Les touristes européens fuient l'Amérique de Trump
Le dossier de la Libre Eco | Les Belges boudent les États-Unis depuis l'arrivée de Donald Trump au pouvoir. Pourtant, certaines compagnies cassent les prix des vols et le dollar -au plus bas par rapport à l'euro depuis trois ans - est favorable aux voyageurs européens. Mais la rudesse des contrôles douaniers en refroidit plus d'un.

- Publié le 09-05-2025 à 16h13
- Mis à jour le 09-05-2025 à 17h37

Donald Trump agit-il comme un repoussoir pour les touristes désirant se rendre aux États-Unis ? Son arrivée à la présidence américaine n'est certainement pas étrangère à un net recul d'arrivée de voyageurs sur le sol US. Surtout depuis l'Europe. D'après une étude d'Allianz Trade, les flux touristiques de l'Allemagne et de l'Espagne vers les États-Unis ont ainsi chuté respectivement de 28 % et de 25 % en mars par rapport à l'année dernière. La chute est encore plus spectaculaire si on prend les chiffres fournis par le baromètre Orchestra, avec des séjours de Français en dégringolade de 32 % durant le mois d'avril aux USA. "La même tendance s'applique aux voyageurs belges", explique l'analyste Johan Geeroms qui fait état d'une "baisse sensible" des réservations dans les agences de voyages de notre pays pour les États-Unis cette année. Le manque à gagner est déjà estimé à 64 milliards de dollars pour le secteur touristique américain.
1. Un boycott politique mais aussi un durcissement aux frontières
Si le pays de l'Oncle Sam est moins visité, c'est en partie en raison d'un rejet de la politique jugée hostile de Donald Trump, notamment envers l'Europe. Ce boycott est quasi national au Canada où les réservations de vols vers les États-Unis ont chuté de près de 75 % en mars par rapport à l'année précédente. De plus, 56 % des Canadiens ayant prévu de voyager vers leur voisin du sud ont annulé ou modifié leurs plans. Vu l'incertitude économique, les voyages d'affaires vers les États-Unis sont aussi en forte baisse. Beaucoup de touristes préfèrent également reporter leurs voyages de l'autre côté de l'Atlantique en attendant des jours meilleurs.
Mais d'autres raisons expliquent ce rejet qui n'est donc que temporaire pour certains. Le durcissement des contrôles douaniers à l'entrée du pays en refroidit ainsi plus d'un. Les témoignages de plusieurs voyageurs européens ayant été menottés, parfois emprisonnés et fouillés de manière humiliante, puis expulsés ont fait le tour de la planète. Leurs torts ? Ne pas avoir réservé d'hôtels durant leur séjour pour les uns, avoir émis des critiques contre Trump pour un autre ou tout simplement avoir mal rempli leurs documents pour les autres. Le secrétaire d'État Marco Rubio a bien tenté de rassurer les touristes – "Ceux qui viennent ici pour soutenir le Hamas ou provoquer des émeutes doivent s'attendre à des problèmes. Les autres n'ont rien à craindre" –, mais le message ne semble pas avoir convaincu.
Les agents d'immigration peuvent demander à fouiller des appareils électroniques, tels que smartphones, ordinateurs et caméras."
2. Un grand stress aux aéroports avec fouilles possibles des téléphones
Il faut dire que le moindre faux pas peut désormais être fatal dans les aéroports américains comme le rappelle le SPF belge des Affaires étrangères. "Il est nécessaire de suivre scrupuleusement les instructions du personnel de sécurité, de garder son calme et de respecter les règles de politesse, explique la note actualisée de conseils aux voyageurs se rendant aux USA. Le risque étant l'emprisonnement temporaire à la frontière ou le renvoi par le premier vol vers le pays d'origine." Les États-Unis sont considérés comme un pays "relativement sûr", insiste le SPF qui rappelle que la possession d'un document Esta ou d'un visa "ne constitue pas un droit d'accès au territoire." "La décision finale et souveraine appartient aux services d'immigration du point d'arrivée. […] Les agents d'immigration peuvent demander à fouiller des appareils électroniques, tels que smartphones, ordinateurs et caméras." Nouveauté trumpienne aussi : les États-Unis ne reconnaissent plus que le sexe (masculin ou féminin) de naissance lors des demandes d'entrée.
3. Une destination redevenue bon marché, certaines compagnies cassent les prix
Paradoxalement, après une forte hausse des prix après le Covid, les États-Unis sont redevenus une destination bon marché. Si, faute de voyageurs, certaines compagnies aériennes redirigent leurs avions vers d'autres villes en Asie, en Afrique au Canada ou au Mexique, la plupart maintiennent leurs lignes vers les USA. Pour les compagnies européennes, il s'agit de ne pas perdre leurs précieux créneaux horaires sur une liaison transatlantique ultra-concurrentielle. Il faut donc remplir coûte que coûte les avions, quitte à brader les prix.
Exemple : la compagnie française French Bee propose des vols à 390 euros (aller-retour mais sans repas ni bagage en soute inclus) pour se rendre en juin de Paris-Orly à Los Angeles. Chez Brussels Airlines, on peut retrouver un aller-retour vers New York depuis Bruxelles pour 415 euros (530 si on veut prendre un bagage en soute). Sur place, le pouvoir d'achat du voyageur européen est aussi en hausse vu la faiblesse actuelle du dollar au plus bas depuis plus de trois ans par rapport à l'euro. Cet été, le secteur n'exclut ainsi pas un rebond de dernière minute avec un afflux possible de voyageurs attirés par des prix au rabais.
4. Le Canada et d'autres pays en profitent mais quid de cet hiver ?
Notons que toutes les destinations US ne sont pas logées à la même enseigne. Tui constate ainsi "un statu quo" des city-trips vers New York depuis la Belgique. "Mais il y a clairement un basculement vers le nord, explique la porte-parole, Sarah Saucin. Les voyages que nous proposons au Canada sont en hausse de 77 % par rapport à l'année dernière."
Selon Johan Geeroms, d'autres liaisons long-courriers, "vers l'Asie et l'Afrique", devraient profiter de ce recul américain. Même constat pour Olivier Jankovec, le directeur général d'ACI Europe qui regroupe les principaux aéroports européens. "La demande transatlantique faiblit mais, depuis l'Europe, elle se déplacera vers d'autres marchés", explique ce dernier qui reste "confiant" pour le secteur aérien cet été. "Mais la grande question est de savoir ce qui se passera à partir de l'hiver prochain", poursuit M. Jankovec qui parle "d'une incertitude macroéconomique sans précédent". "Nous sommes entrés dans une situation incertaine depuis l'attaque de l'administration Trump contre le système commercial multilatéral mondial", conclut-il.
