y a aucune excuse à cela"
Déjà en déroute financière, Boeing est tancé par le président des États-Unis pour les retards de livraison des nouveaux avions Air Force One. Dans le militaire et le spatial aussi, le constructeur est mis en difficulté par la politique de Donald Trump.

- Publié le 26-02-2025 à 09h04
- Mis à jour le 26-02-2025 à 11h08

Quand Donald Trump n'est pas content, il hésite rarement à le dire. C'est à bord d'un de ses avions présidentiels que le milliardaire a chargé Boeing la semaine dernière. La cause de la colère du président américain ? Les importants retards de livraison de la prochaine génération des Boeing 747 qui servent de principal moyen de transport aérien pour le chef d'État américain. Des mastodontes du ciel qui volent sous le nom d'Air Force One lorsque le président est à bord. Ces deux nouveaux avions, destinés à remplacer les actuels datant de l'ère de George Bush "père" (début des années 1990), devaient être livrés en 2024.
Je ne suis pas satisfait du fait que cela prenne autant de temps. Il n'y a aucune excuse à cela."
Mais selon les dernières estimations, il faudra encore plusieurs années avant qu'ils ne soient achevés. "Je ne suis pas satisfait du fait que cela prenne autant de temps, a fustigé Donald Trump. Il n'y a aucune excuse à cela." Si le Républicain a confirmé qu'il n'ira toute de même pas jusqu'à acheter un avion fabriqué par Airbus, le grand concurrent européen de Boeing, il a émis l'idée "d'en acheter un d'occasion et de le convertir". "Nous étudions d'autres solutions", a-t-il expliqué.
À noter que c'est Donald Trump lui-même qui, lors de son premier mandat, avait négocié l'achat de ces nouveaux avions en 2018. À l'époque, le prix avait été fixé à 4 milliards de dollars pour deux nouveaux jets. Ce qui s'avérera être un contrat "désastreux" pour Boeing, selon différents spécialistes. Quelques mois plus tôt, l'administration Obama s'était ainsi arrangée sur le montant de 5,3 millions de dollars pour ces mêmes avions.
"Annulez la commande !"
Mais dès sa première élection, M. Trump avait remis en cause cet accord, jugeant ces prix "hors de contrôle". "Annulez la commande !", avait-il tweeté. Boeing avait alors accepté un contrat au rabais et à prix fixe, ce qui signifie que l'avionneur américain devait absorber tous les coûts qui dépassaient ce que le gouvernement était initialement prêt à payer. Un véritable cadeau pour l'administration Trump. "Nous n'aurions pas dû accepter ce contrat" avec Donald Trump, regrettera d'ailleurs Dave Calhoun, l'ancien patron de Boeing en 2022.
Il faut beaucoup de travail pour avoir des communications cryptées et créer un poste de commandement pour l'armée et le gouvernement fédéral à partir de n'importe quel endroit du monde et dans n'importe quelles circonstances."
Rien que sur ce contrat, Boeing a déjà perdu 2,5 milliards de dollars, sans qu'aucune date de livraison ne soit encore fixée. Le prix de ces avions peut paraître exorbitant, mais il s'explique par la sophistication de ses Boeing 747 qui doivent pouvoir protéger leurs occupants d'une attaque de missiles ou même des ondes de choc d'une explosion nucléaire.
"On peut avoir un avion à réaction à tout moment, explique Richard Aboulafia, directeur général d'AeroDynamic Advisory, une société de conseil en aérospatiale, à nos confrères de CNN. Mais il faut beaucoup de travail pour avoir des communications cryptées et créer un poste de commandement pour l'armée et le gouvernement fédéral à partir de n'importe quel endroit du monde et dans n'importe quelles circonstances." A bord, le président peut ainsi exercer toutes les prérogatives de son mandat pendant qu'il est dans les airs, y compris déclencher une frappe nucléaire. On y retrouve aussi une antenne médicale de haute technologie.
Quand Boeing se rapproche de Washington
Début 2018, Boeing avait les reins assez solides pour se permettre cette largesse au gouvernement américain. L'argent coulait à flots dans l'entreprise, avec plus de 100 milliards de dollars de revenus et près de 11 milliards de dollars de bénéfice d'exploitation. Mais le vent a tourné quelques mois plus tard pour le constructeur américain, confronté à deux crashs mortels du Boeing 737 Max, en octobre 2018 et en mars 2019, puis à la pandémie du Covid, plus grave crise de l'histoire du secteur aérien.
Depuis, c'est la descente aux enfers pour Boeing qui affichait une perte de près de 12 milliards de dollars l'année dernière. Les retards sur ses chaînes de montage se comptent désormais en année pour le constructeur. Mais Donald Trump sera sans doute le client prioritaire numéro un de Boeing. En difficulté dans la vente d'aéronefs commerciaux, l'avionneur a plus que jamais besoin du gouvernement américain pour survivre. La société tire ainsi désormais 42 % de son chiffre d'affaires de ses contrats avec l'administration US. Ce rapprochement avec les autorités américaines est aussi physique : Boeing a transféré, il y a un peu plus de deux ans, son siège social de Chicago à Arlington, dans la banlieue de Washington.
Il serait extrêmement facile d'annuler ce programme F-15 et de détourner les fonds vers d'autres besoins."
Mais là aussi les signaux rouges s'allument pour le constructeur, grand absent dans les récents contrats de drones militaires du Pentagone, ces derniers ayant été attribués à des concurrents. La semaine dernière, l'administration Trump a également publié un mémo ordonnant à l'armée de réduire son budget de 8 % chaque année. En ligne de mire notamment, le coûteux programme d'avions de chasse F-15 furtif "Silent Eagle" auquel participe Boeing. "Il serait extrêmement facile d'annuler ce programme F-15 et de détourner les fonds vers d'autres besoins", explique Richard Aboulafi. Selon lui, l'armée a déjà manifesté son désir d'utiliser davantage de drones et moins d'avions pilotés.
Une humiliation dans l'espace face à Elon Musk
Enfin, sur le spatial aussi, les mauvaises nouvelles s'accumulent pour l'entreprise d'Arlington qui a vu un concurrent de taille marcher sur ses plates-bandes : SpaceX. L'entreprise, détenue et dirigée par Elon Musk, multiplie les contrats avec la Nasa, au détriment de Boeing. Le constructeur US a même vécu une humiliation ultime cet été, lorsque la Nasa a décidé de faire appel à SpaceX pour ramener les deux astronautes bloqués sur la station spatiale internationale. Ces derniers y avaient été acheminés sur le vaisseau Starliner de Boeing et étaient censés revenir sur terre avec le même appareil huit jours plus tard. Mais les difficultés en série rencontrées sur le vaisseau de Boeing ont conduit à cette lourde décision de les laisser huit mois dans l'espace. Et de les faire revenir sur un vaisseau SpaceX dans les prochains jours.
