L'énorme investissement de l'aéroport de Bruxelles fait des remous : "Pas le moindre centime pour diminuer la charge sonore et la pollution"
L'aéroport de Zaventem va subir d'importants changements, notamment pour pouvoir accueillir une ligne de tram en provenance de Bruxelles. Mais ces modifications ne plaisent pas à tout le monde.

- Publié le 18-04-2025 à 18h28
- Mis à jour le 19-04-2025 à 10h10
500 millions d'euros. C'est le montant que l'aéroport de Zaventem va investir dans ses infrastructures dans les prochaines années. Il s'agit du plus gros investissement réalisé par Brussels Airport depuis le début des années 90 et la construction de l'actuel terminal. Le but est de faire face à l'augmentation croissante du nombre de passagers. L'aéroport, qui a accueilli 24 millions de passagers en 2024, prévoit d'en recevoir 32 millions en 2032. "Le terminal actuel est prévu pour 28 à 30 millions de passagers par an", souligne le CEO de l'aéroport Arnaud Feist.
"Les jours de forte affluence, les halls des départs et des arrivées sont souvent saturés, tout comme le sas principal qui permet de rejoindre, notamment, la gare et la gare des bus. Tandis que l'hôtel Sheraton est quasi complet pendant la moitié de l'année.". Un nouvel hôtel "quatre étoiles plus" va ainsi voir le jour, avec 300 chambres dont certaines avec vue sur les pistes.

Les halls de départs et d'arrivée du terminal vont, eux, avoir droit à un fameux relifting. "L'idée est de donner au voyageur une expérience totalement renouvelée avec des zones plus spacieuses, modernes, lumineuses faisant la part belle à la verdure", explique Brussels Airport. L'accès à la gare sera aussi modernisé et le hub intermodal, où transitent chaque jour près de 100 000 personnes, renforcé. "Le rôle de l'aéroport en matière d'intermodalité est important, tous les modes de transport ou presque s'y côtoient", insiste son CEO. Les alentours du bâtiment vont également subir des modifications : le dépose minute, déplacé après les attentats de 2016, sera notamment repositionné plus près du terminal.

Un nouveau boulevard vert va également être créé pour accueillir le tram venant de Bruxelles et dont l'arrivée est prévue pour 2032. "On a eu beaucoup de discussions, avec la Région bruxelloise, explique Ben Weyts (N-VA), le ministre flamand en charge de la périphérie bruxelloise. Ce sera finalement la Stib qui exploitera la ligne. Mais chaque Région s'occupera des travaux sur son territoire". Pour rappel, il reste quatre kilomètres de lignes de tram, soit six arrêts, à installer pour relier le siège de l'Otan, à Haren, à l'aéroport.
Près de13 kilomètres d'infrastructure cycliste supplémentaires vont, en outre, être ajoutés aux alentours. La première phase des travaux commencera au plus tôt fin 2026. Ils s'étaleront jusqu'en 2032.

Reste que ces investissements ne plaisent pas à tout le monde. "L'annonce de l'aéroport ne reprend pas une seule intention environnementale, pas le moindre centime pour diminuer la charge sonore et la pollution, dénonce le médiateur fédéral en charge de l'aéroport de Zaventem, Philippe Touwaide. Il n'y a toujours pas d'intention sur le mur antibruit et le hall couvert d'essai des moteurs, pourtant imposé depuis 1988 et non réalisés. L'aéroport ne fait ni preuve de compréhension ni d'empathie pour un meilleur environnement".

Même son de cloche du côté de la commune bruxelloise de Woluwe Saint-Lambert où l'on dénonce la "folie des grandeurs" de la direction de l'aéroport. "Comment ne pas s'étonner d'un tel investissement alors que dans le même temps l'exploitant de l'aéroport manque à ses obligations légales en matière de respect des normes environnementales ?", s'insurge Gregory Matgen (Défi), échevin de l'environnement et du développement durable. Pour le Collège des bourgmestres et échevins de la commune, cette annonce de Brussels Airport se fait "au mépris des habitantes et habitants de la Région bruxelloise et de sa périphérie qui sont survolés abusivement dès les petites heures".