Menace de droits de douane de 200 % par Donald Trump sur l'alcool, les brasseurs répondent : "Ça change d'un jour à l'autre"
En réponse à la riposte européenne, Donald Trump a menacé d'une taxe de 200 % sur les vins, champagnes et autres alcools européens. Les bières belges seraient donc directement concernées.

- Publié le 14-03-2025 à 15h59
- Mis à jour le 14-03-2025 à 17h44

Des menaces, encore des menaces et toujours des menaces. Donald Trump repart à l'offensive, fidèle à sa réputation d'agitateur commercial, surtout depuis son retour à la Maison Blanche. Cette fois-ci, le président américain menace de frapper fort : une surtaxe de 200 % sur les vins, champagnes et autres alcools européens si l'Union européenne ne retire pas immédiatement ses nouveaux droits de douane imposés sur des produits américains comme le bourbon, les motos ou les bateaux. Une escalade qui survient en réponse directe à la taxation américaine de 25 % sur l'acier et l'aluminium européen, entrée en vigueur mercredi.
La réplique explosive du président américain sur son réseau Truth Social ne laisse aucun doute quant à son état d'esprit : "L'Union européenne, l'une des autorités fiscales et tarifaires les plus hostiles et abusives au monde, créée dans le seul but de profiter des États-Unis, vient d'imposer un tarif douanier de 50 % sur le whisky. Si ce tarif n'est pas supprimé immédiatement, les États-Unis imposeront prochainement un tarif de 200 % sur tous les vins, champagnes et produits alcoolisés en provenance de France et d'autres pays membres de l'UE. Ce sera une excellente nouvelle pour les entreprises du secteur du vin et du champagne aux États-Unis."
S'il mentionne la France dans son post, ce sont aussi les brasseurs belges qui pourraient en pâtir.
On consomme peut-être moins aux États-Unis, mais au niveau de la réputation et l'image, on est vraiment encore supérieur."
Une annonce dans un contexte difficile
"À l'heure actuelle, on le catégorise sous des provocations ou des menaces potentielles. À l'heure actuelle, il n'y a aucune notification formelle, officielle, quoi que ce soit, que ça va réellement s'appliquer", réagit directement Krishan Maudgal, directeur des Brasseurs Belges. "Mais cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas se préparer et suivre ça de manière très vigilante". Il est vrai que Donald Trump a l'habitude des effets d'annonce. "On l'a vu avec le Canada aussi, ça change d'un jour à l'autre".
Mais si ce scénario catastrophe venait à se confirmer, ce seraient surtout les petits producteurs belges qui paieraient la facture. Contrairement à des mastodontes comme AB InBev, qui a une partie de ses usines aux États-Unis, certains brasseurs artisanaux seraient durement touchés. Un potentiel coup dur en plus donc, selon Krishan Maudgal, qui souligne un marché déjà sous pression depuis quelques années. "Nos coûts de production ont augmenté de 20 % à 25 % ces cinq dernières années. Après la crise sanitaire, la crise énergétique, l'hyperinflation des matières premières et des matériaux d'emballage. Le chiffre d'affaires n'est pas encore à la hauteur de la période d'avant-covid. Ça crée quand même un contexte difficile. En plus, on voit que l'offre locale, qui est parfois plus bon marché que la bière apportée de Belgique, est préférée par les consommateurs. Donc l'importance du marché américain a clairement diminué de manière importante par rapport à il y a 20 ans".
Une réputation à tenir
D'après les chiffres de la Fédération, près de 2 millions de litres ont été exportés vers les États-Unis en 2023, contre 2,4 millions l'année précédente. Mais pour le directeur, l'enjeu va bien au-delà du volume exporté. "Cela reste un marché porteur, où on a quand même une image à défendre parce qu'on est encore considérés comme la référence de la bière spéciale. C'est-à-dire qu'en volumes absolus, on consomme peut-être moins aux États-Unis, mais au niveau de la réputation, on est vraiment encore supérieur. Et donc ça, c'est quelque chose qui est mis en danger maintenant", insiste-t-il.
Dans cette période trouble, la seule certitude est l'incertitude. Les États membres de l'UE discuteront jusqu'au 26 mars de l'avenir de ces mesures de rétorsion. Quant à savoir si les bières belges seront explicitement ciblées par les sanctions américaines, Krishan Maudgal ne peut qu'afficher la prudence : "Aujourd'hui, il ne s'agit que d'interrogations. Mais demain, qui sait ?"
Les brasseurs, impactés par les droits de douane sur l'aluminium et l'acier ?
Sur le point des taxes de 25 % sur l'acier et l'aluminium importés aux États-Unis, Krishan Maudgal adopte un ton mesuré mais reste prudent. "À court terme, l'impact direct semble limité puisque nos fûts consignés circulent dans un système fermé. Cependant, il reste complexe d'identifier précisément la provenance de l'aluminium et de l'acier utilisés, étant donné la diversité des fournisseurs en Europe et ailleurs. Ces matériaux ne sont pas achetés au jour le jour mais font partie d'un pool logistique. Une fois vidés, les fûts reviennent à la brasserie pour être réutilisés sur d'autres marchés", indique le directeur. Et d'ajouter : "Cela dit, la situation pourrait rapidement évoluer, comme souvent dans ce genre de conflit commercial. Même si la bière avait été épargnée en 2018, rien n'indique que ce sera encore le cas aujourd'hui."
