Pékin ne veut plus de Boeing : un pari risqué mais la Chine a une nouvelle arme dans son face-à-face avec les États-Unis
Le modèle C919 du constructeur chinois Comac est présenté comme le futur grand concurrent de Boeing et Airbus. Il ne vole pour l'instant qu'en Chine, mais son déploiement à l'international est déjà programmé.

- Publié le 15-04-2025 à 17h24
- Mis à jour le 15-04-2025 à 19h35

Le bras de fer continue entre la Chine et les États-Unis. Ce mardi, Pékin a ordonné à ses compagnies aériennes de cesser de prendre livraison d'avions venant du fabricant américain Boeing, rapporte l'agence de presse Bloomberg. Il s'agit d'une énième mesure de rétorsion suite à la guerre commerciale lancée par le président américain Trump il y a une dizaine de jours. La Chine l'a démontré : elle ne pliera pas. Pékin va même un pas plus loin. Elle a également demandé aux compagnies aériennes chinoises de cesser d'acheter des équipements et des pièces à des entreprises américaines.
De son côté, le président américain, Donald Trump, a affirmé mardi sur son réseau Truth Social que la Chine s'était "rétractée" sur un "énorme" contrat avec le constructeur aéronautique américain Boeing, en refusant la livraison d'avions commandés.
Ces mesures ou ces contrats annulés pourraient être un coup dur pour les transporteurs du ciel chinois, qui se remettent doucement d'une crise du Covid particulièrement dévastatrice pour le secteur. Avec plus de 700 millions de passagers transportés dans les airs en 2024, la Chine est le deuxième marché d'aviation civil au monde, derrière les États-Unis. On compte 66 compagnies aériennes en Chine, dont 39 entreprises d'État. Le marché -dominé par les "trois grandes", à savoir Air China, China Eastern Airlines et China Southern Airlines – est en plein boom.
La Chine, ce géant du ciel qui se réveille
Pékin a prévu de construire près de 200 aéroports supplémentaires dans la prochaine décennie avec un besoin de près de 8500 nouveaux avions de transport d'ici 2040. Se passer de Boeing – qui forme avec l'européen Airbus un duopole mondial sur l'aviation civile depuis des décennies – semble donc un pari très risqué pour la Chine.
Sauf que le régime communiste vient de sortir une arme commerciale de taille dans son face-à-face avec les États-Unis. Depuis moins de deux ans, un nouvel avion est arrivé dans le ciel chinois : le Comac C919. Historiquement en retard dans la construction d'avions civils, c'est la première fois que la Chine présente un aéronef capable de rivaliser avec les Américains et les Européens.

Le monocouloir est ainsi présenté par certains spécialistes comme un concurrent direct de l'Airbus A320, l'avion le plus vendu au monde, et du Boeing 737 Max, qui a connu de nombreux déboires. Le président chinois Xi Jinping a même qualifié cet avion de "triomphe de l'innovation chinoise". Pour l'instant, une dizaine de C919 -dont le programme a coûté la bagatelle de 72 milliards de dollars "en soutien public"- volent en Chine.

Le C919 ne vole actuellement qu'en Chine car il doit obtenir des certificats de navigabilité internationaux pour entrer sur le marché mondial. Mais le déploiement de l'avion en Asie du Sud-Est est prévu pour l'année prochaine et Comac vise également la certification européenne pour son modèle "dès cette année".
En attendant, les carnets de commandes se remplissent : 300 C919 ont été achetés en 2024, soit un peu moins de la moitié des chiffres du modèle A320 du rival Airbus. Notons qu'il existe un gros bémol pour les Chinois. Si le Comac est bien un avion "made in China" ", sa dépendance (voir infographie) reste très forte à l'Europe et aux États-Unis, notamment au niveau clé de sa motorisation. La guerre commerciale actuelle risque donc de lui faire certains dégâts. Sollicité par l'AFP, le ministère chinois des Affaires étrangères n'a pas répondu dans l'immédiat.Boeing n'a pas souhaité commenter.
D'après son site internet, son carnet de commandes contenait à fin mars 130 avions destinés à des clients chinois (compagnies aériennes et sociétés de leasing). Mais certains clients préférant ne pas être identifiés, ce pourrait être davantage.