Louis Jonckheere (Wintercircus) : "On est au-delà de nos attentes ! Après six mois, notre campus est déjà complet, avec 40 start-up"
Louis Jonckheere, cofondateur de Showpad, a pris les commandes du Wintercircus, à Gand. Ouvert depuis septembre, ce hub technologique tout à fait unique rassemble entrepreneurs, investisseurs, artistes et citoyens.

- Publié le 21-03-2025 à 12h56

Louis Jonckheere est devenu, en quelques années, l'une des figures de proue de l'écosystème technologique belge. Membre de la fameuse "Netlog Mafia" (du nom d'un réseau social créé en 2003 par deux jeunes Gantois et dont est sortie une génération d'entrepreneurs), il est le cofondateur, avec Pieterjan Bouten et Peter Minne, de Showpad. Active dans les logiciels de marketing et de vente, Showpad emploie aujourd'hui 550 personnes et réalise plus de la moitié de ses revenus aux États-Unis. "Le siège de la société et une bonne partie de l'effectif sont toujours à Gand !", insiste-t-il.
S'il reste actionnaire et membre du conseil d'administration de Showpad, Louis Jonckheere occupe, depuis deux ans, la fonction de CEO du Wintercircus (dont il est aussi l'un des fondateurs). Un lieu emblématique de la ville de Gand qui a été rénové en profondeur pour en faire un hub technologique de 15 000 m2 tout à fait unique en Belgique. C'est au Wintercircus que s'est tenue l'une des sessions de "pitching" des Belgium Startup Awards. L'occasion était belle d'y rencontrer Louis Jonckheere.
Les portes du Wintercircus — et de son campus de start-up — ont été ouvertes le 6 septembre. Quel premier bilan dressez-vous après six mois d'activité ?
On est au-delà de nos attentes ! Après seulement six mois, le campus est déjà complet, avec 40 start-up et 250 personnes qui occupent deux étages. Ce sont des start-up technologiques que nous avons sélectionnées comme l'auraient fait des investisseurs, c'est-à-dire en évaluant la force de l'équipe, la qualité du produit, le potentiel de marché, etc. Nous avons eu plus de 250 candidatures et nous en avons retenu 40.
"En six mois, plusieurs start-up de notre campus ont déjà levé des fonds pour un montant total supérieur à 20 millions alors que la plupart d'entre elles sont en phase de démarrage."
Ces start-up sont-elles là pour une durée limitée ?
Oui. D'abord, certaines feront peut-être faillite parce que les choses ne fonctionneront pas comme espéré. D'autres, au contraire, vont grandir et devront quitter le Wintercircus faute de place. Dès qu'elles emploieront plus de 15 personnes, elles devront partir, ce qui permettra d'en accueillir d'autres. Nous avons une liste d'attente. En six mois, plusieurs start-up de notre campus ont déjà levé des fonds pour un montant total supérieur à 20 millions alors que la plupart d'entre elles sont en phase de démarrage.
Le Wintercircus ne se limite toutefois pas aux start-up. Il accueille aussi des "membres". Qui sont-ils ?
Ce sont des personnes de l'écosystème technologique au sens large : des fondateurs et dirigeants de sociétés technologiques, des personnes actives dans le secteur bancaire, des investisseurs, des consultants, des chercheurs de l'université de Gand, etc. On a déjà 1 000 membres et on espère être autour de 2 000 d'ici un an. Ces personnes viennent au Wintercircus pour réseauter, assister à des événements, partager des expériences. Par exemple, nous avons eu récemment une masterclass de Stijn Christiaens, cofondateur de Collibra. Il y avait plus de 250 personnes. Il y a aussi des événements culturels car, même si nous sommes avant tout un écosystème technologique, nous voulons aussi parler de politique, de société, d'art, de culture. Ce mix fait partie de l'ADN du Wintercircus. Le lieu est aussi accessible au public. Il est ouvert sept jours sur sept.
Le Wintercircus a décidé de soutenir la première édition des Belgium Startup Awards. Pour quelles raisons ?
J'ai tout de suite accroché à la proposition de Nicolas Debray de créer un événement pour rassembler la communauté des start-up belges. Certains ont essayé de le faire, mais ce n'est vraiment pas facile. On voit toutefois que ça commence à bouger. Une communauté commence à se créer autour des entrepreneurs belges de la tech. Les gens commencent à se parler entre les différents écosystèmes (Gand, Anvers, Bruxelles, Liège, Charleroi…). L'organisation des Belgium Startup Awards contribue à fédérer ces écosystèmes. C'est une très bonne chose et si le Wintercircus peut jouer un rôle de facilitateur dans cette construction d'un écosystème technologique belge, tant mieux !
"Nous sommes prêts à aider d'autres villes belges à faire mûrir leur écosystème. Plus les gens se connaissent et se parlent, mieux c'est pour l'écosystème tech belge."
Gand est parfois présentée comme la capitale belge de la tech grâce au succès de nombreuses sociétés. Le Wintercircus en est un peu le temple, non ?
L'écosystème gantois est effectivement le plus mature en Belgique. Si nous avions lancé Wintercircus il y a 10 ans, cela n'aurait pas fonctionné. Nous n'aurions pas eu assez d'entrepreneurs dans la tech. L'écosystème était trop petit, avec trop peu de capital à risque. Créer un écosystème prend du temps. Il ne sert à rien de forcer les choses. Mais le Wintercircus est aussi un point de départ à partir duquel nous aimerions, à terme, rayonner. Nous sommes prêts à aider d'autres villes belges à faire mûrir leur écosystème. Plus les gens se connaissent et se parlent, mieux c'est pour l'écosystème tech belge.
Comment expliquer le succès de Gand sur la scène "tech" belge ?
La première raison est que Gand est une ville étudiante très importante en Flandre orientale et occidentale. Il y a près de 100 000 étudiants chaque année (université et écoles supérieures, NdlR). Cela représente un grand réservoir de talents. Ensuite, à la différence d'autres villes belges, Gand a connu, au cours des 20-30 dernières années, des succès dans le secteur des technologies. Il y a eu l'aventure de Netlog. Mais il y avait déjà eu Tele Atlas. C'est une histoire que peu de gens connaissent en Belgique mais cette entreprise, basée à Gand, a été vendue en 2008 à TomTom pour 3 milliards d'euros ! C'était le premier gros succès. Par après, il y a eu Team Blue, Showpad, Teamleader, TechWolf… Un cercle vertueux s'est mis en place. Enfin, le fait que vous puissiez aller voir des investisseurs, trouver des employés, aller voir des clients dans un espace de 10 kilomètres carrés joue un rôle très important.
